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Poursuivre la ligne rouge de Marsillargues, Caroline Bardot et Guillaume Quashie-Vauclin*

Marsillargues, 13 juin 1937, élection complémentaire : la liste communiste menée par Fernand Brémond arrive en tête et la petite cité viticole devient la première municipalité communiste de l’Hérault. Aussitôt, le paysage change : le profil des élus d’abord, les courtiers cèdent la place aux ouvriers agricoles (dont le maire), vignerons et autres cantonniers. Les employés communaux sont augmentés de 15% et on paie au tarif syndical – chose unique dans le département – les chômeurs employés sur les chantiers communaux. Sur le front de l’enfance, la petite municipalité décide l’octroi d’un tablier neuf pour tous les enfants scolarisés et envoie soixante écoliers en colonies. Pendant les vendanges, la cantine scolaire tourne à plein pour tous les enfants de vendangeurs, quels que soient leur village de résidence ou leur nationalité. Autre nouveauté budgétaire : subventions municipales aux syndicats ouvriers et au Comité d’aide à l’Espagne républicaine. Sur le plan démocratique, l’ambition est fixée : ne laisser « aucune occasion pour maintenir le contact avec le peuple qui les a élus » et, à cette fin, mettre en place toutes les structures nécessaires à l’investissement démocratique.
C’est un parfum de tout cela qui monte lorsque résonne l’expression souvent utilisée de  « communisme municipal »… Et pourtant, sans parler du côté sépia, quelque chose sonne faux dans ces quelques mots : quelque chose comme un sentiment de toute-puissance, de contrôle absolu des communistes sur certains territoires dénommés « bastions » ou « ceinture rouge », quelque chose comme du « crétinisme municipal » (selon la douce terminologie du temps), un air de fantasme de « socialisme dans une seule commune »… Or il est probable que le « communisme municipal » ainsi entendu n’a jamais existé, même si la bourgeoisie en eut longtemps la gorge serrée d’effroi.
Décidément non, cette expression ne fait sens ni pour hier ni pour aujourd’hui. Reste tout de même, et ce n’est pas peu, une puissante singularité communiste, d’hier à aujourd’hui. Une singularité assumée et revendiquée. Une singularité de l’action communiste qui nous pousse à toujours faire vivre et se développer nos idées et notre manière de faire de la politique autrement. De l’attention cardinale à offrir effectivement le meilleur à toutes et tous, à la priorité accordée à la mobilisation citoyenne et démocratique, en passant par la mise en responsabilité de profils sociaux variés, comprenant ceux, si massivement majoritaires dans la population, destinés par la classe dominante aux tâches subalternes.
Une ligne rouge en quelque sorte qu’on pourrait peut-être résumer en reprenant les termes jadis employés par Paul Thibaud dans la revue Esprit : la singularité communiste à l’échelle municipale comme un indissociable « mélange de réalisations et de revendications ».
À ce stade, lecteur, tu bougonnes sans doute : « point à la ligne et fin de l’histoire ? Le projet municipal communiste du XXIe siècle comme duplication remâchée de celui des années 1930 ? »
Notre tâche est tout autre en effet et l’histoire ne nous offre d’autres choix que d’innover encore et toujours, immergés dans une société en mouvement. Notre apport révolutionnaire ne saurait se cantonner à la gestion de patrimoine acquis sous peine de se nier et de se vider de sa substance !
Nous visons une gestion résolument politique, de combat, pour faire de l’humain d’abord une réalité dans nos villes et villages. Des élus de terrain et de combat seront plus que jamais nécessaires à l’heure où les marges de manœuvre budgétaires municipales sont chaque jour plus faibles : taxe professionnelle démantelée, dotations de l’État gelées (4,5 milliards sur 2014 et 2015) ; à l’heure où le pouvoir des communes est toujours plus amenuisé et où les citoyens sont toujours plus éloignés des centres de décision. Ces mesures « austéritaires » sont un véritable coup de massue de l’État contre les collectivités et un très mauvais signal donné aux territoires et à leurs populations.
Innover encore et toujours, car combien de conquêtes pionnières d’hier ont depuis été (presque) généralisées – notamment du fait de luttes auxquelles nous avons pris une grande part ? Au-delà des conquêtes à défendre, nous avons de vieux terrains à labourer de toute nouvelle façon et même des terrains neufs immenses à défricher et à conquérir.
Le contexte est hostile mais le dossier montre des communistes à pied d’œuvre, déployant toute leur énergie et toute leur imagination – en lien étroit avec la population – pour penser et mettre en œuvre une action municipale forte et originale au plein service des habitants, hissant la commune tout à la fois au rang de rempart et de point d’appui. Des communistes déterminés partout à être utiles. C’est aussi cela poursuivre la ligne rouge de Marsillargues …n

*Caroline Bardot est membre du comité exécutif national du PCF, rédactrice en chef adjointe de La Revue du projet, elle a assuré la coordination de ce dossier avec Guillaume Quashie-Vauclin, rédacteur en chef.

 

La Revue du projet, n° 29, septembre 2013
 

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