La revue du projet

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Le Grand Paris, Gabriel Massou

Avec le projet de loi « d’affirmation des métropoles » ressurgit le débat sur la façon d’appréhender l’émergence du fait métropolitain.

Pour notre sensibilité, ce débat est crucial. Il nécessite de prendre la mesure de la métropolisation dans toute sa complexité : en partie expression d’un capitalisme mondialisé, en partie véritable mutation de civilisation ; à la fois forme prise par une accélération considérable des phénomènes urbains, des interdépendances, de la concentration des créations de richesses et, simultanément, facteur d’une aggravation dramatique des inégalités et des ségrégations. Le défi que nous devons relever, c’est celui de l’affrontement entre métropole d’exclusion ou d’inclusion, entre métropole pour les élites ou pour toutes et tous, entre métropole inégalitaire ou solidaire. Cet affrontement est décisif pour l’Île-de-France, où se concentrent à la fois des richesses immenses – la deuxième région européenne en termes de PIB – et des inégalités qui ne cessent de se creuser.

Répondre aux besoins des habitants et exigence démocratique
Au regard de ce défi, le débat, pour nous, ne peut pas se situer entre statu quo et changement, mais bien sûr le type de changement à engager. C’est au regard de deux objectifs essentiels et indissociables qu’il faut réfléchir les évolutions nécessaires : l’enjeu de la réponse aux besoins des habitants et l’exigence démocratique. Le cœur de l’enjeu métropolitain, c’est avant tout la réponse aux besoins des Franciliennes et des Franciliens en matière de logement, d’emploi, de santé, de transports, de services publics, d’environnement… La question pour nous est bien celle du droit à la ville, à une ville accueillante, du droit à la centralité qui permet à toutes et tous d’avoir accès facilement à toutes les fonctions humaines. Toute réponse à cette question suppose de poser comme incontournable l’exigence démocratique. Les cadres à inventer doivent permettre à chacun – élu, citoyen, acteur social, économique, associatif, syndical… – d’être associé à la construction métropolitaine. Ils doivent prendre en compte la complexité d’une métropole polycentrique et donner sa place à chaque territoire, avec son histoire et ses singularités. Toute démarche descendante, toute construction qui éloignerait les citoyens des lieux de décision constituerait un recul inacceptable.

Altermétropole plutôt que métropole du Grand Paris
Aux enjeux ainsi posés, il est clair que le projet gouvernemental de « métropole du Grand Paris » – une nouvelle structure dotée de compétences très larges sur la petite couronne et qui viendrait remplacer les intercommunalités – est une réponse inacceptable. Elle va à l’encontre des dynamiques de coopération entre territoires qui se sont construites ces dernières années, dont les intercommunalités sont le fruit. Au contraire, elle cède aux logiques de mise en concurrence des « grandes métropoles » entre elles au nom de la compétitivité. Elle a pour but d’inscrire dans le marbre l’austérité pour les territoires et les populations. Enfin, elle constitue un grave recul pour la démocratie et donc pour l’idée même de construction métropolitaine partagée.

L’altermétropole que nous voulons construire suppose au contraire d’inventer de nouveaux espaces de dialogue et de coopérations capables de prendre en compte l’identité et les dynamiques de territoires et de mettre en débat projets et enjeux métropolitains avec les citoyens. Il ne s’agit en aucun cas de mettre en concurrence les échelles et les institutions. Le rôle essentiel des communes et des départements en matière de démocratie, de solidarité et de proximité, celui de la région, garante de cohérence et d’une vision stratégique de l’aménagement, ne s’opposent en rien à la fonction de lieux intermédiaires à l’échelle métropolitaine. L’échelle métropolitaine pourrait ainsi être fondée sur la coopération et la complémentarité des territoires, à partir des communes et des lieux de mutualisations que doivent être les intercommunalités. Ces espaces devront mieux représenter leurs territoires, au travers de leurs élus, mais aussi des acteurs et actrices territoriaux et sociaux. Ils doivent permettre de faire émerger de nouveaux services publics, dotés de véritables moyens institutionnels et financiers, organisant la complémentarité entre les échelles et les territoires en lien avec l’État.

De tels espaces ne naîtront qu’à condition d’impliquer pleinement les citoyens dans le débat. L’urgence est donc à l’organisation d’un grand débat citoyen, avant toute réforme institutionnelle. Aujourd’hui comme demain, les immenses enjeux de la zone métropolitaine ne se résoudront pas hors de l’intervention et de l’expression populaires.

Par Gabriel Massou,
 président (PCF) du groupe Front de gauche (Pcf, GU et AC) au conseil régional d’Île-de-France.

La Revue du projet, n° 32, décembre 2013
 

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