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L’Extrême droite dans le Gard (XIXe- XXe siècle), Raymond Huard

Le Gard a souvent été considéré comme un département situé bien à gauche. En 1914 comme en 1936, tous les députés sont de gauche. Et il en est de même en 1973 et en 1978. Mais cette influence dominante de la gauche ne signifie pas une absence de l’extrême droite.

Celle-ci s’est incarnée d’abord dans le mouvement royaliste, qui avait une assise populaire et même ouvrière à Nîmes, dans la région alésienne, ainsi que dans le monde rural grâce à la présence de nobles qui étaient propriétaires terriens. Ce mouvement royaliste s’appuyant sur la fraction la plus intransigeante des catholiques, a réussi à garder un député, François De Ramel, jusqu’en 1910.
En revanche, à l’occasion de l’affaire Dreyfus à partir de 1894, alors qu’au plan national, on assiste à la montée du nationalisme et de l’antisémitisme, le Gard, pays où les luttes religieuses ont été longtemps très vives et ont laissé de mauvais souvenirs, est assez peu affecté. Quand ont lieu des mouvements xénophobes comme à Aigues-Mortes, chez les ouvriers des salins en août 1893, ils ne sont pas liés à un mouvement politique.
Plus tard dans les années 1930, ce mouvement royaliste, qui s’est divisé et étiolé, est progressivement supplanté par des mouvements protestataires radicaux, plus offensifs (chemises vertes de Dorgères, Croix de feu, opposants à l’impôt) qui restent cependant limités. En 1939, au moment où les républicains espagnols réfugiés affluent en Languedoc, le journal royaliste de Montpellier, l’Éclair tente d’attiser l’hostilité à leur égard dans toute la région.

Une extrême droite momentanément disqualifiée après la guerre
Pendant la guerre, l’extrême droite triomphe momentanément avec le changement de régime. Ce sont pour une large part ses hommes qui sont aux commandes dans les villes du Gard, Alès, Nîmes, Bagnols, Bessèges. Elle influence l’organisation de masse du nouvel État, la Légion française des combattants et bientôt, elle fournit en personnel la Milice qui pourchasse durement les résistants Après la guerre, en revanche, elle est momentanément disqualifiée. Si en 1951, le RPF du général De Gaulle, très hostile à la IVe République, obtient un certain succès dans le Gard (à peu près 15 % des voix contre 12,7 % dans l’ensemble du pays), on voit reparaître véritablement l’extrême droite au milieu des années 1950 avec le mouvement de défense des commerçants et artisans dirigé par Pierre Poujade, mouvement typiquement démagogique qui prône la défense des « petits », l’hostilité à la classe politique (« sortez les sortants ! ») et qui rallie aussi les adversaires de la décolonisation qui s’esquisse au Maroc et en Tunisie. Si le poujadisme, avec 22 % des voix, opère une percée assez remarquable dans le Gard, il ne dure pas parce que la guerre d’Algérie entraîne la chute de la IVe République et le retour au pouvoir de De Gaulle. Par la suite, les forces d’extrême droite ayant rompu avec De Gaulle, se recyclent autour du thème de l’Algérie française. À l’élection présidentielle de 1965, Tixier-Vignancour, qui a défendu les putschistes de l’OAS, obtient 8, 46 % dans le Gard où il y a des rapatriés assez nombreux contre 5,1 sur le plan national. Ce courant reste malgré tout assez faible parce que la population gardoise est très massivement d’accord avec la fin de la guerre d’Algérie.

La relance de l’extrême droite
après 1981

Le Front national est formé en 1972, mais dans l’immédiat ses résultats électoraux restent minimes. Le vent souffle plutôt à gauche, jusqu’à la victoire de Mitterrand en 1981. Cette victoire relance l’extrême droite en radicalisant une partie de l’électorat de droite exaspéré par sa défaite électorale. En même temps la France est entrée à partir de la fin des années 1970 dans une crise de longue durée qui ajoute ses effets aux difficultés déjà existantes de l’économie gardoise (mines, métallurgie, textile). Aux élections européennes de 1984, le FN remporte pour la première fois un certain succès 12,7 % des voix, soit plus que la moyenne nationale, voix obtenues surtout dans l’Est du Gard et il obtient avec 14,2 % des voix, un député Gilbert de Chambrun aux législatives de 1986.
À partir de là, de nombreux autres facteurs, tant nationaux qu’européens et internationaux vont jouer : ils permettent au Front national d’étendre désormais son influence sur l’ensemble du département et d’atteindre environ 25 % des voix aux présidentielles de 2002 et 2012, pourcentage qu’il partage d’ailleurs avec d’autres départements du Midi.

Par Raymond Huard,
 historien, professeur émérite d’histoire
contemporaine à l’université de Montpellier.
 

La Revue du projet, n° 35, mars 2014

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