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La laïcité n’est pas ce que vous croyez, Pierre Dharréville

Les éditions de l’atelier, 2013

Par Florian Gulli
Hier encore, la laïcité clivait la société française. Elle était l’un des grands sujets opposant la gauche et la droite. Objet d’amour ou de haine, elle ne laissait personne indifférent. Les choses ont bien changé depuis. Tout le monde ou presque se déclare laïc. En premier lieu l’extrême droite qui la combattait hier et qui est parvenue, ironie de l’histoire, à se faire passer pour le défenseur de la laïcité en France. Il est urgent de repolitiser l’idée de laïcité et de faire porter le débat sur le sens que l’on donne à ce mot. Le dirigeant communiste Pierre Dharréville contribue, dans son livre La laïcité n’est pas ce que vous croyez, à combattre le recyclage droitier des références historiques de la gauche.
Pour Pierre Dharréville, la récupération de la laïcité permet à la droite radicale (le FN et une bonne partie de l’UMP) d’adapter au champ politique français, l’idéologie nord-américaine du « choc des civilisations » (Huntington) qui a si bien réussi aux républicains états-uniens. Derrière les mésusages de la laïcité, rien d’autre que le racisme, un racisme new-look qui « se cherche des justifications et de nouveaux fondements théoriques ». Pierre Dharréville revient au sens originaire du terme : « la laïcité est le principe selon lequel le pouvoir politique réside […] dans la souveraineté du peuple ». « Ce principe s’applique à l’État […] qui ne peut se soumettre à aucune puissance dite supérieure, à aucune tutelle extérieure, à aucune fraction du peuple ». D’où la remarque de Jean Jaurès : « démocratie et laïcité sont deux termes identiques ». Fort de cette définition, l’auteur aborde à la fin de l’ouvrage les questions difficiles mais pourtant quotidiennes qui mettent en jeu la laïcité et dont la droite radicale, devenue obsessionnelle, s’est emparée : les prières de rue, le voile à l’école, les revendications alimentaires dans les cantines, les jours fériés religieux, le droit de blasphème.
 

Il y a actuellement 1 réactions

  • laicité et religion en lisant le livre

    L'intérêt du livre de Pierre Dharréville "La laïcité n'est pas ce que vous croyez" est qu'il tente de situer la religion dans la réflexion que nous devons avoir sur la laïcité. Il met en garde :

    "Choisir d'enfermer de façon globalisante les religions du côté obscur de la force, et les croyants avec, n'est ce pas mettre le doigt soi-même dans une démarche dogmatique ?"

    La laïcité n’est pas ce que vous croyez, Pierre Dharréville

    Il nous rappelle que les religions ne sont pas seules à vouloir imposer leur suprématie, leur vérité, leur vision du monde. Ce qui est fort juste et m'a souvent conduit à parler des dogmatismes idéologiques autres que religieux mais il ne faut pas pas pour autant les considérer les uns et les autres comme inoffensifs. Reste à savoir si les religions sont fondées sur le dogme (point de doctrine donné comme une certitude mais non démontrable) Je pense que oui ! Avoir la foi en un dieu selon moi est un dogme tout autant que l'est une idéologie fondée sur une théorisation tant qu'elle n'est pas vérifiée par l'expérience. L'expérience n'ayant qu'une valeur relative de surcroit.

    Peut - on construire l'humanité en prenant le risque d'une action politique fondée sur une croyance ? Et construire l'humanité ne passe-t-il par le politique qui doit pouvoir créer les conditions de la transmission de l'ensemble des connaissances de l'activité humaine par l'éducation et aussi par l'organisation du bien être social, dans le partage équitable (condition première d'une bonne transmission du savoir)

    La politique d'un état ne peut donc confier aux églises et aux porteurs d'idéologies la responsabilité de l'éducation mais également de tout ce qui a un caractère régalien (de la prérogative de l'état) ou encore qui relève de l'action collective où se rencontrent croyants et non croyants.

    Concernant l'individu, il en va autrement, son intervention qu'on le veuille ou non ne peut être sans qu'il recoure à sa vision du monde à des concepts philosophiques et religieux. On ne peut demander à personne d'agir dans la sphère publique en oubliant tous les éléments constitutifs de sa personnalité. Cela vaut pour un marxiste !

    "Un croyant le demeure quand il sort de chez lui, quand il va au travail, quand il discute au syndicat, quand il s'engage en politique. Ou alors sa foi est morte et elle répond à la logique d'enfermement pronée par certains. La République n'a rien de bon à attendre de la foi refoulée, hors sol, déconnectée des réalités sociales. Et c'est le meilleur moyen de favoriser l'irruption des forces politiques kidnappant une influence religieuse pour l'instrumentaliser dans l'espace public, avec une volonté plus ou moins intégriste." (page 87)

    Je recommanderai particulièrement la lecture du chapitre dont je cite l'extrait précédent car après une analyse historique du "fait laïque" le livre aborde évidemment celui-ci dans le contexte actuel. Une citation d'Emmanuel Todd et d'Hervé Le Bras a retenu mon attention et m'interpelle :

    "l'effondrement du catholicisme, puis celui du communisme, ont engendré un vide religieux et idéologique qui a fini par engloutir tout l 'Hexagone. On peut donc parler de nouvelle homogénéité par le vide, laquelle explique l'apparition parmi bien d'autres choses, dans un pays ou les français classés comme musulmans ne pratiquent pas plus leur religion que ceux d'origine catholique, protestante ou juive, d'une islamophobie judéo chrétienne. Une islamophobie paradoxale, pour le moins, puisqu'elle prétend que la seule façon de ne pas croire en Dieu est par essence chrétienne" (page 91)

    Et l'auteur Dharréville d'ajouter :

    "Finalement, à travers les offensives sarkosyste, le courant conservateur de l'église et le courant anti religieux ont su se retrouver en silence dans une laïcité d'apparence. Et ce ne pouvait-être au fil du temps qu'en connaissance de cause."

    "Si je suis assez d'accord avec cette analyse, il me semble cependant utile de préciser que la pensée communiste à terriblement manqué dans la prise de conscience des réalités économiques et sociales et donc de leur incidence sur la politique politique (d'autant qu'elle a été déformée en prenant appui sur les pratiques extérieures dans différents régimes se réclamant du communisme)

    Par contre on ne peut pas dire que la pensée religieuse et parfois l'action, quelles que soient les religions qui les aient exprimées, dans la même période qui a précédé leur affaiblissement, auraient pu jouer un rôle positif. J'ai suffisamment côtoyé de croyants pour savoir que, sans donner dans l'intégrisme, ces religions les ont tenus éloignés souvent des combats pour la démocratie et le bien-être social. Même si j'en ai rencontré chez qui la foi pouvait susciter des réactions politiques lucides !

    Et cela, même en restant dans la sphère individuelle !

    L'appartenance à des églises et autres institutions religieuses ne constituent pas selon moi, face a la dégradation économique, sociale, culturelle et morale dont sont victimes les couches populaires, le meilleur antidote "pour disposer de sa foi" en toute liberté !

    Personnellement c'est avec beaucoup de réserve que je gratifierai certains croyants, même non pratiquants, d'un brevet de progressisme assuré dans le domaine culturel et politique.

    Qu'il puisse en être autrement précisément lorsque les églises les y invitent (voir l'évolution de l'églises catholique avec le nouveau pape) je ne le conteste pas d'autant que l'effet des courants progressistes populaires les rappellent un peu à leurs fondamentaux (si tant est qu'ils les retrouvent vraiment). Et puis il y les réalités et effets de la mondialisation capitaliste dont les peuples perçoivent les conséquences désastreuses et qui interpellent les différents cultes.

    Mais les églises ont été, sont encore associées ou pèsent encore sur les pouvoirs politiques de telle sorte que l'on peut toujours craindre qu'elles puissent être instrumentalisées, simplement au nom de leur dogme. Il ne faut pas oublier que l'église catholique par exemple doit son influence aux services qu'elle a rendus aux pouvoirs impériaux et monarchiques depuis l'Empereur Constantin. Il en va de même des différentes composantes de l'Islam. On ne peut pas dire que l'état d'Israël échappe à la pression du culte juif.

    Alors bien sûr la séparation a, en France du moins, clarifié le positionnement des églises qui acceptent une certaine forme de laïcité d'autant qu'elles se sentent menacées par d'autres influences religieuses. Je ne crois pas que l'on puisse dans ces conditions, comme a pu le faire Sarkozy, laisser entendre qu'elles doivent s'occuper de nos âmes comme si telle était leur mission incontournable.

    On pourrait tout de même dans un esprit de tolérance et de respect donner à ceux qui prônent l'athéisme ou des concepts de matérialisme philosophique des moyens d'expression équivalents à ceux que l'on accorde, dans les services publics (à la télé notamment), aux religions qui prônent elles nécessairement une forme extrême de l'idéalisme philosophique.

    Quant aux croyants en tant qu'individu je ne nie pas que leur foi puisse les conduire à des actes utiles à la société et que je partagerais volontiers avec eux ! Mais elle peut, sous l'effet des religions, s'ils sont confrontés à des difficultés de vie, constituer un refuge et provoquer le meilleur autant que le pire.

    Je pense de ce point de vue que la foi, comprise dans son sens religieux, ne peut être séparée des influences culturelles qui l'entourent, que même ce sont elles qui en définitive la déterminent et non l'inverse bien qu'il existe un lien dialectique avec elle. Elle peut donc être ébranlée par des discours contradictoires et de ce fait elle ne peut garantir la tolérance et être à l'abri des comportements violents !

    Cela dit écouter et entendre si besoin est ce que disent les religions ne me dérange nullement mais de là à les aider à prospérer pour développer de puissants réseaux d'information et de formation dans le cadre des missions de l'état (l'école en est une) pas plus d'ailleurs que de laisser s'installer la marchandisation des formations et de les confier à des institutions privées qu'elles soient confessionnelles ou non !

    (à suivre)

    Par Jacques LAUPIES, le 23 January 2014 à 21:35.