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La loi pour la refondation de l’école, Brigitte Gonthier-Maurin*

Le « territoire » devient le paravent à un désengagement de l’État et à l’expansion d’un marché scolaire juteux.

Dans le domaine scolaire, les précédentes lois de décentralisation ont principalement concerné la question du bâti, transférant aux régions, aux départements et aux communes la compétence en matière de construction, de rénovation et d’entretien des établissements et des écoles. La loi de refondation de l’école, combinée aux trois projets de lois de décentralisation, marque une nouvelle étape de décentralisation visant cette fois l’organisation et les contenus de l’école.

Une « territorialisation » inégalitaire
Invoquant l’argument de la « proximité » et des « réalités de terrain », le gouvernement et une partie de la gauche agissent aujourd’hui pour davantage de « territorialisation » de l’école. Ainsi, les régions se voient confier un rôle prépondérant dans la définition de la carte des formations professionnelles initiales, au risque d’enfermer la filière professionnelle dans les seuls intérêts stratégiques des régions. La réforme des rythmes scolaires, caractérisée par un cadre national et réglementaire a minima, s’annonce d’ores et déjà inégalitaire car fonction des moyens et des volontés des collectivités qui doivent la mettre en œuvre et du maillage socio-éducatif existant. De plus, cantonnée à la seule question des « horaires », cette réforme, vide de toute visée éducative, de tout engagement en faveur de l’enfant qui n’a que l’école pour apprendre, sera bien incapable de faire refluer l’échec scolaire. Ce mouvement de territorialisation, on le voit bien, se heurte à l’exigence universelle d’égalité, alors même que la réduction des inégalités scolaires devrait être au cœur de tout projet émancipateur pour l’école et irriguer le service public d’éducation nationale.

Renforcer le caractère national du service public d’éducation
Ce mouvement ignore également l’évolution en cours des formes de savoirs et de raisonnement, faisant de notre société, une société de plus en plus structurée par des savoirs complexes, des savoirs savants qui modèlent les situations auxquelles sont confrontés les citoyens et les travailleurs. Cette évolution des savoirs pose à l’école, un défi d'élévation du niveau de connaissances pour tous et toutes. Mais ce défi ne pourra être relevé sans une relance du processus de démocratisation scolaire permettant la construction d’une école au service de l’émancipation individuelle et collective. Pour y parvenir, il faut, au contraire du processus en cours, renforcer le caractère national du service public d’éducation. Ce qui signifie de revenir sur toutes les mesures qui, sous couvert « d’autonomie », mettent en concurrence les établissements et les territoires.
La question du « territoire » n’en reste pas moins pertinente, mais elle doit devenir un élément de démocratisation, d’association et de responsabilité partagée de tous les partenaires – école-famille-société – et non le paravent à un désengagement de l’État et à l’expansion d’un marché scolaire juteux. Ce processus conduirait inévitablement à une explosion des inégalités scolaires et territoriales. C’est pourquoi, face à la logique rampante du « moins d’école », c’est celle du « plus et mieux d’école » qu’il nous faut défendre et développer.

*Brigitte Gonthier-Maurin est sénatrice (PCF) des Hauts-de-Seine.
La Revue du projet, n° 32, décembre 2013
 

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