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« Les rapports Nord-Sud dans la mondialisation »

Recherches internationales, n°95, 2013
Par Alexis Coskun
La mondialisation capitaliste constitue une des réalités les plus intéressantes de notre monde contemporain. Ses effets façonnent entre autres notre champ politique et économique. Le dossier central de ce numéro s’intéresse à l’émergence de nouvelles puissances et de nouveaux acteurs et à ses conséquences. Pour qui s’intéresse à la Chine, à l’Inde, à l’Amérique latine, aux transformations de l’impérialisme et de ses confrontations, la lecture de ce numéro est une nécessité.
Plusieurs angles d’étude président à l’analyse des pays en développement et de leurs rapports aux nations industrialisées depuis longtemps regroupées sous la dénomination classiquement acceptée de « pays du Nord ».
On remarquera tout d’abord la contribution de Mehdi Abbas qui détaille de manière documentée, historique et critique les évolutions en cours au sein de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) notamment lors du dernier cycle de négociation, dit de Doha, lancé en 2001 et axé sur le développement. Dès ce premier texte, se dessine un fil conducteur du cahier central : le développement sur le plan mondial des pays dits du Sud est extrêmement hétérogène. Une forte différenciation des économies les plus fortes s’opère tandis que les plus pauvres ne progressent pas ; ce qui laisse place à de nouvelles dominations.
La contribution de Dimitri Uzundis analyse le rôle du libéralisme économique dans le développement, ou plutôt montre les freins posés par cette doctrine au développement des pays exploités. Ainsi, notamment au regard de la volatilité des prix des matières premières, il est montré comment le libre-échange est défavorable aux pays pauvres. Cette vision rejoint celle que les marxistes ont développée de longue date. Jean Jaurès n’avait-il pas parlé à propos du libre-échange de « liberté du renard dans le poulailler » ?
Rémy Herrera livre un texte relatif aux rapports horizontaux entre pays du Sud, mais également à ceux verticaux unissant Nord et Sud. L’auteur touche ici à une des questions se posant avec le plus d’acuité dans notre monde contemporain : celui du rôle de la Chine en Afrique. S’il montre la place grandissante de l’empire du Milieu dans ce continent, il en analyse également les conséquences inverses, à savoir les flux partant de l’Afrique vers l’Asie en ressources naturelles certes, mais aussi en biens manufacturés.
Pierguiseppe Fortunato et Vincent Piolet consacrent chacun un article à la notion de BRICS (Brésil, Russie, Inde, Afrique du Sud) devenue si familière. Ils en rappellent les origines et en jugent l’importance et la situation sur la scène internationale. La croissance de ces pays, si indéniable qu’elle soit, peut ainsi être nuancée sur bien des points, leur complémentarité et leur homogénéité face aux vieilles puissances industrialisées étant mises à mal par leurs intérêts propres et particuliers. Une connaissance précise de leur nature et de leur complexité : voici des acquis de ces deux contributions.
L’article de Frédéric Thomas donne au lecteur un éclairage intéressant sur un sujet trop peu abordé ; celui de la présence de la Chine en Amérique latine. On y comprend les raisons de l’intérêt de la Chine, principalement les ressources naturelles, et les fluctuations des réactions des gouvernements oscillant entre fenêtre d’opportunité et crainte de relation à sens unique.
Enfin, la contribution de Jean-Robert Henry apporte une vision lumineuse sur la Méditerranée et les différentes acceptions, historiques et actuelles, de la notion même de mondialisation et de sa construction.
En marge du dossier, quatre contributions sont à plus d’un titre passionnantes. Mathieu Grand et Thomas Posado traitent l’actualité en s’intéressant à l’après-mort d’Hugo Chavez. Ils montrent que la victoire de Nicolas Maduro a déjà été rendue difficile par la perte de cette figure et décryptent les insuffisances qui existent déjà après plusieurs années de révolution bolivarienne. Pierre Guerlain démontre au travers de son article que l’élection d’Obama à la présidence américaine n’a que peu changé la politique extérieure du pays et souligne les continuités politiques et administratives indéniables avec l’ère Bush. Patrice Jorland, quant à lui, consacre sa contribution à la résurgence du traditionalisme et du nationalisme dans le Japon contemporain. Enfin, le lecteur appréciera le texte rétrospectif d’Alain Ruscio qui nous replonge dans les âpres négociations de paix pour le Vietnam face à l’impérialisme états-unien, négociations consécutives à la longue et héroïque résistance du peuple vietnamien.
 

La Revue du projet, n°30-31, octobre-novembre 2013

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