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La droite et l’extrême droite dans le Vaucluse, Fabienne Haloui

Où en est l’union des droites dans ton département ?
Avant de parler d’union des droites dans le Vaucluse, il convient de parler de l’état de l’UMP dont les principaux dirigeants, ces dernières années, avaient fait le choix de la droite populaire pour contrer la progression de l’extrême droite. Des options politiques qui n’ont fait que déporter un peu plus le débat à l’extrême droite au lieu de la combattre. 2012 c’est la concrétisation électorale de cette dérive avec l’élection de Marion Maréchal Le Pen et de Jacques Bompard à l’assemblée nationale.
L’UMP n’a plus de dirigeants, Thierry Mariani a changé de circonscription pour ne pas perdre, la carrière de Jean-Michel Ferrand est derrière lui quant à Marie-José Roig, la maire d’Avignon, elle aurait sans doute préféré une fin de règne plus honorable. Pour ces prochaines élections, officiellement, l’UMP ne pactise pas avec l’extrême droite, certes ! Mais lorsque 67 % des sympathisants de l’UMP nationalement considèrent le FN comme un parti utile, on imagine bien que dans un département comme le Vaucluse, l’union des droites dans les urnes est consommée depuis longtemps.

Quelle est la stratégie de l’extrême droite ?
La stratégie du FN est complémentaire de celle de la Ligue du Sud, la formation d’extrême droite de Jacques Bompard : celui-ci, maire d’Orange depuis 1995, est le pion avancé de la dédiabolisation et de l’union des droites, ce qu’on a qualifié en 2012 de droite mutante. Le député-maire d’Orange ne s’était-il pas présenté comme le candidat de l’union de la droite et du centre en annonçant le soutien à sa candidature de Rolland Roticci (MODEM) et de Christophe Lombard (Nouveau Centre) qui avait fait liste commune avec le Parti socialiste aux municipales de Cavaillon en 2008 ?
À ces élections municipales, le FN opère le rassemblement bleu marine non pas avec des formations politiques mais avec des individus, des personnes de droite qui ont pu être à l’UMP ou d’autres qui s’apprêtent à la quitter, il a conclu également des accords avec la Ligue du Sud.

Le positionnement du PS est-il efficace
face au FN ?

Face à ces évolutions, les stratégies à gauche de front républicain et de larges alliances sont inopérantes car elles appellent à des rassemblements déconnectés des contenus politiques. C’est d’autant plus inefficace qu’une partie de la gauche peut aussi dériver, polluée idéologiquement par l’extrême droitisation des esprits.
En privilégiant des alliances au centre droit avec le MODEM et l’UDI, le PS non seulement confirme son recentrage libéral mais entretient la confusion politique, le ni droite ni gauche, terrain de prédilection de l’extrême droite.
Lorsqu’un responsable socialiste déclare : « Ce n’est pas être raciste ou démagogique de dire que dans certains endroits de Bollène la drogue est reine, le chômage est une règle, l’incivilité un modèle… », on glisse sur le terrain de l’extrême droite. Les causes de la délinquance ne sont plus sociales mais ethniques.

Quelle est la réponse à cette droitisation ?
Quand une élue socialiste (30 ans de parti) d’opposition à Orange passe dans le camp adverse en acceptant de partir derrière le député-maire d’Orange et en déclarant partager sa vision de la laïcité et de la menace que fait peser le communautarisme, on voit bien que la pollution idéologique dépasse le clivage droite gauche.
C’est la preuve que la droite a gagné le combat de l’hégémonie culturelle, l’idéologie néoconservatiste et occidentaliste domine le débat.
La réponse pour faire reculer l’extrême droite ne sera pas que sociale et économique. Nous ne pourrons pas faire l’économie d’un débat sur les valeurs auxquelles on doit identifier notre combat aujourd’hui, sur la nécessité de reconstruire un imaginaire alternatif sociétal. Nous devons oser le débat sur la menace qui pèserait sur l’identité de la France, parlons laïcité, parlons vivre ensemble.
La France est un vieux pays d’immigration pluriel, multiconfessionnel, multiculturel mais qui ne s’assume pas comme tel. Soyons à l’offensive pour faire reculer les idées reçues sur les pauvres, les fonctionnaires, les chômeurs, les immigrés, les musulmans. Agissons pour recréer de l’unité de classe et pour vivre dans une France qui s’assume.

Fabienne Haloui,
 est membre du Comité exécutif national du PCF et secrétaire fédérale du PCF du Vaucluse.

Propos recueillis par Alain Vermeersch.

La Revue du projet, n° 35, mars 2014
 

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