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La solidarité internationale, une valeur fondamentale, Bernard Genin

« Liberté, égalité, fraternité… solidarité » :
les quatre valeurs républicaines de Vaulx-en-Velin

Si du discours de Jean Jaurès dans l’Armée Nouvelle de novembre 1910, la postérité a surtout retenu que « … beaucoup d’internationalisme ramène à la patrie », le paragraphe précédent, rappelant l’impérieuse nécessité « d’arracher les patries aux castes de militarisme et aux bandes de la finance par le développement indéfini de la démocratie et de la paix », illustre remarquablement qu'à Vaulx-en-Velin, la solidarité internationale est l’un des engagements les plus forts pour « réconcilier les peuples par l’universelle justice sociale ».

Vaulx-en-Velin, c’est toute l’histoire du monde recueillie dans une petite ville. Et si notre commune assume avec tant de conviction sa politique sur les solidarités, elle le doit principalement à ses habitants venus d’ici et de là-bas, transportant avec eux d’autres regards, d’autres paroles, d’autres pensées. Vaulx-en-Velin a pleine conscience que son propre sort est lié à celui de l’humanité et que l’on ne peut construire son bonheur sur la souffrance de l’humanité. Ainsi, notre équipe municipale a une responsabilité majeure : transmettre cette histoire née avec le « Bloc ouvrier et paysan » en 1929 – qui a d'ailleurs ajouté au triptyque républicain la valeur de « solidarité » sur le fronton de l’Hôtel de ville – puis poursuivie, par exemple, avec les grandes grèves ouvrières de 1935 ou les activités de résistance des FTP MOI.

Je tenais à rappeler ces faits car le logiciel néolibéral qu’on nous impose depuis 40 ans pousse de plus en plus de gens à tourner le dos à l’intérêt commun. Et face à ce violent système qui désagrège le vivre-ensemble, il est de notre devoir, à nous, élus vaudais, de transmettre cet héritage et de nous rappeler, à chaque décision politique que nous prenons, qu’une société humaine ne peut exister sans solidarité entre ses membres. La solidarité internationale contribue à nous ouvrir à l’altérité et à fuir cette « culture de l’égoïsme », car il est impossible de développer les solidarités ici sans les développer là-bas.

Pavoiser le fronton de l’Hôtel de ville avec le drapeau de la Palestine, malgré l’interdiction du préfet, participer à la valorisation des cultures indigènes au Nicaragua ou renforcer notre reconnaissance du génocide arménien, sont des éléments majeurs de notre politique municipale qui portent et transmettent, humblement, les valeurs de l’internationalisme et de ceux qui s’élevèrent contre la barbarie. En effet, lorsque nous traversons, avec les travailleurs palestiniens, le Mur de la honte à Bethléem qui emprisonne et humilie des centaines de milliers d’innocents, comment ne pas être fiers d'assumer notre filiation avec Rosa Luxemburg ? C'est elle qui, le 4 août 1914, s'insurgeant contre les « fauteurs de guerre et les appétits impérialistes du profit », alertait déjà chacun d’entre nous : « Je crois qu’il est impossible de se taire devant ça ».

Ne pas se taire devant les injustices, en témoignant des crimes de ce monde, et développer des actions, entre « citoyens de ce monde », voilà sans aucun doute la façon la plus concise pour illustrer notre engagement international. Certaines collectivités locales voient le monde comme un immense terrain de jeu pour assouvir des désirs d'exotisme, voire, pire, de néocolonialisme ; d'autres n’y voient que compétitivité et compétition dans l'unique but d'être plus fortes que les voisines. Ces deux visions sont les deux faces d'une même idéologie que nous devons combattre en tentant de répondre concrètement à l'appel de Jaurès : « La transformation fondamentale qu’il s’agit de réaliser, la Révolution qu’il faut accomplir, c’est que les hommes passent de l’état de concurrence brutale et de conflit à l’état de coopération ».

Permettre à des élèves de notre lycée des métiers de se former – au Nicaragua avec la communauté indienne – en réhabilitant un musée d'art précolombien renforce leurs compétences mais aussi leur prise de conscience d’être des citoyens critiques de notre humanité. Participer à la construction d’un parc de loisirs sur une terre palestinienne confisquée par l’occupant israélien et voir les familles, malgré les menaces des colons et des militaires israéliens, profiter de cet espace de convivialité nous démontrent ce que peut être la force d’une lutte pour la liberté. Cette fraternité, née d’envies communes, a renforcé, en nous tous, le sentiment d’appartenir à la même communauté de destin et notre volonté de nous mobiliser collectivement, voire politiquement, pour défendre ce que nous pensons être juste.

Je laisserai alors le dernier mot à Rosa Luxemburg, à l'aube de la Grande Guerre et de la négation absolue de toute humanité : « Tâche donc de demeurer un être humain, c’est vraiment là l’essentiel ». n

Bernard Genin est maire (PCF) de Vaulx-en-Velin (Rhône), conseiller communautaire du Grand Lyon.
 

La Revue du projet, n°29, septembre 2013

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