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Valérie Rouzeau

Valérie Rouzeau est née en 1967 dans le Cher. Elle est issue d’un milieu modeste (père récupérateur de métaux) et l’aînée de sept enfants.
Le succès (rare) de Pas revoir lui permet d’abandonner des travaux alimentaires (employée de boulangerie, VRP…) auxquels on retrouve quelques plaisantes allusions dans certains poèmes.
Elle se consacre à la poésie et à la traduction (de la poétesse de langue anglaise Sylvia Plath par exemple), elle anime des ateliers d’écriture, participe à de nombreuses lectures, à des émissions radiophoniques. Elle a aussi écrit deux pièces pour enfants, et des textes de chansons pour le groupe de rock Indochine.
Elle vit à Saint-Ouen.
Elle est une des voix singulières et importantes de la jeune poésie française.

La mort d’un père tendrement aimé, en 1997, arrache à l’auteur l’un de ses plus beaux recueils : Pas revoir, qui paraîtra deux ans plus tard et marquera le début de sa notoriété.
 Sans tralala, sans pathos (dont elle a horreur), Valérie Rouzeau dit avec pudeur la douleur du deuil, dans une langue inventive, qu’elle bricole avec allégresse (sa marque de fabrique). La grammaire sens dessus dessous transmet le bouleversement, et l’ingénuité, très travaillée, les émotions, les nostalgies de l’enfance. Le miracle est que, si originale que soit cette écriture, nous reconnaissions immédiatement comme nôtre l’intimité offerte.
Sa drôlerie rêveuse, tonique, s’applique aussi bien ailleurs à l’évocation de sa propre disparition (Va où), qu’à l’amour (dans le même recueil) ou à la vie quotidienne (Vrouz), dans laquelle elle trace son sillon, tour à tour émerveillée ou mélancolique, mais vaillante comme doit l’être une grande sœur.

 Tu n’écoutes plus rien si je parle plus bas.                   
   Ni tu n’entends plus rien des guêpes qui
s’occupent de piquer les lilas.
   Ni n’en vois la couleur ni celles que j’ai
sur moi.
   Ces bottes sont faites pour marcher tu ne
chantes plus ça.
   C’est de la haute fidélité ton silence m’arrête
là.

   On trouvait de quoi rire tous deux quand pas
les mots.
   Mon père et moi d’un rien la coiffure d’une
speakerine le chant d’un âne au loin.
   Ensemble autour de la table ou sous le ciel
changeant, près des portes béates.
   Longtemps après que les speakerines ont disparu
et les ânes qui chantent de bon cœur.
    Extraits de Pas revoir

Quelques recueils :

• Pas revoir, Le dé bleu (1999)*
• Neige rien, Unes (2000)
• Va où, Le temps qu’il fait (2002) (Prix Tristan Tzara)
• Vrouz, La table ronde (2012) (Prix Apollinaire, la plus haute distinction en poésie)

*Pas revoir et Neige ont été réédités ensemble aux éditions de La table ronde

Katherine L. Battaiellie

La Revue du projet, n° 35, mars 2014
 

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