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Des votes et des voix. De Mitterrand à Hollande, Vincent Tiberj (dir.)

Champ Social Éditions, 2013
 
Par Patrick Coulon
Cet ouvrage écrit à plusieurs mains se propose pour objectif de conjuguer l’analyse des élections dans le temps long des évolutions sociales et politiques qui ont marqué la France, depuis le début des années quatre-vingt. De nombreuses questions y sont posées : gauche et droite, se distinguent-elles ? Le vote sert-il vraiment à quelque chose ? Ne faut-il pas chercher d’autres moyens de peser sur les décisions politiques ? Assiste-t-on au déclin de la démocratie française ou à sa transformation ? Quels sont les clivages sociopolitiques aujourd’hui ? Sont-ils si différents de ceux d’hier ? Quelles sont les conséquences politiques des évolutions sociales de ces trente dernières années ? Les électeurs français sont-ils plus ou moins ouverts et tolérants hier qu’aujourd’hui ? Ces questionnements sont – avec bien d’autres – traités dans les trois parties structurant l’ouvrage. La première porte sur les changements sociaux, la seconde fait le point sur les rapports des Français au politique et la troisième sur les comportements électoraux. Il est impossible ici d’aborder l’ensemble des réponses livrées par les quatorze coauteurs (s’appuyant sur de nombreuses enquêtes et recherches scientifiques consultables en intégralité grâce aux liens internet renvoyant vers elles).

Parcourons quelques pistes qui, j’en suis sûr, interpelleront les lecteurs de notre revue et les inciteront à aller plus loin dans la lecture de cet ouvrage. A contrario d’un certain discours qui prêche une moyennisation de la société, les classes populaires n’ont pas disparu : 13 millions de salariés (ouvriers et employés) occupent des emplois d’exécution et 51 % sont des travailleurs routiniers. 5,5 millions sont non qualifiés et ce sont eux qui s’identifient le moins à une classe sociale. Le déclassement n’est pas marginal et n’est pas qu’une peur.
Le périurbain, aspirateur du rêve résidentiel du fait de la crise, de la casse des services publics, se transforme en zones de désillusions. Depuis 1981 en ce qui ce qui concerne le genre, la famille et la sexualité, les Français s’émancipent. La crise précipite la critique du marché… et de tout gouvernement.
On assiste à une évolution clairement vers la gauche en ce qui concerne la population dite de « la diversité », les nouveaux inscrits renforçant cette tendance.

On constate une évolution du rapport à la politique que Vincent Tiberj résume ainsi : « Au début de la cinquième république, on vote beaucoup mais on s’intéresse peu et la participation politique semble se cantonner à l’isoloir ; aujourd’hui on vote plus par intermittence, mais on s’intéresse plus et on participe de manières différentes. » Il ajoute : « Nous n’avons jamais constitué auparavant un corps de citoyens aussi capables de remplir son rôle grâce à l’élévation du niveau d’éducation que grâce à l’accès facilité aux informations. [...] Jamais autant d’entre nous ne nous sommes mobilisés, à travers les pétitions, les manifestations ou les associations ». Bref et pour faire court selon ces chercheurs la France s’est gauchisée, sur le temps long, notamment par le biais de l’évolution démographique (sociale et religieuse).
À méditer.

La Revue du projet, N° 33, janvier 2014
 

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