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Le combat contre le mariage pour tous, porte d’entrée du « Printemps français »Caroline Haine

À la suite du débat concernant le projet de loi pour le mariage pour tous, un mouvement d’opposition à la loi a vu le jour, le Printemps français. Depuis, les militants multiplient les manifestations et les actions violentes. Un mouvement qui suscite intérêt et interrogations dans les média.

  Selon la quasi-totalité des média le mouvement Printemps français est apparu le 24 mars lors d’un rassemblement « Manif pour tous » à Paris. Ce jour-là une partie des opposants au mariage pour tous décide de franchir les interdictions de la préfecture de police de Paris. Ils se séparent du cortège général et foncent vers les Champs-Élysées. Pour Libération (13/04), ce groupe d’opposants était venu seulement dans le but d’un affrontement avec les services d’ordre : « affrontements, gaz lacrymogènes… une aubaine pour ces radicaux ». Une scission s’opère alors chez les opposants au mariage pour tous : d’un côté le mouvement mené par Frigide Barjot se refusant à la violence et prônant les manifestations familiales ; de l’autre, ce nouveau groupe nommé Printemps français. Une rupture qui s’était produite dès janvier selon La Croix (13/04) « Une première scission au sein des opposants au mariage pour tous avait eu lieu l’année dernière le 18 novembre puis le 13 janvier 2013 quand l’institut Civitas a organisé sa propre manifestation ». Dans les semaines précédant l’adoption de la loi au Sénat puis à l’Assemblée le 23 avril dernier, les manifestations violentes et les actes homophobes se sont multipliés. Dès lors, les média ont cherché à savoir qui étaient les membres du Printemps français et surtout « qui se cache derrière le label ». Rue89, Midi libre, Le Monde, Libération et La Croix se sont intéressés à la question.

Le Printemps français, collectif d’organisations d’extrême-droite
Dès l’apparition dans la presse de l'expression « Printemps français » il a été immédiatement question « d’extrême droite ». Libération (13/04), La Croix (19/04) et Le Parisien (21/04) sont unanimes pour qualifier le mouvement de « radical » où se mêlent « catholiques traditionalistes, militants du Groupe union défense (GUD), du Renouveau français des jeunesses nationalistes et du Bloc identitaire », prônant « le recours à la violence ». Parmi l’ensemble de la presse, le quotidien Le Monde (10/04) s’est davantage préoccupé de la naissance du Printemps français sans hésiter à dénoncer des facettes plus « sombres ». Le Monde a été le premier à amener sur le devant de la scène leur relation avec Ichtus, institut catholique ultra-conservateur. Dans le même article on retrouve la base du mouvement. « L’expression Printemps français a été évoquée pour la première fois par Jacques Tremolet de Villers début février ». Et le quotidien de signaler la formation de ce même Jacques Tremolet par l’Action française et son rôle fondateur dans la création d'ICHTUS.

Du Printemps français au Front national… et inversement
L’apparition du Printemps français marque sûrement la fin de la banalisation du FN dans les média depuis l’arrivée de Marine Le Pen. Terminé le temps des propos xénophobes de Jean-Marie Le Pen étalés dans la presse… Depuis son accession à la tête du parti, Marine Le Pen est plus politiquement correcte que ne l’a été son père. Une stratégie politique qui a amené une dédiabolisation du FN au sein des média. Avec le Printemps français une majorité des média commencent à faire le rapprochement entre groupuscules d’extrême droite et Front national. L’émission Dimanche + (21/04) a reçu Marine Le Pen sur son plateau. À cette occasion, un reportage sur le Printemps français intitulé « FN, la dédiabolisation jusqu’où ? » a été diffusé. Le reportage lève le voile sur les passerelles qui existent « depuis plus de 40 ans » entre le FN et le GUD, syndicat étudiant créé par d'anciens activistes fascisants d'Occident. On y voit des membres du GUD, croix nazies et bras tendus lors de manifestations anti mariage pour tous puis en photo aux côtés de jeunes du FN dont Marion Maréchal Le Pen. Le reportage marque également le lien entre Marine Le Pen et Frédéric Chatillon, ancien dirigeant du GUD. La présentatrice, Anne-Sophie Lapix, reprend les propos du reportage devant une Marine Le Pen assez déstabilisée. Blandine Grosjean, rédactrice à Rue89 (17/04), tisse aussi des liens entre des cadres du FN et le Printemps français. La journaliste cite un à un des dirigeants du FN participant sur les réseaux sociaux où dans certaines actions au mouvement Printemps français. « Un cadre du FN nous dit que la section du Maine-et-Loire participe beaucoup aux actions du Printemps français, mais pas trop celle d’Île-de-France, plus proche du siège et donc plus cadrée ». Difficile alors pour Marine Le Pen de démentir l'implication de son Parti dans ce mouvement.

Du combat contre le mariage pour tous aux élections municipales de 2014 ?
Peu de média se sont penchés sur le devenir du Printemps français. Après l’adoption de la loi pour le mariage homosexuel, les manifestations et les débordements du mouvement ont continué sans pour autant se porter uniquement contre le mariage pour tous mais vers des revendications plus globales. Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite, interrogé par Christophe Carrez sur Europe 1 (21/04) estime que le Printemps français est un mouvement en phase de globalisation. Pour Jean-Yves Camus le mouvement vient se greffer à la Manif pour tous et a pris le parti d’aller uniquement dans les manifestations importantes dans le seul but de « visibilité ». Le journaliste lui demande alors si le débat sur la loi Taubira n’est qu’une tribune pour les militants du Printemps français : « ils savent très bien que le projet va être adopté, ils pensent déjà à la manière de faire perdurer le mouvement. Le débat sur le mariage pour tous n’est qu’un point d’entrée ». Sur France info (10/04), le politologue avait été entendu brièvement sur la même question. « le Printemps français structure une nouvelle droite afin de véhiculer un mouvement politique traditionaliste… qui trouverait à s’exprimer dans les élections municipales de 2014 ». Dans Le Monde (19/04), Clémentine Autain, militante du Front de Gauche, écrit : « le fait de lancer un appel à manifester le 5 mai à l’occasion de l’anniversaire de l’élection de François Hollande, exprime à lui seul la globalisation du propos ».
Unanimité donc sur le fait que le Printemps français soit constitué de groupuscules d’extrême droite, quelques médias seulement pour approfondir la question en les alliant au Front National et peu d’informations sur l’avenir du mouvement au-delà du combat contre le mariage pour tous. Certes, les média se sont amplement exprimés sur le Printemps français et ont mis en avant les nombreux débordements et la brutalité dont ils ont fait montre. On note cependant qu'aucun membre du gouvernement n'a été interrogé quant aux mesures envisagées pour enrayer la montée et la radicalisation de l'extrême droite en France. n

La Revue du projet, n° 28, juin 2013

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