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La mutation de la droite niçoise, Robert Injey,

Face à la concurrence du FN dans les Alpes-Maritimes, la droite tente de reprendre la main.
Mars 2011, c’est un coup de semonce au second tour des cantonales dans les Alpes-Maritimes. En duel, face à des candidats de droite ou de gauche, dans 7 cantons le FN réalise des scores entre 44,10 % et 49,17 %, avec une forte progression en voix entre les deux tours. Glissement de l’électorat de droite vers le Front national, libération d’une certaine parole, recul du réflexe républicain, cette situation dans laquelle la droite locale  porte une lourde part de responsabilité, elle en a pris conscience depuis longtemps.

La forte présence du Front national dans les Alpes-Maritimes est un phénomène ancien, marqué dès 1984 par une forte progression électorale. Depuis, la frontière avec la droite est mouvante. En 1990, Jacques Medecin se déclare d’accord avec le FN à 99,9 %, en 1995 Peyrat est élu maire de Nice quelques mois seulement après avoir quitté le FN.  En 1998 Estrosi se distingue dans des tractations avec le FN pour conserver la région à droite.
Aujourd’hui face à cette concurrence qui menace son hégémonie, la droite locale n’a pas d’états d’âme pour tenter de ralentir ou d’inverser la tendance. Les députés des trois circonscriptions où se trouvent les cantons concernés par les bons scores du FN en 2011 ne sont pas des inconnus : Lionel Luca, un des fondateurs de la droite populaire, Éric Ciotti, le monsieur sécurité de l’UMP, et Christian Estrosi l’auteur du mode d’emploi pour expulser les gens du voyage.
Reprise des thématiques sur lesquelles prend appui le vote FN
Pour tenter de reprendre la main face au Front national, l’objectif est de faire revenir les électeurs vers l’UMP en reprenant les thématiques sur lesquelles prend appui le vote FN.
Ainsi les discours et les actes se déclinent dans trois directions.
- Stigmatiser de manière la plus médiatique « les autres », il faut que cela se sache, les Roms « toujours coupables », les musulmans assimilés à « la menace », les pauvres « fraudeurs du RSA », les jeunes « qui se droguent ».
- Donner l’impression de protéger. C’est le caractère systématique du discours sécuritaire, avec une prolifération de caméras de vidéosurveillance (1 pour 450 habitants à Nice, contre 1 pour 2050 à Paris, 1850 à Lyon…). Une politique dont l’efficacité n’est pas égale au coût…
- Il y a les gestes en direction des communautés très sensibles au discours du Front national, en particulier les pieds noirs. Le 50e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie a donné lieu à une glorification de la colonisation.
Quel effet de ce discours sur l’électorat ? Force est de constater qu’il y a une dynamique des idées d’extrême droite qui dépasse la droite, tentée de surenchérir. Loin de « limiter » le FN, l’attitude de la droite les crédibilise et les banalise. La forte implantation de l’UMP dans ce département, le haut niveau du développement du clientélisme vont sans doute « endiguer » le score du FN aux municipales qui, à deux ou trois exceptions près, n’a pas de personnalités implantées. Il en sera probablement autrement aux européennes.

Par Robert Injey,
  membre du Comité exécutif national du PCF et
membre de la direction du PCF des Alpes-Maritimes.

La Revue du projet, n° 35, mars 2014
 

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