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Les communes : le sel de la démocratie, Catherine Peyge*

À l'expression « communisme municipal » je préfére l'expression « communisme communal ».

A vant mes années d’expériences comme élue, l’expression « communisme municipal » me déplaisait.
Le communisme, un idéal, encore nulle part ailleurs atteint, pouvait-il être accolé au mot municipal ? Les villes, les villages, les communes sont le sel de la démocratie dans ce pays aux 36 000 communes, ce qui fait bondir tous les centralisateurs de France et d’ailleurs.

Un communisme communal
Un communisme communal, oui, se référant à la commune, un mot rempli à la fois de révolution, et de la plus grande proximité fraternelle, est l’expression qui me convient. Le mot municipal, quant à lui fait appel à l’exécutif d’un conseil et se connote de sens administratif renvoyant les citoyens au statut d’administrés. Cette mise au point, réalisée, un peu trop vite, le langage courant a consacré cette formule même chez les communistes. Donc admettons… Le communisme municipal, puisqu’il s’agit de ce qui se passe dans une commune, grande ou petite, a sans doute mangé son « pain blanc ». Les communautés d’agglomération, de toutes sortes et de toutes tailles, les métropolisations, toutes ces structures conjuguent, la plupart du temps, diverses approches politiques, issues des villes qui se sont regroupées un jour, par amour ou par raison. Voire même par obligation.
Le communisme municipal, aux origines, tentait de faire vivre avec enthousiasme, générosité, et même quelques maladresses que « rien n’est trop beau pour la classe ouvrière ». Cette déclaration d’intention ouvrait avec une ample extension l’idée de classe ouvrière : des cantines, des théâtres aux centres de santé, à la recherche d’implantation de site de production, le communisme municipal a rendu des merveilleux services à des générations de personnes, qui à 70 ans, organisent aujourd’hui des voyages pour aller revoir le lieu, où, jeunes colons, ils ont découvert la mer, ou la montagne.

L’élu de toutes et de tous
Nous vivons une autre époque avec la toile de fond frémissante de nostalgie de l’avant : l’avant la crise ? l’avant l’Europe ? l’avant la décentralisation ? l’avant les droites ?
Depuis quelques mandats, le communisme municipal s’estompe en tant que mécanique pensée pour le bien des populations, parfois un peu sans elles. Certains disaient même à l’époque « nos populations ». La plus grande richesse de l’héritage du communisme municipal, c’est le respect des personnes qui participent au collectif de la ville. L’application de chaque élu communiste à être l’élu de toutes et de tous est forte, constituant de fait une ligne politique. Ce refus du clientélisme va à contre-courant des pratiques mises en œuvre plus ou moins clandestinement par les maires dits « médiatiques ». L’engagement dans la vie collective des habitantes ou habitants, votants ou non, est recherché de manière officielle par tous les élus, avec création de comités, de groupes, de concertation. Ces mesures sont même consignées dans les lois, comme celle sur la démocratie de proximité. Mais il y a là encore plusieurs manières de procéder : par un processus démocratique ancré dans la durabilité, ou par des pratiques opportunistes, vécues comme trop manipulatrices pour être honnêtes.
 
Faire confiance à l’intelligence des personnes

Le communisme communal a de très beaux jours devant lui, s’il devient l’outil de transmission de paroles, de transmissions de savoirs, de transmissions de pouvoirs, permettant aux habitantes et habitants de décider de leur avenir. Les élus changent, les problèmes de fond subsistent. L’élaboration des solutions collectives est la seule valable pour assurer une continuité des services publics quels que soient les aléas des échéances électorales.

La question de l’environnement, de la manière dont sont traités les déchets, leurs lieux de traitement, les méthodes employées, l’élan citoyen à déclencher et à amplifier est un peu dans ces années, un aspect de la cristallisation du devenir du communisme communal : faire confiance à l’intelligence des personnes, à leur capacité de se saisir de problématiques complexes si le temps nécessaire leur est donné ainsi que les éléments de réflexion complets constituent la base, l’originalité du communisme municipal si l’on conserve ce label… Comprendre les nouvelles donnes du monde réel, avec des efforts à produire certes, mais avec toute l’ouverture dans l’appropriation citoyenne qui en découle : de l’usine de traitement des déchets, au développement des AMAP, une chaîne de responsabilités partagées se construit.

Le partage démocratique durable est la signature du communisme communal.
C’est aussi, un signe perceptible par tous de la nécessaire humilité d’une personne politique : un maire passe, une usine de traitement des ordures ménagères mal pensée reste. n

*Catherine Peyge est maire (PCF) de Bobigny (Seine-saint-Denis).

 

La Revue du projet, n°29, septembre 2013
 

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