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Le centre de santé, réponse à la désertification médicale, Michel Limousin

Les questions de santé refont surface. Durant la seconde moitié du XXe siècle elles se posaient avec moins d’acuité qu’aujourd’hui parce qu’un système de protection sociale solide avait été mis en place à la Libération. Ce système a été victime de coups de boutoir réguliers et aujourd’hui l’accès aux soins est remis en cause. Ainsi 50 % des dépenses ambulatoires restent à la charge des familles. La crise économique, la baisse du pouvoir d’achat, le chômage et les réductions de moyens de l’Assurance maladie ont créé des inégalités sociales et territoriales de santé criantes.

La santé, une question émergente
La santé est devenue selon des sondages récents la seconde préoccupation des Français derrière le chômage et devant le logement. On peut dire que la santé est à nouveau une question émergente et elle fera irruption dans la campagne des municipales sans aucun doute. D’ailleurs, lors d’un stage destiné aux élus locaux et aux candidats aux municipales, intitulé « Comment conduire une politique territoriale de santé ? » que nous avons organisé en avril, 90 % des stagiaires ont indiqué que leur principale motivation pour venir à ce stage était la question de la désertification médicale.
En effet à la crise sociale d’accès aux soins (honoraires libres de plus en plus importants, secteur privé à l’hôpital public, déremboursement des médicaments, mutuelles de plus en plus chères et restrictives, fermetures incessantes de services hospitaliers etc.) s’ajoute une crise démographique. Après de longues années de réduction du nombre de médecins en formation par un numerus clausus malthusien nous sommes arrivés au moment que nous avions annoncé : le nombre de médecins chute de façon catastrophique et la pénurie est là. Mme Touraine dit : « Il va falloir comprendre qu’il n’y aura plus de médecins dans chaque commune ». Or la première chose que font les citoyens en cas de difficultés, c’est de s’adresser à leurs élus locaux. Le maire hérite ainsi d’un problème nouveau et explosif.

Promotion de la santé publique
On pourrait aborder la politique de santé locale autrement : à savoir en organisant la promotion de la santé publique. En étudiant les besoins des habitants, en demandant des enquêtes, en recensant les problèmes sanitaires qui pourraient être réglés par des mesures de prévention, des mesures environnementales, en réduisant les facteurs de risque. Prévention, promotion de la santé publique, éducation thérapeutique, dépistage sont les maîtres-mots de cette politique. On sait bien que les déterminants de la santé sont globaux et loin d’être l’apanage du système de soins.

Mais la question revient par la porte traditionnelle de l’accès aux soins. La lutte pour le maintien des hôpitaux publics, des centres de Sécurité sociale, de PMI ou de médecine scolaire et la médecine du travail. Et aussi attirer des médecins et d’autres professionnels de santé sur la commune. Les centres de santé répondent à cette attente. Ils permettent de faire venir des professionnels dans un cadre salarié, travaillant en équipe, avec des tarifs complètement remboursés ; la dispense de frais est assurée par le tiers payant. Le modèle des « maisons de santé » proposé par les pouvoirs publics n’offre pas ces garanties et finalement se contente de donner de l’argent public à des structures privées gérées selon les intérêts des propriétaires. Les citoyens n’ont alors aucun droit de regard.

Au total, deux pistes s’ouvrent aux élus locaux : celle d’une politique de promotion de la santé et celle de l’accès aux soins par le développement de centres de santé. Ces deux démarches complémentaires s’imposeront dans les mois qui viennent. Il serait bon de s’y préparer. n

Michel Limousin est médecin au centre de santé de Malakoff. Il est membre de la commission Protection sociale du Conseil national du PCF.

La Revue du projet, n°29, septembre 2013

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