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Le communisme municipal ? Michel Vaxès*

Les consciences grandissent dans le débat contradictoire, source de réponses humaines et porteuses d'avenir pour la communauté communale.

V ouloir qualifier le communisme territorialement est de mon point de vue un non-sens. Le figer dans un espace serait le réduire à un état. Or pour moi le communisme est simultanément le mouvement de transformation de l’ordre existant et le sens de cette transformation, l’horizon vers lequel cette évolution doit nous conduire : une conception des rapports humains débarrassée de la domination des uns par les autres, des unes par les uns, l’horizon d’une société dans lequel ces rapports sont de mieux en mieux marqués par le partage, la réduction des inégalités, la solidarité, le respect mutuel, la transparence, la fraternité. Le combat pour gagner les consciences à ces valeurs et faire en sorte qu’elles inspirent chacun de nos actes, chacun de nos projets, doit s’exprimer sur tous les terrains et en tout temps. Celui de la commune en est un parmi bien d’autres, l’entreprise, les lieux de formation, de santé, de culture, la famille… le sont tout autant.

Faire partager des valeurs
Ajoutons que le combat pour faire partager ces valeurs ne saurait s’alimenter à la source exclusive de l’action politique institutionnelle, (même si « la politique » bien comprise – administration de la cité – est la plus englobante) ce combat doit se décliner aussi dans le mouvement associatif, syndical, familial, culturel, y compris cultuel pour celles et ceux qui se réclament d’une foi religieuse. Aucun de ces domaines n’échappe à l’analyse et aux choix politiques. Lorsqu’on ambitionne d’être l’une de ces voix, si petite soit-elle, dans le chant général qui porte l’objectif de la transformation du monde vers plus d’humanité, il faut la faire entendre partout à l’endroit où l’on se trouve. La commune est l’un de ces lieux.
Pour un communiste, accepter d’assumer une responsabilité citoyenne dans quelque domaine que ce soit c’est s’engager à faire vivre dans ses actes, dans les projets qu’il soutient, les décisions qu’il prend, les valeurs auxquelles il a choisi de se référer. Ainsi celles et ceux qui partagent ces valeurs pourront débattre réfléchir ensemble et décider ensemble de leur traduction concrète dans l’aménagement de la ville et l’organisation de la vie dans la ville. Nourris d'une expérience de 42 ans de mandat municipal dont trois mandats de maire entre 1989 et 2005 et de trois mandats de député et d'une pratique d'échanges hebdomadaires avec le secrétaire de la section du PCF de la ville, j’ai vu se multiplier les exemples d’élaboration commune des politiques publiques municipales.

Confrontation des points de vue des habitants
Les communistes élus ou militants de l'organisation ne vont pas aux débats sans réflexion préalable et sans projet, ils y vont avec des propositions mais ils veillent toujours à organiser sur toutes les thématiques la confrontation des points de vue des habitants jusqu'à l'émergence de projets partagés par une majorité. La souveraineté populaire est seule garante de la cohésion sociale, de la force des mobilisations nécessaires à l'obtention des moyens nécessaires à la concrétisation de leurs projets à la vérification en continu de l'adéquation de ce qui est décidé avec ce qui est attendu, de sa conformité aux exigences du vivre ensemble et aux valeurs qu'ils portent au bénéfice de la collectivité tout entière.
Le vivre ensemble exige le partage en conscience de la conviction commune de ce qui est le mieux pour tous et non l'alignement partisan voire caporalisé d'une foule de supporters d'abord soucieux de faire gagner leur camp. Le seul camp qui vaille ne peut pas être un camp partisan, il est bien plus fondamentalement le camp très concret des projets, du contenu d'une politique d'aménagement et de requalification de l'espace urbain, de développement des solidarités entre tous.
De ce débat surgiront des contradictions mais c'est précisément dans ces contradictions que grandissent les consciences et que peuvent triompher les réponses les plus généreuses, les plus humaines les seules porteuses d'avenir pour la communauté communale et au-delà pour l'humanité tout entière.
Ce dialogue ne saurait consister à rechercher un consensus mou fait d'opportunisme et de démagogie débouchant sur un catalogue de promesses préparant un rendez-vous électoral.
Si l'essentiel, nos valeurs d'humanité, ne sont pas le ferment des projets élaborés en commun nous ne pourrons pas exercer sans nous renier les responsabilités pour lesquelles il nous a été demandé de nous engager. C'est évidemment le verdict des urnes qui en décidera mais nous ne pouvons pas être de ceux qui, promettent pour être promus et qui une fois promus, oublient leurs promesses. Nous ne promettons rien sauf de ne ménager aucun effort pour faire aboutir ce qu'ensemble nous aurons convenu.
Cela implique que nous allions à la rencontre de tous les citoyens sans préjugés en étant du mieux que nous le pouvons nous-mêmes c’est-à-dire pétris et porteurs des valeurs qui ont conduit à notre engagement de communistes. 

*Michel Vaxès est maire honoraire (PCF) de Port-de-Bouc et député honoraire des Bouches-du-Rhône.

La Revue du projet, n°29, septembre 2013

 

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