La revue du projet

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Le logement pour résister à la crise, Marie-France Beaufils*

Saint-Pierre-des-Corps, ville cheminote de 15 000 habitants, située dans la banlieue de Tours, en Indre-et-Loire, dans son combat pour une vie plus digne a misé en particulier sur une politique de logement, maintenant les populations en centre ville et mettant en œuvre la transition énergétique.

E n 1920, Robespierre Hénault, le maire avec ses 22 conseillers, décide de suivre la majorité du congrès de Tours créant le Parti communiste français. Il décide de présenter deux femmes, élues aux municipales de 1925, élection annulée par le préfet. En 1941, il est arrêté par la police de Vichy avec des Tsiganes et d'autres communistes et fut enfermé au camp de la Morellerie en Indre-et-Loire. Jean Bonnin,  élu en 1947, œuvra pour que les habitants soient relogés en urgence, après le bombardement des deux tiers de la ville, élabora le premier plan d'urbanisme et créa le centre médico-social Pierre-Rouquès. Jacques Vigier, militant pour la paix fit plusieurs mois de prison pour avoir organisé la lutte contre la guerre d'Algérie. Élu maire en 1971, il continua l'action pour le logement social avec la construction du quartier de La Rabaterie et développa encore plus les zones d'activités économiques. Les orientations de ces maires communistes ont toujours porté cette même empreinte. Celle de protéger les populations des politiques successives de régression sociale menées par les différents gouvernements.

Depuis 1983, en tant que maire de cette ville, avec les élus de la majorité de gauche, nous avons été tenus de répondre à une situation qui, après les années soixante-dix, s'est dégradée socialement de façon importante. Nous avons misé sur le développement économique qui peut s'appuyer sur des infrastructures industrielles et commerciales importantes : maintenance et fabrication de matériel ferroviaire, gare TGV, sites pétroliers et gaziers, grandes surfaces et multiples PME. La moitié de la superficie de la ville est consacrée à l'activité économique et offre plus de 11 000 emplois. De nouvelles entreprises ont été créées autour de l'activité ferroviaire. Des grandes sociétés de services, d'assurances, d'informatique y ont installé leur activité. Le logement reste une préoccupation majeure, pour permettre aux salariés de vivre à proximité de leurs lieux de travail.

Une action exemplaire
sur le logement

Nous avons œuvré pour que Val-de-Loire habitat lance un grand chantier de rénovation de 14 M€ sur cinq tours et 433 appartements du quartier de l’Aubrière, pour atteindre le label bâtiment basse consommation (BBC) et optimiser l'attrait de ces logements. Les travaux commenceront en octobre 2013. La division par trois des charges de chauffage compensera la légère augmentation du loyer. Pour cela nous avons aidé à l'obtention des subventions de l'Agence nationale pour le renouvellement urbain (ANRU), du Fonds européens de développement régionale (FEDER), de l'agglomération Tour(s)plus, du conseil régional Centre, de la Caisse des dépôts et consignations ce qui laissera un solde pour l'organisme HLM de 1 127 000 euros sur un coût total de 14 millions.
Ce projet a obtenu le premier prix national d'EDF dans le cadre du concours d'architecture « Bas Carbone » en 2010. Les tours qui datent des années soixante-dix, époque où les questions d'économie d'énergie n'étaient pas à l'ordre du jour, seront isolées thermiquement par l'extérieur, avec de nouvelles menuiseries au vitrage adapté et une ventilation mécanique moderne. Des extensions extérieures sont également prévues par des loggias d'une douzaine de mètres carrés aux baies vitrées coulissantes qui apporteront un confort supplémentaire, et offriront ainsi un véritable jardin d'hiver. L'action portera également sur l'environnement proche. À la place des vastes parcs de stationnement qui seront légèrement déplacés, mais maintenus en nombre, des espaces de circulation pour les piétons et une aire de jeux pour les enfants seront aménagés. Au lieu de repousser les populations les plus modestes à 30 ou 40 kilomètres de l'agglomération, nous avons opté pour qu'elles puissent vivre au cœur de la ville avec l'ensemble des services publics accessibles. C'est une façon de réduire aussi le coût des déplacements pour tous les membres de la famille.

La transition énergétique :
une réalité

Avec la majorité municipale nous avons préféré la mise en œuvre concrète de la transition énergétique plutôt que de grands discours ou de grandes opérations médiatiques qui la plupart du temps sont inefficaces. C'est ainsi que nous avons équipé une école maternelle d'une chaudière biomasse, que nous avons utilisé la géothermie pour le chauffage et la réfrigération de salles de réunion (La Médaille), que nous utilisons les « eaux grises » à Pôle Emploi, que nous installons un puits canadien à la halte-garderie et que notre chaufferie centrale fonctionne avec la cogénération pour le chauffage des grands ensembles.
Cette volonté municipale se heurte bien souvent aux freins financiers. La réduction des moyens aux collectivités locales, 4,5 milliards à l'horizon 2015, ne peut qu'entamer les projets d'investissement des communes. La baisse de la dépense publique ne peut que ralentir cette nécessaire transition énergétique. L'énergie ne peut être une marchandise comme les autres et doit être à 100 % publique. L'intérêt général doit conduire nos politiques et le droit à l'énergie doit être exclu de toutes ces logiques financières non remises en cause aujourd'hui. n

*Marie-France Beaufils est sénatrice-maire (PCF) de Saint Pierre-des-Corps (Indre-et-Loir).

La Revue du projet, n°29, septembre 2013
 

 

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