La revue du projet

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De la défense de l'emploi au soutien de l'innovation, Alain Bocquet

En situant l'emploi, l'insertion des jeunes et la lutte contre le chômage aux premiers rangs des préoccupations municipales, l'enquête réalisée auprès des maires de 164 villes de plus de 30 000 habitants et très récemment rendue publique par l'Observatoire national de l'action sociale décentralisée (ODAS), confirme le poids de la crise sur le quotidien des collectivités territoriales et de leurs habitants. La récession qu'installent les politiques d'austérité, européenne et nationale, avec lesquelles il faut rompre, nourrit la hausse du chômage, les faillites d'entreprises, le creusement des inégalités entre les territoires et entre nos concitoyens, fragilise le service public et les collectivités, pèse intolérablement sur leurs moyens d'action. La suppression de la taxe professionnelle imposée par la droite en 2010 et maintenue depuis, les ponctions opérées sur les dotations de l'État aux communes (4,5 milliards d'euros jusqu'en 2015), par l'actuel gouvernement, pour m'en tenir à ces seules mesures, additionnent leurs effets.

Au total et partout sur le terrain, les chiffres sont constamment accablants. Ainsi, le taux de chômage de la région Nord-Pas-de-Calais est passé en un an de 12,8 % à 14 % ; celui de l'arrondissement valenciennois où dominent les activités de production industrielle automobile et ferroviaire, a bondi à 16,8 %. On recense dans le Nord-Pas-de-Calais plus de 75 000 jeunes demandeurs d'emploi de moins de 25 ans !

Situer les réalités, c'est situer les enjeux. Le premier étant de refuser la prétendue « fatalité » d’orientations dictées pour l’essentiel, par le MEDEF et les marchés. À l'échelle de la communauté d'agglomération de La Porte du Hainaut (39 communes et 150 000 habitants) que je préside, nous avons mené en 2011 et 2012 la bataille de Sevelnord (2 400 salariés), filiale de PSA productrice de véhicules utilitaires, un temps menacée de disparition. Avec les salariés et leurs syndicats, avec les élus du bassin valenciennois dans leur diversité et avec la population, nous avons été à l’initiative pour construire autour d'un comité de vigilance et d'action, un rassemblement porteur d'une double exigence : maintien du site et des emplois. Aujourd'hui, PSA investit sur place en faveur de la production de son futur nouvel utilitaire. Nous restons très attentifs à l'aboutissement de ce dossier.

Les stratégies d’entreprises ne peuvent être l’exclusivité de leurs actionnaires et dirigeants. Nous savons d’expérience avec la sidérurgie que, quand celles-ci sont erronées, elles influencent lourdement salariés, populations et territoires. Nous ne pouvons accepter, nous les élus, d’être relégués au rang de financeurs des conséquences de la casse, Samu social ou environnemental. Il est temps qu’élus locaux et représentants des salariés aient voix au chapitre dans la construction des projets économiques.

Nous soutenons sans réserve la tradition industrielle de notre bassin que contribuerait à favoriser, c’est important de le souligner, la réalisation du canal Seine-Nord pour lequel sont attendus les financements décisifs de l’État et de l’Europe. L'industrie, c'est la vie. Produire, innover, développer et transférer la recherche, associer les moyens du secteur public à l'initiative privée… Nous sommes en permanence dans ces choix quand nous créons des hôtels d’entreprises comme à Escaudain et Denain ou un premier village régional d’artisans à Saint-Amand-les-Eaux ; de même quand nous accompagnons l'implantation à Saint-Amand du leader pharmaceutique mondial GSK, pour un investissement de 600 millions d'euros et la création de plus de 600 emplois ; ou lorsque nous instaurons une aide financière à l'installation de très petites entreprises (TPE) : 140 dossiers réalisés et 420 emplois en quatre ans ; ou le soutien de l'innovation, au travers du projet de déconstruction ferroviaire porté par un groupement d'entreprises, Nord Ferro, au nombre desquelles Alstom et Hiolle Industries. Mais l’État a une responsabilité à prendre d’urgence auprès de la SNCF qui organise la délocalisation de cette activité en Europe de l’Est alors que nous disposons ici, des hommes et des technologies indispensables.

La région Nord-Pas-de-Calais affiche l'ambition de figurer dans les cinq ans, dans les dix régions d'Europe où se développent l'industrie de l'image et la création numérique. Nous sommes partie prenante de cet objectif en portant, avec l'université de Valenciennes à notre côté, le projet de reconversion du site minier d'Arenberg, classé UNESCO depuis 2012, en lieu de recherche et de formation à l'image, tout en élargissant l'activité de tournage cinématographique pérennisée sur place depuis bientôt 20 ans, et en veillant à la valorisation touristique de ce patrimoine minier d’exception.

Au sein de l'Agence de développement économique, structure de mise en réseau des entreprises que nous avons créée avec une centaine d'entre elles, est née l'idée d'organiser un Salon professionnel des savoir-faire affirmant le Made in Hainaut. La première édition vient de se tenir, rassemblant en deux jours, les 30 et 31 mai, 120 exposants essentiellement industriels, et plus de 2 000 visiteurs, cadres et chefs d’entreprise. Face à la conjoncture difficile, c'était une façon d’élargir notre champ d’action en dépassant des formes plus courantes de soutien institutionnel à l'économie auxquelles nous consacrons 12 millions d'euros par an. C’était aussi le moyen de rompre avec les tendances au repli sur soi qu'alimente la crise du système. Les valeurs qui nous mobilisent comme élus de terrain sont connues. L'expérience montre que loin de faire obstacle à la convergence des énergies et des compétences, elles permettent au contraire cette addition de moyens humains et financiers indispensables au développement du territoire et au bien-être de ses habitants. n

Alain Bocquet est député du Nord et président (PCF) de la communauté d'agglomération de La Porte du Hainaut.
 

La Revue du projet, n°29, septembre 2013

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