La revue du projet

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Une ville progressiste sur la Côte Fleurie ! Pierre Mouraret

À Dives-sur-mer, petite ville de 6 000 habitants, sur la Côte Fleurie, dans le Calvados, l'identité communiste de la ville s'est forgée au fil du temps. Cette Cité millénaire, liée à l'histoire  de Guillaume le  Conquérant  a connu depuis 1953 trois maires communistes : André Lenormand, Francis Giffard et moi-même, élu  en 2008. L'identité communiste de la ville s'est forgée au fil du temps, en même temps que s'est implantée en 1889 et que s’est développée une usine spécialisée dans le traitement du cuivre. Cette entreprise qui a compté jusqu'à 2000 salariés a scellé le destin de Dives.

Plusieurs dates ont marqué profondément la conscience divaise. 1936 : c'est de Dives qu’est parti le mouvement de grève, faisant dire à un historien local que « les moutons de la campagne se sont transformés en lions des conquêtes sociales. » 1939-1945 : Dives a été un des bastions de la résistance communiste sous l'occupation. Elle en a payé le prix fort en arrestations, déportations, exécutions. 1968 : l'usine de Dives est longtemps occupée, les salariés voient bon nombre de leurs revendications aboutir. Mais la date fondatrice de cette histoire, c'est 1953, date à laquelle  André Lenormand, résistant, déporté, seul député communiste que la Basse Normandie ait jamais connu, emporte les élections municipales à la tête d'une équipe d'ouvriers de l'usine, et bat l'ancienne équipe majoritairement composée de cadres de l'usine et de notables. La rupture est nette. Après les privations de la guerre, les conditions de vie et de travail très difficiles, l'équipe municipale va n'avoir pour seul objectif que de répondre du mieux possible aux besoins essentiels de la population (solidarité, école, santé, culture...). Au fil du temps, s'est développé une véritable osmose entre l'usine, son mouvement ouvrier très puissant  et la ville. On passe petit à petit du paternalisme patronal à la « maison du peuple ». Dans les années 1970-1980, a contrario des villes balnéaires voisines (Cabourg, Houlgate, Deauville), Dives construit du logement social (plus de 40% aujourd'hui) et ne brade pas son foncier aux Ribourel, Mamet et autres promoteurs immobiliers.

1986 : la fermeture de l'entreprise provoque un terrible traumatisme. Cependant, la formidable lutte menée par les salariés et la ville de Dives contre la fermeture a permis que le gouvernement de gauche de l'époque accorde les moyens d'une réelle reconversion. Une importante zone industrielle est implantée au sud de la ville. Un port de plaisance est creusé là où se trouvait l'usine de cuivre. La ville a continué d'être, pour beaucoup de Divais, le recours. Elle porte toujours les valeurs de solidarité, de justice. La proximité des élus avec la population ouvrière reste forte. L'action pour le logement social,  l'école, la santé, la maîtrise du foncier, la jeunesse, la culture,  perdure. La ville a construit une médiathèque, un centre municipal de soins,  des équipements sportifs... Mais dans le même temps, tout change. La population change. La ville se tourne davantage vers le tourisme. L'évolution de la politique nationale vis-à-vis des collectivités et de l'intercommunalité menace les capacités financières et l'autonomie de la commune.

Pour nous, cet avenir passe par une lutte résolue contre le départ des jeunes et pour cela, il nous faut maintenir et développer l'emploi et la vocation industrielle de la ville. Poursuivre une politique volontariste de logement social, de mixité et de réserves foncières pour favoriser l'accession des jeunes couples salariés, la prise en charge des loisirs et des vacances des jeunes par notre service jeunesse, la promotion du tourisme social. Défendre bec et ongle les services publics… et poursuivre une action résolue au service de l'école publique, de la jeunesse, de la santé, de la solidarité.
Mais au delà de ces actions indispensables pour résister et éviter de transformer la ville en lieu de résidences secondaires, la commune peut devenir un formidable atelier d'une nouvelle citoyenneté active. Notre volonté de garder une proximité forte avec la population ouvrière, l'action originale que nous menons pour la création artistique, la vie culturelle et associative en direction des enfants, des familles, la dynamique de soutien, d’attention, de valorisation des initiatives locales, l'attention que nous portons à la mixité sociale, au bien vivre ensemble, et surtout à  faire vivre la démocratie dans la cité est ce qui fait, dans le contexte local, notre identité et notre marque de fabrique. Faire œuvre d'éducation populaire, c'est dans ce sens que l'on peut, modestement, dans une petite ville côtière de Basse-Normandie, contribuer à la construction d'une nouvelle société en rupture avec le modèle libéral.

Pierre Mouraret est maire (PCF) de Dives-sur-mer (Calvados), vice-président du conseil régional de Basse-Normandie.

La Revue du projet, n°29, septembre 2013

 

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