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Jules Vallès, Corinne Samidadayar-Perrin

Paris, Gallimard, 2013

Par Stève Bessac
Écrire une biographie est toujours un « pari » (F. Dosse), pari réussi par Corinne Saminadayar-Perrin qui, tout au long de douze chapitres chronologiques, retrace la vie de Jules Vallès (1832-1885) en l’insérant dans ce XIXe siècle français rythmé par les révolutions. Pour ce faire, la professeur de littérature française de Montpellier III s’appuie sur les écrits publics et les correspondances de Vallès, sur les autres productions du champ littéraire ainsi que sur une bonne connaissance socio-politique du XIXe siècle. Du Puy-en-Velay d’où est natif Jules Vallez (nom d’état-civil qui devient Vallès sous sa plume), en Auvergne, à Paris, en passant par Saint-Etienne puis Nantes, Corinne Saminadayar-Perrin évoque le parcours d’un « ventre-creux » parmi tant d’autres. Fils d’un instituteur et d’une paysanne de condition modeste, Jules fait des études, perçues comme un moyen d’ascension sociale mais, bien que bachelier – titre du second volet de la trilogie autobiographique de Jacques Vingtras –, il a du mal à trouver un emploi et ne peut vivre de sa plume. L’auteur, en prenant en compte les déterminismes socioéconomiques, permet aux lecteurs de mieux comprendre le parcours de Vallès qui, tout en occupant un poste de fonctionnaire à la mairie de Vaugirard dans le 15e arrondissement, poursuit une carrière de journaliste, « débouché le plus accessible et le plus rentable aux bacheliers dépourvus de ressources personnelles » (p. 146). Le journalisme est aussi un moyen de mener un combat politique contre le Second Empire et en faveur d’une République socialiste. Ainsi, après avoir publié L’Argent (1857) dans lequel il dénonce le paupérisme du peuple, le Ponot (habitant du Puy-en-Velay) participe au Figaro dont la devise est « sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ». À plusieurs reprises, la mise en application de l’axiome de Beaumarchais vaut à Vallès le courroux de la censure impériale et la prison. Il poursuit alors son engagement sur le terrain politique, en se présentant à l’élection législative de 1869, notamment contre Jules Simon. Cette candidature n’empêche pas le chef des républicains modérés de l’emporter mais, en étant candidat, Vallès peut ainsi défendre ses idées, celles des vaincus de Juin 1848 (lorsque les ouvriers réclament le droit au travail en juin 1848, les républicains modérés au pouvoir les répriment dans le sang). Avec la chute de l’Empire en septembre 1870, le « réfractaire » voit l’occasion d’instaurer l’alliance de la Marianne et de la Sociale et participe à une première tentative révolutionnaire le 31 octobre 1870. Puis, dans un contexte de guerre face à la Prusse, dans Paris assiégé avec des Parisiens affamés, Vallès prend part à la Commune. Il coécrit l’Affiche rouge et crée un journal, le Cri du Peuple. Mi-avril 1871, il se retire de la publication afin de se consacrer pleinement à l’action politique. Demeurant à Paris jusqu’au bout de la Semaine sanglante, il combat pour défendre son idéal de la Commune tout en évitant le maximum d’exécutions sommaires. Recherché, Vallès parvient à s’exiler à Londres où il reste jusqu’à l’amnistie de 1880. Il rentre alors à Paris et poursuit son combat politique en recréant Le Cri du Peuple, « journal du socialisme révolutionnaire » dans lequel écrit notamment Jules Guesde. Affaibli par le diabète, Vallès décède le 14 février 1885, « au moins 100 000 personnes suivent le cortège que surmontent des drapeaux rouges et des drapeaux noirs ».

La Revue du projet, n° 34, février 2014
 

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