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Pour l’Égalité des pensions de retraite entre les femmes et les hommes, Laurence Cohen*

Les inégalités économiques, sociales et politiques entre les hommes et les femmes se sont aggravées au fil des dernières réformes.

E n France, une retraitée sur trois vit sous le seuil de pauvreté : la retraite moyenne des femmes est de 900 euros tandis que celle des hommes est de 1 552 euros. Les femmes subissent la double peine : alors qu’elles sont plus diplômées, elles occupent des postes moins qualifiés donc moins rémunérés. C’est le résultat du rôle social attribué aux femmes, à savoir s’occuper du foyer, de la garde et de l’éducation des enfants, puis de l’accompagnement des anciens (parents et/ou beaux-parents). Ne justifiant pas d’une carrière complète, elles touchent des pensions considérablement amputées. La loi de novembre 2010 concernant l’ouverture des droits à la retraite, impulsée par le gouvernement Sarkozy, vient encore amplifier les inégalités entre les femmes et les hommes. Si cette réforme est injuste pour l’ensemble des salariés, elle a des effets particulièrement désastreux pour les femmes. Remarquons au passage que toutes les réformes du précédent gouvernement ont nettement aggravé les inégalités économiques, sociales et politiques entre les hommes et les femmes.

Inégalités d’emploi, de salaires et de retraites
Au fil de l’histoire, les femmes ont investi massivement le marché du travail. Comme pour les hommes, leur taux d’activité est le plus élevé entre 25 et 49 ans : entre ces âges, 82,9 % des femmes et 94,9 % des hommes sont actifs. Mais c’est également à cette période de la vie où l’on élève ses enfants que l’écart entre les comportements d’activité masculins et féminins est le plus grand. Malgré cet investissement, les femmes salariées vivent, tout au long de leurs carrières, des inégalités professionnelles qui se répercutent sur le niveau de leurs retraites. Les salaires des femmes à temps complet sont inférieurs en moyenne de 27 % à celui des hommes et 30 % des femmes occupent aujourd’hui un emploi à temps partiel. Les inégalités salariales n’ont pas reculé, bien qu’il existe un grand nombre de lois pour promouvoir l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. En réalité, il n’y a toujours pas de volonté politique tangible pour leur application. Nous sommes même devant des facteurs aggravants avec l’explosion du temps de travail partiel, la forte augmentation du chômage, l’arrivée d’emplois mal reconnus comme tous ceux qui concernent les services à la personne, le commerce, l’hôtellerie, la restauration. Qui dit travail partiel, dit en effet salaire partiel et retraite partielle. La loi de 2010 accroît les effets des lois Balladur, Fillon de 1993 et 2003, en matière d’inégalités. Elle creuse l’écart de la pension de 40 % en moyenne entre les femmes et les hommes. Bien que son application ne soit pas encore totalement effective, 34 % des femmes ont validé moins de 25 trimestres pour 4 % des hommes. Un quart d’entre elles part en retraite à 65 ans. Qu’en sera-t-il pour les femmes ayant suspendu leur activité pour éduquer leurs enfants, du fait de faibles qualifications, de salaires dérisoires ou par manque de places d’accueil de la petite enfance ?

Dire stop à l’humiliation
La dimension sexuée est le plus souvent marginalisée – voire totalement absente – de la plupart des réflexions sur les raisons et les enjeux de ces inégalités.
L’accord national interprofessionnel (ANI), porté par le gouvernement Ayrault et que la droite soutient, amplifie encore mobilité et temps de travail partiel, donc atteint de plein fouet les femmes. Mener une politique de gauche, c’est remettre à plat le dossier des retraites en ayant pour objectif une politique d’égalité et de satisfaction des besoins humains. En mai 2012, une majorité d’hommes et de femmes ont rejeté la réforme de 2010 et dit stop à l’humiliation. Il faut au plus vite supprimer les mesures allongeant la durée de cotisation et le système de décote. Il faut revenir au principe de la retraite par répartition à taux plein à 60 ans et au moins égale au SMIC.
Le gouvernement doit choisir le camp de celles et ceux qui produisent les richesses, en ne faisant aucune concession aux patrons des entreprises qui s’enrichissent des inégalités. Et qu’on ne vienne pas nous dire que les moyens manquent pour y parvenir. Tout simplement parce que l’égalité professionnelle réelle entre les hommes et les femmes rapporterait plus de 52 milliards d’euros de cotisations. À elle seule, la résolution des inégalités salariales entre les femmes et les hommes permettrait donc de réduire de moitié le déficit cumulé de la Sécurité sociale. 

*Laurence Cohen est responsable du secteur Droits des femmes/féminisme du Conseil national du PCF. Elle est sénatrice.

La Revue du projet, n° 28, juin 2013
 

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