La revue du projet

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Les Français sont de plus en plus seuls, notamment les plus précaires

C’est une enquête de la Fondation de France publiée en juin dernier qui l’affirme : 12 % des Français de plus de 18 ans sont dans une situation d’isolement. Cette notion se mesure au regard de l’intensité des relations sociales au sein de cinq réseaux potentiels : familial, professionnel, amical, affinitaire et territorial (de voisinage). Les personnes n’ayant aucune relation forte au sein de ces réseaux sont considérées comme étant dans une situation d’isolement relationnel.  Depuis 2010, la tendance est à la progression de cet isolement, puisqu’en trois ans, la part de personnes isolées est passée de 9 à 12 % (graphique 1). Ce sont notamment les réseaux amicaux, familiaux et de voisinage qui s’affaiblissent le plus sur cette période. En particulier, le rapport de la Fondation de France souligne que les relations familiales se distendent de façon généralisée, et pas uniquement pour les personnes ayant déjà des relations faibles : ainsi, la part de Français ayant des réseaux familiaux très denses ou assez denses passe entre 2010 et 2013 de 43 % à 37 %.
Le réseau dit affinitaire, qui se mesure par la fréquence de la participation à des associations ou des organisations (syndicales, politiques, religieuses…) est l’un des rares réseaux à être stable sur la période 2010-2013. Ainsi, en 2010 comme en 2013, 45 % des Français déclaraient avoir des activités, même faibles, dans une association ou une organisation, et elles sont fréquentes pour 26 % d’entre eux.  L’isolement relationnel s’accentue particulièrement avec l’âge (graphique 2). Ainsi, les 75 ans et plus sont particulièrement touchés par l’isolement, puisque près d’un quart d’entre eux est dans cette situation. La situation s’est particulièrement aggravée depuis 2010 : cette proportion a crû en effet de 50 %, passant de 16 % en 2010 à 24 % en 2013. Pour les plus jeunes, et notamment les moins de 40 ans, la part de la population en situation d’isolement reste relativement faible (6 %), mais cette faiblesse ne doit pas masquer une progression là aussi inquiétante : pour les 30 à 39 ans, c’est à rien de moins qu’à un doublement de la part de personnes isolées qu’on assiste !  
Autre facteur d’inégalité face à l’isolement : la pauvreté (graphique 3). Plus le revenu est faible, plus la probabilité d’être dans une situation d’isolement est importante. Entre 2010 et 2013, c’est pour les personnes dont le revenu se situe entre 1 000 et 1 499 euros que la progression est la plus forte : 5 points de pourcentage en plus en trois ans. Cela est dû en partie à l’explosion de l’isolement chez les 75 ans et plus, dont le revenu est souvent dans cette tranche.
Les chômeurs sont également plus exposés à l’isolement (15 % d’entre eux) que le reste de la population. Cet effet est particulièrement marqué pour la tranche d’âge 50-59 ans : 19 % des demandeurs d’emploi de cet âge sont en situation d’isolement. Enfin, la répartition territoriale de l’isolement semble relativement homogène. La différence tient plutôt à la progression entre 2010 et 2013 : alors que les habitants de communes rurales semblent relativement protégés de l’augmentation globale de l’isolement (9 % de personnes isolées dans le rural en 2010 et 10 % en 2013), celui-ci explose dans les unités urbaines de plus de 100 000 habitants, passant de 8 % de la population en 2010 à 13 % en 2013.  La mesure de l’isolement correspond à un vécu qui augmente également au sein de la population. Ainsi, 21 % des personnes interrogées pour l’enquête déclarent ressentir la solitude, dont 3 % tous les jours et 5 % souvent. On retrouve les différences de situation liées à l’âge, à la pauvreté ou à la situation face à l’emploi dans ce ressenti. Le plus souvent, le sentiment de solitude est lié à des « ruptures biographiques » : décès d’un proche, déménagement, perte d’emploi ou perte d’autonomie notamment.

Graphique 1 - Part de la population ayant des relations faibles ou inexistantes selon le réseau (en %)

Source : Fondation de France, baromètres Solitude 2010 et 2013
Lecture : en 2010, 33 % des Français avaient des relations faibles ou inexistantes au sein du réseau familial, contre 39 % en 2013.

Graphique 2 - Part de la population en situation
d’isolement selon l’âge (en %)

 

Source : Fondation de France, baromètres Solitude 2010 et 2013
Lecture : en 2010, 4 % des Français de 18 à 29 ans étaient en situation d’isolement, contre 6 % en 2013.

Graphique 3 - Part de la population en situation
d’isolement selon le revenu (en %)


Source : Fondation de France, baromètres Solitude 2010 et 201
Lecture : en 2010, 18 % des Français ayant moins de 1 000 €  de revenu étaient en situation d’isolement, contre 17 % en 2013.
 

 

La Revue du projet, n°30-31, octobre-novembre 2013

par Michaël Orand

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