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Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France, Zeev Sternhell

Gallimard-Folio Histoire, 2013

Par Séverine Charret
Dans cet ouvrage, Zeev Sternhell revient sur l’existence d’un fascisme français. Avec force références, il suit le glissement de la critique de la démocratie libérale bourgeoise vers une droite révolutionnaire opposée à l’héritage des Lumières et violemment antimarxiste. Pour certains intellectuels en effet, la solution ne peut venir du marxisme dont ils condamnent le matérialisme et la lutte des classes. Ils lui substituent alors une idéologie fondée sur le nationalisme, le corporatisme et un État autoritaire, seuls capables – selon eux – de rassembler les « producteurs contre les profiteurs ». Cette pensée, qui s’ébauche dès la fin du XIXe siècle avec Barrès et le boulangisme, se structure dans les années trente dans le cadre du néosocialisme. Au travers des parcours et des écrits de quelques figures (Marcel Déat, Thierry Maulnier, Mounier, Jouvenel…), Zeev Sternhell décrit enfin la séduction exercée par le fascisme italien et le nazisme sur des intellectuels qui en appellent à la jeunesse et à la force contre ce qu’ils considèrent être une crise de civilisation. Si avec la guerre certains basculent finalement dans la Résistance, d’autres, qui ont frayé avec la collaboration, attendront la guerre froide pour jeter un voile sur leur passé et se reconvertir en penseurs libéraux.
C’est sans doute parce qu’il a déterré ce passé que certains préféraient oublier que Ni droite ni gauche (1983) a été au cœur d’une importante controverse sur laquelle Zeev Sternhell revient dans la longue préface de cette nouvelle édition. Il y conteste l’immunité de la France par rapport au fascisme et l’idée que Vichy ne serait qu’un accident de parcours dans ce pays à la longue tradition républicaine. Il s’interroge aussi sur la place occupée par cette « thèse immunitaire » qu’il considère être un réflexe de refoulement par rapport à une responsabilité collective. À cette occasion, Zeev Sternhell plaide pour une histoire des idées sur le temps long.
Si la lecture est parfois un peu ardue tant les références sont riches et nombreuses et si on peut regretter que Zeev Sternhell aborde peu l’influence de ces idées sur la société, cet ouvrage est une réflexion éclairante sur le passé et, même s’il faut se garder des leçons de l’histoire, une piste pour la compréhension du temps présent. Car comme le dit Zeev Sternhell dans un entretien accordé à l’Humanité le 12 août 2013 : « Le corpus idéologique du FN est fondamentalement nourri des mêmes principes, bien que le langage soit nettement plus modéré et l’image de marque plus policée. […] [Si] la démocratie et le suffrage universel ne sont plus mis en cause, […] pour l’essentiel ce corpus représente toujours une troisième voie entre le libéralisme des Lumières françaises et le marxisme, ou plutôt contre le libéralisme et le marxisme ».
La Revue du projet, n° 32, décembre 2013
 

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