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Arles 2013 : retour en grâce du noir et blanc 1/2

L’édition 2013 des rencontres photographiques d'Arles a été un cru de premier choix. Cette année, le noir et blanc était à l'honneur. Voilà qui détonne quand on sait que depuis les années 1990, cette technique a progressivement perdu du terrain. Laissant place à une exploitation continue des possibilités offertes par la couleur, effervescence liée à l'essor du numérique et la démocratisation de le pratique photographique.

La lente disparition du noir et blanc a précipité de nouvelles méthodes tels que l'apparition des tirages monumentaux, le recours aux installations pour mettre en scène des images, l'usage de procédés de diffusion numérique dont l'offre est aujourd'hui pléthorique, la rencontre de la photographie avec la vidéo...

Le déclin du noir et blanc évoque aussi l'abandon progressif d'une approche plus mesurée, patiente (car procédurale : temps de développement des films, réglages « scientifiques » imposés par l'argentique) et confidentielle dans l'acte photographique. En outre « l’effacement du noir et blanc a entraîné avec lui l’abandon de l’album de famille et de la photo peinte » explique François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles.

Mais n'allons pas croire que cette édition était le prétexte à une restitution nostalgique et plaintive d'un temps révolu. D'un âge d'or qu'il conviendrait de magnifier pour mieux déplorer le présent.

Au contraire, les initiateurs de cette édition ont réussi le pari qui consistait à faire coexister une démarche mémorielle, redécouverte des maîtres (contemporains) les plus complexes dans leur usage du procédé noir et blanc, avec la présentation de travaux inédits, invitation à la découverte donc.

Ce parti pris formel radical offre aussi la possibilité pour les plus jeunes générations, a priori étrangères à l'histoire de cette frange esthétique qui a dominé le siècle passé, d'éprouver la mesure et les subtilités de son influence. Multipliant les manières de faire exister les niveaux de gris.

Jean Louis Courtinat, figure de la photographie sociale dans l'hexagone, a eu le droit à une rétrospective à son image, discrète et poignante. Le photographe ne conçoit pas d'approcher ses sujets autrement que par la construction d'un lien privilégié avec eux. La confiance réciproque est un préalable, éthique et professionnel. « Il m'est impossible de faire des photographies si je ne me sens pas totalement accepté » confie Courtinat. Cette attitude lui permet d'atteindre une grande proximité avec les situations, douloureuses quand elles ne sont pas dramatiques, que son fidèle 28 mm retient. Chacun des clichés présentés, une dizaine, est accompagné d'une légende. Au traditionnel commentaire se substitue à chaque fois une expression libre, souvent déchirante et lapidaire, des protagonistes de l'image. Si ces blessures ont plusieurs origines, elles ont un horizon commun : les Petits Frères des Pauvres et ses pourfendeurs de l'infortune.

Outre ces visages de l'exclusion ordinaire, un diaporama rend compte de l'immersion du photographe dans différentes régions de la souffrance. Là encore ses reportages mettent en avant des professionnels dévoués : auprès d'enfants malades de l'institut Curie ou abandonnés dans des orphelinats de Roumanie, de sans-abris accueillis à Nanterre ou de personnes en fin de vie... Sous nos yeux se déroule un aperçu d'une photographie sociale qui, parce qu'elle s'acharne à faire état de l'indifférence et de la misère, chroniques qui se déploient dans ce monde, en devient, dans le sens le plus respectable du terme, militante.

 

« Malade d'Alzeihmer dans sa chambre », Villejuif,  1994 - © Jean-Louis Courtinat.

 

Nicolas Dutent

 

Extraits du texte publié sur Mediapart

http://blogs.mediapart.fr/blog/nicolas-dutent/300713/arles-2013-retour-en-grace-du-noir-et-blanc

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