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La retraite : Un enjeu de société, Jean-Luc Gibelin*

L a retraite, passage à l’inactivité ou nouvelle période de la vie sociale est-elle un temps utile pour la société ? Les retraités sont-ils une charge ou une utilité sociale ? Faudrait-il travailler plus longtemps quand on vit plus longtemps ? L’important n’est-il pas d’arriver à la retraite en bonne santé ?
Les choix effectués relèvent de la nature de notre vie en société, du rôle et de la place des retraités. C’est une exigence de justice sociale avec la sécurisation du parcours de vie de la naissance à la mort et un financement, intergénérationnel et solidaire, s’appuyant sur les richesses créées par le travail.

Ce que l’on entend un peu partout !
Il faut travailler plus, plus longtemps, pour… toucher moins avec une baisse des pensions, une augmentation des années de cotisation et un recul de l’âge de départ en retraite à taux plein. Les différentes réformes mises en œuvre depuis celle de 1993, celle de 2003 puis celle de 2010 ont amené un allongement de la durée de cotisation, une perte de pouvoir d’achat des pensions et des difficultés accrues pour des millions de retraités.
Le chômage, la précarité font qu’il est de plus en plus difficile d’espérer partir avec une retraite à taux plein. Jamais le patronat n’a bénéficié d’autant d’exonérations. Le recul de l’âge de départ et l’allongement du nombre d’années de cotisations ne feront qu’aggraver la situation.

Les enjeux de la période
Nous avons à faire face à un enjeu de civilisation majeur devant un choix de société : les anciens, charges, sources de profits, ou des citoyens à part entière ayant tout leur place dans notre société pour vivre dignement leur retraite dans de bonnes conditions, après une vie de travail. L’appauvrissement des retraités ne peut qu’entraîner un nouveau recul social.

Lors du conflit de 2010, le mouvement social a imposé le concept de régime par répartition. Même à droite maintenant, cela semble une chose entendue, la capitalisation n’est pas « vendable », la crise financière l’a montrée sous son vrai jour !
Pour autant, la répartition ne suffit pas. Le système mis en place à partir de 1946 c’est de la répartition à prestation définie, c’est-à-dire que le niveau de la pension est établi au départ en retraite et n’est pas une variable d’ajustement, ce sont les cotisations qui évoluent éventuellement.
Il existe des systèmes par répartition à cotisation définie, comme les comptes notionnels à la suédoise. Dans ce cas-là, le niveau des cotisations est bloqué, ce sont les niveaux des pensions qui sont une variable d’ajustement ; comme c’est plutôt à la baisse, cela est, de plus, utilisé par le monde financier pour promouvoir des compléments assuranciels de retraites ce qui est une nouvelle source de profit pour les assurances et les banques.
Il est donc déterminant de réaffirmer notre attachement à la retraite par répartition à prestation définie, ma précision est importante !
Est-ce normal de travailler plus en fonction d’une augmentation de l’espérance de vie ? C’est régulièrement présenté comme inexorable. Nous le contestons. Les gains d’espérance de vie n’ont pas vocation à augmenter la durée de soumission au travail mais plutôt d’augmenter la vie hors travail. Nous considérons que 60 ans est la bonne limite pour partir en retraite, pour avoir une nouvelle vie sociale et personnelle. La vie ne doit pas être uniquement liée au rapport au travail. C’est une bataille idéologique que nous n’avons pas l’intention de lâcher…

L’annonce, par le premier ministre, du maintien de l’âge ouvrant droit au départ en retraite à 62 ans peut apparaître comme une garantie. En fait, cette annonce est associée à celle de la poursuite de l’allongement de la durée de cotisation, cela reculant l’âge limite de départ en retraite mais aussi et surtout la limite de calcul de la décote inventée par la réforme de 2003. Le projet amènerait donc à maintenir un âge ouvrant droit au départ mais à diminuer le montant de la pension possible à cet âge. En conséquence, ce serait la personne demandant à partir qui déciderait « d’elle-même » de retarder son départ pour diminuer la décote… Il est donc urgent de remettre en cause les réformes depuis 1993 et d’imposer le départ à 60 ans à taux plein.

Le départ à 60 ans à taux plein, une idée d’avenir
Oui, cette belle idée de la retraite inventée par Ambroise Croizat et actualisée par le mouvement social est plus que jamais d’avenir. Notre pays en a les moyens.
Oui, partir en retraite à taux plein à 60 ans, c’est l’avenir.  n

*Jean-Luc Gibelin est membre du comité exécutif national et du comité de pilotage du projet du PCF, en charge de la santé et de la protection sociale. Il est le coordonnateur de ce dossier avec Igor Martinache, rédacteur en chef adjoint de La Revue du projet.

La Revue du projet, n° 28, juin 2013
 

Il y a actuellement 1 réactions

  • financement de la retraite

    Ce qui détermine le "jugement " des citoyens est incontestablement le fait que le trou financier doit être comblé.Nous n'avons pas d'autre choix que de combattre sur ce terrain .Les grandes idées ne semblent pas trop porteuses ni même crédible .Le poids de la crise est l'alibi du "moment" .On ne peut faire l'impasse sur le démontage de cet argutie. Les luttes ont besoin de résultats positifs et si l 'on veut changer la réalité il faut d'abord la connaître comme disait .... Peut on financer ou pas la retraite à taux plein à 60 ans etc etc... La réponse est oui mais non pour le Capital ( notez la majuscule ) La lutte des classes n'a jamais cessé mais ce sont les patrons qui la pratiquent de manière intensive .Le combat idéologique est essentiel. Merci de nous donner des billes même si je ne me prosterne pas devant ni mon patron ni devant un quelconque patron ni devant un élu ou mandaté.La prosternation ne favorise pas le débat

    Par laurent michel, le 16 juin 2013 à 17:48.