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Une nouvelle façon de faire de la politique, Jean Lojkine

Le Temps des cerises, 2012

Par Mattia Gambilonghi  
Révolution informationnelle, nouveaux mouvements contestataires, communisme : est-il possible de trouver un lien politiquement vertueux entre ces éléments ? C'est ce que le dernier ouvrage de Jean Lojkine, Une autre façon de faire la politique se propose de faire. Le livre du sociologue et directeur de recherche au CNRS se développe à partir de son interprétation originale des transformations connues par le capitalisme pendant les trente dernières années, la révolution informationnelle. Cette dernière est en fait marquée par une très forte ambivalence : à la fois support principal organisationnel et idéologique de la dynamique marchande du néolibéralisme, et vecteur du développement d'une logique du partage intrinsèquement non marchand, à cause du rôle toujours grandissant occupé dans le capitalisme actuel par les services de formation de l'humain par « l'information ». Vis-à-vis de la nature ambiguë et ambivalente du modèle d'accumulation d'aujourd'hui, le problème devient donc de bouleverser la logique actuellement prédominante, c'est-à-dire la logique d'un usage privé et capitaliste des nouvelles technologies de l'information, pour permettre aux potentialités non marchandes et antilibérales inhérentes au capitalisme informationnel de se libérer et s'exprimer. Mais comment ? De quelle façon ? D'après Lojkine, en reliant profondément l'action politique des forces progressistes avec le contexte de la civilisation informationnelle. D’un côté, on l’a dit la circulation informationnelle est en son fond opposée à la philosophie néolibérale, et donc en mesure de proposer un logiciel du partage, de l'efficacité sociale et de la satisfaction des besoins collectifs. De l'autre coté, si, développée jusqu'au bout, la révolution informationnelle peut fournir de nouvelles occasions démocratiques : Internet et le réseau permettraient en fait de renouveler l'enjeu autogestionnaire, en dépassant les limites des expériences historiques de démocratie directe – c'est-à-dire l'isolement et l'absence d'influence par rapport à la pyramide des pouvoirs politiques centraux – et en permettant une « liaison dialectique » entre autogestion et représentation, démocratie directe et déléguée. Mais pour réaliser tout cela, avertit Lojkine, la gauche et les communistes doivent nécessairement tirer les leçons des expériences (toutes les deux marquées du sceau de l'étatisme, selon l’auteur) du Front populaire et du Programme commun et rompre avec la matrice léniniste et sa conception avant-gardiste de l'action politique, en épousant pleinement la stratégie gramscienne et jaurésienne de l'évolution révolutionnaire.

La Revue du projet, n° 27, mai 2013

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