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Du chômage aux demandeurs d’emploi : la mesure statistique du marché du travail, Michaël Orand

Vu l’importance qu’a prise ce problème depuis le début de la crise, on comprend aisément que les statistiques du chômage soient chaque mois parmi les plus attendues. Au cours de ces derniers mois, la production de ces chiffres n’a pas été des plus aisées pour le système statistique public : problème téléphonique, baisse des taux de réponse, changement de questionnaire. Le plus gros obstacle a surtout été de faire comprendre les implications, pas toujours évidentes, de ces divers événements sur les statistiques publiées. À cette occasion a été rappelée, certes, la difficulté chronique du système statistique à communiquer clairement et efficacement, mais aussi la méconnaissance d’une majorité du public et des média de ces chiffres, de leur signification et de leurs conditions de production.

Deux mesures différentes :
taux de chômage et DEFM

En France, deux chiffres sont publiés à intervalle régulier : le taux de chômage dit « au sens du BIT », tous les trimestres, et le nombre de demandeurs en fin de mois (les « DEFM » dans le jargon statistique), chaque mois. La principale difficulté réside en ce que ces deux statistiques sont indifféremment présentées sous le terme générique de « chiffres du chômage », alors qu’elles mesurent deux choses très différentes. En ce qui concerne les DEFM, on le verra, il est même parfaitement erroné de parler de chômage.

Le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) est mesuré par l’INSEE, via l’enquête « Emploi ». Cette statistique a une définition très stricte qui permet sa comparabilité entre les différents pays. Un chômeur au sens du BIT est une personne qui est :
- sans emploi : elle n’a pas travaillé la semaine précédant l’enquête (ne serait-ce qu’une heure)
- prête à travailler : elle est disponible pour prendre un emploi sous 15 jours
- et en recherche d’emploi : elle a cherché un emploi dans le mois précédent l’enquête, voire en a trouvé un qui commence dans moins de trois mois.

Pour obtenir le taux de chômage, on rapporte le nombre de chômeurs ainsi identifiés à la population active totale, qui correspond aux chômeurs et aux actifs occupés (cela exclut toutes les personnes qui ne sont pas en âge de travailler, dont les retraités, mais aussi les étudiants qui ne travaillent pas).

Le chiffre des demandeurs d’emploi en fin de mois est quant à lui tiré des fichiers administratifs de Pôle emploi, traités par le service statistique du ministère du Travail et de l’emploi, la DARES. Il s’agit simplement de compter le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi, notamment en distinguant les différentes catégories administratives (les fameuses catégories A, B, C, D et E). Par leur définition même, les catégories B et C comptent des personnes qui ne sont pas chômeuses, puisqu’elles occupent un emploi (soit 1 553 500 personnes fin août 2013). De même, les catégories D et E de Pôle emploi regroupent des personnes qui ne sont pas tenues de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ce qui contredit le troisième critère de la définition du chômage au sens du BIT.

Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi inclut donc des personnes qui ne sont pas à strictement parler des chômeurs. Mais le biais ne fonctionne pas que dans un sens, et il est également possible que des chômeurs au sens du BIT ne soient pas comptabilisés dans les fichiers de Pôle emploi, parce qu’ils ont été radiés par exemple, ou bien parce qu’ils n’ont tout simplement jamais effectué les démarches administratives nécessaires. La question du non-recours aux droits, notamment dans les quartiers les plus difficiles, prend de plus en plus d’importance pour le service public de l’emploi.  

 

Enjeux statistiques différents
La nature de ces indicateurs, tant dans leur définition que dans leur mode de collecte, implique des enjeux statistiques très différents : pour le chômage au sens du BIT, mesuré par une enquête non exhaustive, l’enjeu est de garantir la crédibilité des réponses et la représentativité des résultats ; pour les DEFM, l’enjeu est la fiabilité des données administratives, et la bonne prise en compte des modifications de règles, sur les radiations par exemple, dans l’analyse des données brutes.

Quoi qu’il en soit, malgré toutes les différences développées ci-dessus, on constate finalement dans les données des évolutions assez comparables (graphique) du nombre de chômeurs au sens du BIT (2,97 millions au 1er trimestre 2013) et des DEFM (5,29 millions toutes catégories confondues). Dans ces conditions, ce sont plutôt des critères externes qui vont conduire à privilégier l’un ou l’autre : fréquence des données ou comparabilité internationale par exemple.

La Revue du projet, n° 32, décembre 2013

 

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