La revue du projet

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Trouver les chemins d'un projet d'émancipation humaine du XXIe siècle

Présidente du Conseil national du PCF, Isabelle De Almeida, coordonne le comité du projet. Elle explique les raisons de sa création et sa méthode de travail jusqu'au prochain congrès. À l'image de l'Europe en novembre dernier, quatre autres sujets transversaux donneront lieu à des conventions nationales pour tracer les contours du communisme de nouvelle génération.

Depuis son dernier congrès, le PCF a créé le comité du projet. A partir de quel constat ? Quelle est sa place dans la direction ?
Le 36e congrès s’est fixé comme objectif de lancer un travail sur le projet communiste pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que nous sommes confrontés, ici en France, mais plus largement en Europe et dans le monde, à une crise de civilisation, une crise historique qui oblige, face à des défis nouveaux, à des réponses de toute autre ampleur que celles qui sont apportées à ce jour.
Nous voulons travailler dans un même mouvement aux urgences politiques immédiates et à des réponses de plus en plus structurelles d’anticipation, d’élaboration d’un nouveau projet d’émancipation humaine.
Cela demande de la transversalité dans notre élaboration collective. Longtemps, le travail d’élaboration se faisait de manière sectorielle. Avec l’apport de la réflexion de tous les secteurs, le comité du projet permet cette transversalité. Cela permet la confrontation d’idées et, de ce fait,une plus grande cohérence.
Le comité du projet a une place réelle dans la direction du PCF. Pierre Laurent en est le principal animateur et, à ses côtés, la coordination me revient, en tant que Présidente du Conseil national. Au-delà de cette symbolique, le fait de regrouper tous les responsables de secteur, des membres de la direction nationale, ainsi que les responsables de nos espaces de réflexion et d’étude – Espaces Marx, le Lem et les trois revues, La Revue du projet, Économie & politique et Progressistes – dans une régularité de travail, tous les quinze jours, sur des objectifs partagés montre concrètement que le comité du projet tient une place prépondérante dans notre activité. C’est très important pour notre parti.

Une première convention nationale a eu lieu sur le projet européen du PCF. D’autres vont-elles suivre ? Pourquoi avoir commencé par l’Europe ?
Le comité de pilotage a proposé au comité du projet de définir cinq chantiers transversaux à travailler d’ici le prochain congrès qui nous paraissent essentiels pour produire un projet cohérent. Nous avons l’ambition de faire une convention nationale sur chacun de ces thèmes. Le premier chantier que nous avons investi, l’Europe, allait de soi dans le calendrier, avec à l’horizon, les échéances électorales en mai 2014.
Reprendre la question européenne nous paraissait, en effet, une évidence quand tant de nouvelles questions se posent autrement à cette échelle, avec la crise de régression sociale – éminemment politique – qui traverse l’idée européenne et qui suscite tant de défiance dans notre peuple, et dans les peuples européens. Nous avions à renouveler notre projet européen avec comme objectif d’apporter des solutions à la crise et non d’être dans le constat. Avec cette convention, nous avons franchi une étape et apporté de nouvelles réponses par exemple sur les questions de la démocratie, du rôle de l’euro et sur le chemin à prendre pour modifier les rapports de forces en Europe. Nous n’avons pas la prétention d’avoir fait le tour de toute la question mais nous avons ciblé des problématiques. Et je ne peux que me féliciter et féliciter tous ceux et celles qui ont contribué à cette convention d’avoir mis à disposition des communistes et, au-delà, aux forces sociales et politiques françaises et européennes progressistes un texte fort. Un numéro hors série de La Revue du projet est consacré à ce texte ainsi qu’à l’ensemble des travaux de la convention. C’est un outil précieux, un guide pour l’action, pour la campagne à mener cette année mais, surtout, il s’agit d’un texte de référence du PCF validé par la direction nationale. Bien plus qu’un programme, il donne à voir la visée européenne qui est la nôtre.
Nous avons déjà engagé le travail d’un autre chantier, celui de la question de l’industrie. Nous prévoyons d’y consacrer une convention le 11 octobre prochain.
Ensuite, nous voulons aborder la question de l’appropriation sociale, ainsi que celle de la démocratie citoyenne et du vivre ensemble.

Quel est l’objectif du processus ?
J’ai parlé de transversalité, d’élaboration partagée avec le collectif militant et intellectuel communiste qui est très riche mais pas assez mobilisé. Il y a aussi tout le travail de propositions des parlementaires, leur travail législatif et celui de l’ensemble des élus avec leurs innovations locales et leurs expériences qui sont une véritable richesse à mettre en synergie avec cette élaboration du projet communiste. Il y a aussi tous ceux, acteurs militants, intellectuels, qui élaborent des réflexions, des analyses, des études et des propositions qui portent de la confrontation, voire de la co-élaboration politique et qui, pour certains, sont à la recherche d’espaces de construction collective qui manquent à notre pays. Notre travail sur le projet doit être le creuset de cette mise en commun, de cet enrichissement. Aussi, dans notre façon de travailler, nous partons d’un travail sur les questions telles qu’elles se posent aujourd’hui dans la société – et non pas comme nous les posions avant ou comme on voudrait qu’elles se posassent. Ensuite, nous associons les secteurs de travail à la validation des problématiques et des réponses à apporter. Nous menons aussi des auditions avec des acteurs – communistes ou non – et nous associons les militants communistes , avec leurs expériences à cette construction. Nous souhaitons impliquer non seulement les militants communistes investis sur la question traitée mais aussi, plus largement, tous les adhérents, les membres du Conseil national et les directions départementales. Nous faisons appel aux contributions pour enrichir les travaux mais aussi pour favoriser l’appropriation des questions et des possibles réponses. C’est ainsi que nous conduisons les réflexions de la convention qui doit être un lieu de rencontre collective où nous expliquons, travaillons un texte qui est ensuite mis en validation.
La validation est une étape importante qui permet d’acter que les réponses proposées constituent le projet de tous les communistes, fruit d’une construction collective approuvée par le Conseil national. Pour autant, la validation ne marque pas un point final à la réflexion et au travail qui se poursuivent, bien entendu, après la convention.
Et il y a aussi la question de l’appropriation par les communistes. À mon sens, il ne s’agit pas juste de lire les travaux une fois votés mais aussi de comprendre où se situent les enjeux et les réponses à apporter. C’est ainsi que notre projet pourra être traduit en initiatives et en action. C’est dans ce sens que nous devons encore plus associer et faire connaître les étapes et le processus de mise en travail collectif de notre projet.
Le comité du projet ne se veut pas un comité d’experts. J’ai bien conscience que ce que je décris là est un objectif de travail et qu’il nous faut plus largement et plus collectivement lui donner de l’importance, de l’intérêt et le concrétiser avec les communistes et dans la société. C’est pourquoi nous avons beaucoup d’efforts à produire pour le rendre efficace, utile et visible. Même avec un calendrier difficile à tenir, la convention Europe a permis de mener à bien ce travail.
Nous avons l’intention de mieux faire pour la deuxième convention, non pas sur la qualité du contenu mais sur le temps à se donner pour être bien dans un processus de co-élaboration.

En affirmant que le projet communiste est sans cesse en construction, le PCF ne risque-t-il pas d’apparaître flou sur ses intentions et son projet de société ?
Quelles seraient selon vous les grandes lignes du projet communiste du XXIe siècle, le communisme de nouvelle génération ?

Je regroupe les deux questions en une seule réponse. Si nous en étions restés, au PCF, sur le projet communiste d’il y a 30 ans, que dirions-nous aujourd’hui sur les questions qui se posent actuellement sur la fin de vie, sur la vision de l’entreprise par les jeunes générations, sur la différence entre individualisme et individualisation… et bien d’autres encore. Le monde a changé, les rapports avec le monde également, les fragmentations de la société, les dominations et les aliénations aussi, à l’échelle de la mondialisation.
Quand nous parlons de communisme de nouvelle génération et du communisme du XXIe siècle, nous avons à être dans une ambition refondatrice et surtout ouverte aux aspirations, aux expériences novatrices – parfois isolées – pour trouver les chemins d’une transformation sociale pour un projet d’émancipation humaine du XXIe siècle.
Nous avons trois fils rouges pour ce projet de transformation sociale :
- l’émancipation de toutes les formes d’exploitation et d’aliénation ;
- la solidarité, la mise en commun et en partage des moyens, des potentialités qui existent, du local au mondial pour lancer le chantier d’une nouvelle mondialité ;
- les conditions du libre développement des individualités pour créer les conditions d’un vivre ensemble du local au mondial.

À notre époque, il est essentiel de faire vivre et de travailler le projet communiste. En effet, la crise que nous vivons n’est pas seulement la crise du capitalisme mais aussi une crise de civilisation. S’arrêter de réfléchir à notre projet, aux réponses de transformation sociale et renoncer à le faire vivre dans la société laisserait le champ libre à ceux et celles qui avancent depuis des années et marquent des points avec pour projet celui de l’exploitation, de la mise en concurrence, du profit, des inégalités...
Je suis persuadée que la question du partage et de la mise en commun nécessaires pour faire civilisation humaine, au sens de vivre ensemble, a beaucoup plus de potentiels qu’on ne le croit. À nous, et à bien d’autres de créer les conditions de les faire émerger dans un projet de transformation commun, collectif et populaire. C’est une belle ambition. Le comité du projet, avec le PCF, veut y contribuer.

La Revue du projet, n° 34, février 2014

Entretien réalisé par Léo Purguette
 

Il y a actuellement 1 réactions

  • Communisme de nouvelle génération

    Communisme de nouvelle génération

    Je serais très heureux que la Revue du projet publie bien en vue le texte suivant qui répond fondamentalement à l’appel de Pierre Laurent (texte mis en « commentaire » sur Internet) :

    ( En introduction : Plusieurs … pensent que si l'on s'intéresse au communisme de nouvelle génération c'est signe qu'on ne croit plus au communisme actuel, c'est signe que l'on cherche des excuses pour prendre des libertés avec le communisme actuel : ces personnes trop rapides condamnent le communisme de nouvelle génération dont nous avons un besoin vital à terme, c'est coupable ! ) …

    C’est évident que le marxisme ne s'est pas arrêté définitivement de vivre avec la mort de Marx ! De mémoire, c'est lui ou plutôt Engels qui a écrit : "le nombre de générations qui seront en mesure de nous corriger est bien plus élevé que le nombre de celles que nous corrigeons"...

    Marx a forcément ignoré l’EMERGENCE. En effet, la mayonnaise faisait déjà prise du temps de Marx, et la vie existait (deux exemples d’émergence d’importance très inégale !). Mais les ordinateurs pour analyser ces phénomènes n'existaient pas.

    Dans la note ci-dessous, volontairement, je ne démontre rien, j’affirme seulement, faute de place. Mes démonstrations se trouvent par dizaines sur mon site Internet consacré depuis de longues années au « communisme de nouvelle génération », référencé en détails dans Google et ses équivalents chinois et russes (donc mon site peut être testé dans le monde entier).

    Ces démonstrations sont sous la forme d’expériences à faire par soi-même, pour être vraiment convaincantes. Il en est proposé une traduction en anglais.

    Mon site : http://fifi24.com

    Je propose sur ce site de parler d’un « enrichissement du matérialisme dialectique avec la science de l'émergence » .... Marx enrichirait-il le marxisme s’il vivait maintenant ? Marx, dans une de ses anticipations du Capital, écrivait qu’« en ce domaine, la seule liberté possible est que l’homme social, les producteurs associés règlent rationnellement leurs échanges avec la nature, qu’ils la contrôlent ensemble au lieu d’être dominés par sa puissance aveugle, et qu’ils accomplissent ces échanges en dépensant le minimum de force et dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine ».

    Et, poursuivait-il, « c’est au-delà que commence le développement des forces humaines comme fin en soi, le véritable royaume de la liberté »

    … Marx observait qu’Adam Smith « conçoit le travail comme une malédiction ». Il commente : Smith ne semble pas « avoir idée que surmonter des obstacles puisse en soi être une activité de liberté, être donc l’auto-effectuation, l’objectivation du sujet, et, par là même, la liberté réelle dont l’action est précisément le travail.»

    Mon apport proposé : Avec la science récente de l’émergence, des libertés nouvelles, des travaux nouveaux sont possibles : « améliorer la société comme on tourne une mayonnaise » (pour le dire très vite).

    La science de l’émergence trop peu connue, et ses scientifiques, ont été décrits récemment avec rigueur (ouvrage à paraître bientôt je l'espère) .

    Par Philippe Gascuel, le 16 novembre 2014 à 15:38.