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Le rejet par les Alsaciens d’un projet antidémocratique, Aline Parmentier

Le 7 avril dernier, le projet de Collectivité territoriale d’Alsace (CTA), qui prévoyait notamment la fusion des deux départements alsaciens et la région, était rejeté par référendum. Le «oui» des Bas-Rhinois n’atteignait pas les 25 % d’inscrits nécessaires et le «non» à 55 % des Haut-Rhinois, sonnait comme un coup de tonnerre pour la droite et le MEDEF local, pour qui « l’Alsace avait rendez-vous avec son destin ».
Par ce résultat, les partisans du «oui», largement sous l’emprise du modèle de l’Europe rhénane, ont démontré à leurs dépens qu’ils ne connaissaient plus la culture politique de l’Alsace. Et la différence de vote entre les deux départements révèle la fin d’une vision régionaliste. Ce projet, initié par le MEDEF et porté par une coalition large regroupant près de 90 % des élus d’Alsace (UMP, EELV, une partie du PS, l’extrême-droite locale et jusqu’à la veille du scrutin le FN), s’inscrivait dans le contexte libéral de l’Europe des régions avec, au cœur du dispositif, l’idée martelée d’un « millefeuille » administratif qu’il conviendrait de réduire, afin de réaliser des économies et de l’efficacité et une vision territoriale fondée sur la compétitivité et la soumission au capital. L’abstention majoritaire lors de ce vote traduit plus que de la méfiance ou du désintérêt à l’égard d’un projet conçu par des élus pour des élus. Elle marque surtout le refus d’adhérer à un projet duquel les citoyennes et les citoyens étaient exclus, sans débat public digne de ce nom.L’Alsace fut le 7 avril, le reflet d’une « gouvernance » qui joue maintenant contre la démocratie : cet échec paraissait en effet imprévisible pour les sondeurs et ses partisans, tant ce projet bénéficiait de tous les supports, institutionnels et médiatiques, transformant la campagne électorale en scandale antidémocratique. Si cet échec est cuisant pour les conservateurs libéraux, c’est la victoire de toutes celles et tous ceux qui ont porté un «non» de progrès pour la République des droits sociaux et des services publics.

Le rôle déterminant du monde
du travail

Après un début de campagne qui tentait d’étouffer les voix qui montaient contre un projet néfaste pour les salariés et la population, c’est l’engagement multiforme, des réseaux sociaux jusqu’au meeting réussi du Front de gauche le 3 avril à Mulhouse, qui, en éclairant les citoyens, a construit la victoire.
Aussi, dans le contexte de la crise économique et sociale et sous la pression de l’austérité, le rôle du monde du travail, dans toutes ses composantes, a été déterminant dans la construction et la victoire d’un «non» de progrès dans le Haut-Rhin et l’échec du sénateur du Bas-Rhin, Philippe Richet. Mais la grande originalité de ce scrutin, a aussi été l’engagement majoritaire des organisations syndicales en faveur du «non». Certaines d'entre elles, se sont ainsi retrouvées au cœur de la campagne, avec le Front de gauche. Les salariés avaient bien compris que l’enjeu était de taille. Pour le patronat local, la CTA représentait la possibilité de déroger au droit du travail : de payer moins, de précariser et de flexibiliser plus...

La force du rassemblement
Le scrutin était local, mais son enjeu national devint de plus en plus évident. Et il s’avère une nouvelle fois exact que la force du monde du travail, c’est son rassemblement, sa capacité à unir dans la diversité et lorsque la convergence syndicale et politique réussit, elle peut mener à la victoire. Aujourd’hui, quelques mois après l’échec du référendum alsacien, une nouvelle disposition pourrait remettre en cause l’expression souveraine des Alsaciens. En effet, ce qu’ils ont rejeté par la porte serait susceptible de revenir par la fenêtre (comme en 2005 et le vote contre le TCE). L’amendement Gaymard voté en juillet 2013, avec l’appui de la grande majorité des députés alsaciens, dans le cadre de la loi sur les métropoles vise en effet à supprimer le principe du référendum pour les fusions entre collectivités locales.
Républicains et démocrates, soyons vigilants et restons mobilisés !

Par Aline Parmentier, secrétaire de
la fédération PCF du Bas-Rhin.

La Revue du projet, n° 32, décembre 2013
 

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