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Métropoles ? Dominique Adenot*

Raison de plus pour que les citoyens prennent le pouvoir dans les communes.

Certes, la loi créant les métropoles est un coup dur porté à la libre administration des communes, aux services publics locaux, à l’émergence des besoins et des exigences des habitants. Mais attention à ne pas apporter, à notre corps défendant, de l’eau au moulin de ceux qui pensent que tout se décide ailleurs, qu’il n’y aurait plus rien à faire à l’échelle municipale.
Face à tout l’arsenal visant à éloigner les élus des citoyens, à priver les collectivités de leur capacité d’action et des financements nécessaires, la commune reste l’espace privilégié de prise de parole, d’intervention citoyenne, de confrontation potentielle sur les choix à effectuer. C’est une raison de plus pour que les citoyens s’en emparent pleinement en faisant gagner des rassemblements à gauche porteurs de projet et faisant barrage à la droite et à l’extrême droite.

Aller à la confrontation avec les citoyens à partir de la satisfaction de leurs besoins
Avec cette situation nouvelle, nous devons porter le débat et l’action sur la réforme territoriale, non pas en jouant les Cassandre, c’est-à-dire en se contentant d’expliquer le caractère antidémocratique de la réforme, qu’elle annoncerait la fin des communes et des départements, etc., mais en allant à la confrontation avec les citoyens à partir de la satisfaction de leurs besoins.
Si la conscience d’appartenir à une « aire métropolitaine » ne fait pas débat a priori, des enquêtes ont montré la prégnance chez de nombreux citoyens du sentiment qu’une ville digne de ce nom devait être avant tout conçue pour tous et donc pour chacun d’eux, comme un lieu où ils pouvaient rester et améliorer leur vie… Autrement dit, la conscience – et la crainte – est forte de décennies entières de vécu de ségrégation urbaine, de relégation sociale dans des zones toujours plus éloignées des centres, des services, de la formation, de la culture…
Une raison puissante pour laquelle le gouvernement escamote le débat démocratique sur la réforme territoriale est la crainte que ne sortent au grand jour des raisons inavouables à l’affirmation des métropoles : le diktat accepté par la France de la Commission européenne, exigeant, entre autres recommandations d’austérité, que la loi sur la réforme des institutions « rationalise » et « simplifie » les collectivités.

Conjuguer démocratie participative la plus large et démocratie délibérative
La crainte légitime d’une métropole vécue comme une nouvelle « centrifugeuse » sociale est un des points d’appui pour pousser le dialogue avec les citoyens. Car rien ne serait pire que de ne pas avoir cet échange. À l’heure où le fossé se creuse avec « la politique », phénomène qui ne nous épargne pas, et même si nous pensons offrir un cadre suffisamment démocratique, celui-ci peut se révéler inopérant, s’il ne part pas réellement de la parole des individus, de leur volonté bien réelle de compter et d’être mis en situation d’être pleinement intégrés dans la confrontation politique. Je crois qu’il existe en réalité une grande disponibilité citoyenne, si nous tendons la main de cette façon. Mais cela implique de réfléchir à inventer au sein de la commune les espaces de confrontation et d’intervention nécessaires, sans les figer, mais en les liant à la vie réelle.
C’est une ambition très exigeante vis-à-vis des élus qui doivent mettre tout à disposition : les informations, les enjeux, les financements et oser la controverse au sein de l’assemblée. Cela veut dire aussi de penser tous nos actes en fonction de la mise en mouvement citoyenne : nous mettons « tout sur la table » pour permettre la co-élaboration, la codécision, la co-évaluation, le contrôle citoyen, avec des processus d’aller-retour, des mises à jour et des validations fréquentes. Il s’agit d’inventer au fur et à mesure des dynamiques nouvelles qui conjuguent la démocratie participative la plus large et la démocratie délibérative. Nous avons un large champ d’action devant nous si nous nous mettons à disposition de celles et ceux qui n’ont que « la commune pour réussir », même si – et les citoyens le savent – la commune ne peut pas tout.
Nous sommes ainsi avec les jeunes pour faire avec eux le chemin de la réussite et de l’obtention d’un travail, ce qui veut dire agir pour en faire une priorité de tous, mettre les partenaires économiques, éducatifs en confrontation avec eux, avec leurs familles, agir pour inventer des dispositifs où l’on se rencontre et où l’on se parle, où l’on intervient pour lever les obstacles. Nous sommes avec toutes celles et ceux qui rencontrent des difficultés pour se loger, pour se déplacer, pour vivre dignement… Nous sommes avec toutes celles et tous ceux qui ne se sentent pas reconnus et qui veulent compter dans leur ville, dans l’aire métropolitaine et plus largement dans l’espace urbain, périurbain et rural.
Les exemples pourraient être multipliés. La commune est plus que jamais le lieu de redécouverte du « collectif », l’espace où est susceptible de s’inventer de nouvelles pratiques démocratiques, de nouvelles confrontations citoyennes, des controverses fructueuses qu’il nous faut affronter… Redonnons le goût d’agir ensemble pour le bien commun, pour une ville qui ne laisse pas faire le marché, une ville qui soit bien pour toutes et tous. 

*Dominique Adenot est maire (PCF) de Champigny-sur-Marne. Il est président de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR).

La Revue du projet, n° 32, décembre 2013
 

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