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Le besoin d’une politique progressiste en matière de sécurité des citoyens, Anthony Caillé*

Dans une société démocratique, le droit de vivre en sécurité est un droit fondamental pour le développement de la solidarité, de la fraternité et de la justice sociale.

Le droit à la sécurité est avant tout de la responsabilité de l’État et de l’ensemble des services publics qui y concourent. L’aspiration à la sécurité doit être aussi une des priorités des forces politiques et syndicales de progrès au même titre que le combat pour le droit social, la santé, le logement, les transports etc.

Ne pas laisser cette question à la droite
La droite ne se prive pas d’utiliser les questions de sécurité à des fins politiques, mais sans jamais apporter les réponses adéquates. Elle choisit de s’attaquer uniquement aux conséquences et jamais aux causes, d’où la priorité donnée à la répression plutôt qu’à la prévention et la dissuasion.
À l’opposé du « tout sécuritaire », l’angélisme aveugle ne peut pas être la réponse adaptée à la situation de la délinquance dans notre pays. Durant des années, les forces de progrès (partis politiques, associations et mêmes syndicats) ont défendu la thèse selon laquelle c’est par le changement de société que les problèmes de la délinquance disparaîtront. Aujourd’hui, plus que jamais, si l’on veut changer la société, il est impératif de se confronter au problème de l’insécurité parce qu’il est l’une des premières préoccupations des citoyens.
Il faut donc regarder les faits. L’insécurité est bien réelle dans le pays. La délinquance augmente malgré les annonces médiatiques du ministre de l’intérieur Manuel Valls. Nous ne devons pas ignorer la réalité vécue par cette partie de la population qui subit l’insécurité dans sa vie quotidienne. Population par ailleurs déçue par la police. Combien de fois les victimes d’actes de délinquance se rendant au commissariat ou à la gendarmerie s’entendent dire : « Nous ne pouvons pas prendre votre plainte car nous manquons de personnel » ou « Votre préjudice ne nécessite pas une plainte ».
Reconnaître ce vécu et s’en préoccuper ce n’est pas rejoindre les idées répressives de la droite et de l’extrême droite. Au contraire, la meilleure façon de combattre ces thèses c’est d’agir avec les victimes de l’insécurité afin de préconiser une autre politique que le « tout répressif ».

S’attaquer aux causes structurelles de l’insécurité
Les causes de l’insécurité sont multiples : le mal vivre, le désœuvrement, l’injustice face au droit au travail, la perte de repères pour le respect d’autrui, la tentation de l’argent roi générée par la société capitaliste, etc. Mais l’une des causes principales du développement de l’insécurité dans notre pays est le désengagement de l’État : désengagement de l’école, des cités urbanisées, mais aussi désengagement financier tant et si bien que les moyens alloués à la police et à la gendarmerie nationale ne sont plus à la hauteur des attentes exprimés par les citoyens en matière de liberté et de tranquillité.

Entre spectacle
et rentabilité

À partir des années 1970, les gouvernements successifs, mais plus particulièrement ceux de droite, ont orienté les missions de la police vers « l’ordre public » et le tout répressif. Ainsi, à chaque événement, du mouvement revendicatif aux faits divers, les seules réponses apportées sont la « force » et la répression. Nous nous rappelons des « opérations coups de poing » du ministre de l’intérieur Michel Poniatowski qui consistaient à envoyer des forces de police (CRS et GM) non pas pour trouver une solution positive aux problèmes mais uniquement pour démontrer « la force de l’État ». La doctrine des « opérations coups de poing » est toujours d’actualité, tandis que les problèmes demeurent irrésolus. Par ailleurs, la conception des gouvernements et des ministres de l’Intérieur a toujours été de considérer que la police n’était utile que si elle était rentable en ce qui concerne les interpellations, les gardes à vue et les affaires élucidées. Nous considérons qu’il est néfaste d’intégrer la notion de rentabilité dans l’appréciation d’un service public comme la police nationale. Cela conduit invariablement à la culture de résultat et au « tout sécuritaire ».

Un service public national de sécurité au plus près des gens
Il ne s’agit pas, pour nous, de créer une société « policière » dans laquelle chaque citoyen serait surveillé et encadré. La police n’a pas vocation à être un instrument répressif servant des fins politiciennes ou des plans de carrière de ministres de l’Intérieur. Il s’agit de créer un véritable service public de police nationale qui réponde aux attentes des citoyens.
Pour cela nous considérons que la réunion des services existants – la police et gendarmerie nationale et même les polices municipales – en un seul service public de sécurité est de nature à répondre plus positivement aux préoccupations des citoyens.
Avec des personnels formés aux exigences du XXIe siècle, bénéficiant de droits communs à l’ensemble des fonctionnaires, ayant des salaires à la hauteur des missions exigeantes et complexes qu’ils assument quotidiennement, nous pensons que l’efficacité d’une police visant la sécurité pour tous serait bien plus grande.
Ainsi face aux violences à l’école, la réponse n’est sûrement pas la présence de policiers dans les collèges et les lycées. Cela aurait un effet d’autant plus néfaste que les personnels ne sont pas formés aux comportements indispensables à avoir dans un établissement scolaire. De plus, nous considérons qu’il faut donner à l’Éducation nationale les moyens pour assurer la sécurité des élèves et des enseignants dans les enceintes scolaires. En revanche, une présence préventive est souhaitable. Autrefois, à l’entrée et à la sortie des écoles, la présence de la police avait un double objectif : dissuasion et prévention des actes délictueux d’une part, respect de l’autorité, le policier étant perçu comme utile pour la sécurité, d’autre part.

La police de quartier
Face aux problèmes de la délinquance dans les cités urbanisées, la réponse, comme nous l’avons déjà souligné, n’est pas le « tout sécuritaire ». Il ne suffit pas qu’un ministre déclare bêtement : « Je vais nettoyer les cités au Kärcher et je vais vous débarrasser de la racaille ! ». Bien sûr, ce discours plaît à une partie de la population et plus particulièrement aux victimes de la délinquance. Refusant ces discours simplistes qui ne résolvent rien, nous ne retombons pas dans l’angélisme précédemment évoqué. Si, après les mesures de prévention et de dissuasion, des actes délictueux se perpétuent et que des citoyens dans les cités souffrent de l’insécurité, il est nécessaire de se montrer ferme pour rétablir la tranquillité démocratique.
Pour faire face aux problèmes de délinquance, il faut mettre en œuvre ce que nous appelons « la police de quartier », ce que les politiques de gauche ont traduit en « police de proximité ». L’échec relatif de la police de proximité, malgré de nombreux aspects positifs, s’explique assez largement par le manque de moyens. L’erreur, celle des gouvernements de gauche en particulier, a été la suppression des commissariats et des gendarmeries des villes jugées non rentables en matière de délinquance et de criminalité.
Une police proche des gens, en contact permanent avec les populations et les différents acteurs associatifs et économiques, créerait les conditions du rétablissement de la confiance entre policiers et citoyens. C’est cela, agir pour une véritable politique de sécurité publique.

*Anthony Caillé est policier, syndicaliste.
La Revue du projet, n° 34, février 2014
 

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