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Un pôle public de l’énergie, Valérie Goncalves et Gilles Pereyron*

Régionaliser l’énergie accentuerait les disparités entre régions, zones urbaines et rurales.

Nous avons vu émerger, lors des débats sur la transition énergétique des discours portant la volonté d’autonomie régionale des moyens de production d’électricité et de distribution de l’électricité et du gaz. Certains au sein des collectivités locales voudraient revenir à un système régional de distribution à travers une gestion locale type régie ou de société publique locale !

La régionalisation de l’énergie ?
Il est pourtant illusoire de croire que les questions énergétiques pourraient se résoudre au niveau local. Pire, une régionalisation de l’énergie rendrait caduque la solidarité entre régions et mettrait en cause la péréquation tarifaire, voire l’accès à l’énergie tout simplement. Cela serait synonyme de la fin d’un service public national de l’énergie qui a fait ses preuves depuis 1946. En effet, la décentralisation de la distribution n’est pas fiable : l’électricité est un bien qui ne se stocke pas, pour lequel l’équilibre entre offre et demande doit être réalisé en permanence. Cela nécessite une vision nationale du système. Mais ce serait aussi un système moins sûr : en cas d’aléas climatiques, l’existence d’un dispositif d’urgence permettant de mobiliser rapidement les salariés du service public d’ERDF-GRDF et leurs moyens techniques, sont intimement liées à l’existence d’un distributeur de la taille d’ERDF par exemple. Il semble donc peu raisonnable de se séparer du modèle actuel. De plus, les prix étant fixés nationalement sur la base de coûts nationaux, et étant les mêmes sur tout le territoire du fait de la péréquation, certaines concessions sont naturellement excédentaires et d’autres déficitaires (20 % du territoire, essentiellement celui des grands centres urbains, est excédentaire, tandis que les 80 % restant sont déficitaires). Si les tarifs devaient être fixés par concession, le prix de l’acheminement pourrait baisser de 20 % dans quelques centres urbanisés. D’où les velléités de certains élus qui voient là un moyen de renflouer les caisses de leurs communes. Mais d’autres verraient ce coût augmenter jusqu’à plus de 50 %. Aujourd’hui, il y a deux fois plus d’investissement par consommateur rural que par consommateur urbain, puisque les investissements sont pour moitié investis vers le rural qui ne représente que 25 % de la clientèle. C’est cela la péréquation. D’autre part, la modernisation des réseaux va nécessiter des investissements qui sont évalués aujourd’hui à hauteur de 3 milliards d’euros/an. Quant aux moyens de production, ils sont inégalement répartis sur le territoire national. Par exemple, une région comme la Bretagne ne produit que 8 % de ce qu’elle consomme. A contrario, la région Rhône-Alpes détient bon nombre de moyens de production.

Énergies renouvelables et service public
Mais ne soyons pas dupes ! Dans ce débat, il s’agit également d’impulser une expansion régionalisée d’énergies renouvelables (éolien et photovoltaïque) dont le seul mérite réel est de garantir aux investisseurs, grâce à des prix de reprise totalement artificiels, une rentabilité, payée par le consommateur individuel via une taxe appelée la CSPE. Pourtant le développement des énergies renouvelables va accroître la nécessité de développer des solidarités territoriales et les réseaux pour pallier leur intermittence… Contrairement à une idée reçue la quasi-totalité des éoliennes et panneaux photovoltaïques est raccordée au réseau, l’autoconsommation étant peu pratiquée en France. Ce qui s’explique par le tarif de rachat : il n’est pas très séduisant de consommer son électricité quand on peut la revendre cinq fois plus cher… Cela dit, on ne peut être dispensé d’être raccordé au réseau parce que de toute façon la nuit ou quand il n’y a pas de soleil, il faudra bien avoir du réseau pour avoir l’électricité. De plus, leur implantation géographique est rarement celle des lieux de consommation. Par exemple, pour le photovoltaïque, son développement se fait là où le coût du terrain permet d’optimiser la rentabilité du projet, ce qui oblige à développer des réseaux au milieu de nulle part.

Tous ces éléments devraient donc nous conduire à la conclusion inverse de celle avancée : c’est de plus de service public dont nous avons besoin pour servir l’intérêt général. Plus de concertation, de lieux d’échanges aussi. Et dans ce débat notre proposition de pôle public prend donc tout son sens. 

*Valérie Goncalves est responsable du secteur Énergie du Conseil national du PCF.
*Gilles Pereyron est représentant FNME-CGT à « Droit à l’énergie SOS Futur ».

La Revue du projet, n° 32, décembre 2013
 

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