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La révolution des casseroles Chronique d’une nouvelle constitution pour l’Islande, Jérôme Skalski

La Contre Allée, 2012

Par Patrick Coulon
L’auteur, journaliste, reporter à l’Humanité rend compte de la « Révolution des casseroles » en Islande. Suite au déclenchement de la crise financière internationale à l'automne 2008, l'Islande a choisi de tourner le dos à la « doctrine d’austérité » qui forme actuellement le lieu commun dominant des politiques de gestion de l'après crise. Passée du statut de laboratoire de la finance triomphante (on parla du Tigre nordique  !) à celui du symbole de sa déroute, l'île fut tout d'abord l'objet d’un mouvement de protestations aux conséquences inattendues. La presse internationale s'enflamma. On parla bientôt d'une « Révolution des casseroles » pour décrire les événements qui s’y déroulèrent et qui aboutirent, en quelques semaines, à la démission de son gouvernement et à l'anticipation d'élections législatives qui virent arriver au pouvoir une gauche, armée d'ambitions réformatrices radicales sous la pression de la société civile islandaise. Le cœur de cette chronique, de cette enquête journalistique est un aperçu synoptique du processus d’élaboration collectif de la Proposition pour une nouvelle constitution pour la République d’Islande. Certes l’obstruction politique des partis de l’oligarchie islandaise a repoussé sa ratification par un référendum. Mais comme le fait malicieusement remarquer l’auteur  : « Le peuple islandais est féru du jeu d’échec. Les grandes parties durent longtemps. » Produite par la société civile islandaise, la proposition de nouvelle constitution s’affirme dans son mode d’élaboration, sa forme et son contenu comme une constitution d’un genre inédit. Le lecteur pourra suivre pas à pas le jaillissement de l’idée à partir de la bien nommée Fourmilière (groupe d’organisations issues de la société civile) les premiers travaux, la reprise de l’idée par le gouvernement s’associant à la démarche. Une loi est votée, elle définit les conditions et les modalités d’élection d’une assemblée de 25 à 31 membres issus de la société civile qui doit se réunir dans le but de réviser la constitution de la République. On y verra aussi, à travers la description du processus, la bataille acharnée de l’oligarchie pour mettre en échec cette mobilisation. L’enjeu est décisif surtout quand on voit les conclusions, les sujétions surgissant de ce bouillonnement participatif et citoyen : l’affirmation de la propriété collective des ressources naturelles de la nation, l’introduction de l’initiative populaire dans l’élaboration de ses lois ainsi que la constitutionnalisation de droits politiques, sociaux et environnementaux étendus. L’oligarchie a, pour l’instant, réussi à mettre en échec l’adoption de cette constitution. Il n’en reste pas moins qu’elle éclaire la capacité citoyenne à intervenir dans la gestion des affaires de la cité.

La Revue du projet, n° 29, septembre 2013

 

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