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Approprions-nous la nationalisation ! Léo Purguette et Renaud Boissac*

«Là où est la propriété, là est le pouvoir » : tel était le mot d'ordre de la gauche en arrivant au pouvoir en 1981. Suez, Usinor, Thomson, CIC, Crédit lyonnais… autant d'entreprises du secteur industriel et bancaire qui tombaient alors dans le giron de l'État. Dans les trente années qui ont suivi, sous les coups de boutoir du néolibéralisme triomphant, il n’est plus question que de privatiser. L’idée même de « nationalisation » n’est plus qu’utopie pour « marxistes démodés ». Partagée entre conversion au social-libéralisme et désillusion face à la gestion étatiste des entreprises nationalisées, la gauche elle-même la perd de vue. Le bilan de la gauche plurielle en témoigne. Malgré tout, dans les années 2000 des forces comme le PCF, ont continué à développer des propositions comme la constitution de pôles publics impliquant des « nationalisations démocratiques », sans toutefois rencontrer d'écho puissant.

Avec son expression très médiatique de « nationalisation temporaire », le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg n'a pas sauvé Florange mais relancé le débat public autour du rôle de l'État et de l'appropriation publique des moyens de production !
Dans une France en recherche de solutions, la question des nationalisations est à nouveau posée. Des salariés chez Petroplus et ailleurs la revendiquent. Face à l'impasse du capitalisme financier, l'idée de donner à des millions de travailleurs la maîtrise de leur outil de travail grandit.

Ainsi, bien que le transfert de propriété soit insuffisant à lui seul à réaliser une véritable appropriation sociale, ne tombons pas dans le piège tendu par ceux qui disent « puisque ce n’est pas suffisant, ce n’est plus nécessaire ! »  D'autant plus que le patronat et les gouvernements s’intéressent, eux, à la propriété du capital, car ils savent que celui-ci fonde leur domination.
Dès lors, comment considérer que l’on pourrait mettre en œuvre une politique de transformation sociale sans s’attaquer au fondement de cette domination, sans réaliser une véritable appropriation sociale, fondée sur une large propriété publique complétée de mesures coercitives en matière d’emploi, de salaires, de formation, d’investissement, de recherche-développement, de coopération, d’un véritable statut du travail salarié ?
On entend aujourd'hui évoquer timidement par l'actuel gouvernement la mise sous tutelle d’entreprises fautives, ou la présence des représentants de l’État dans les banques et entreprises bénéficiaires de fonds publics. Mais ce serait bien la moindre des choses ! Même si cela est tout à fait insuffisant. Il est temps de débattre collectivement des conditions et du périmètre de nouvelles nationalisations.
Notre histoire nous a appris que les plus grandes réalisations industrielles, les plus belles avancées sociales ont été le fait des entreprises publiques sous la pression des luttes. Ailleurs en Europe et dans le monde, l'approfondissement de la crise du capitalisme financier pose les mêmes questions qu'en France. Le changement de logiques, de système devient de plus en plus urgent au regard de millions d'êtres humains. Dans cette recherche, les nationalisations apparaissent à nouveau comme un levier pour reprendre en main notre destin collectif, non pas dans un seul pays, mais dans une coopération à l'échelle mondiale.
L'actualité de notre combat est là ! Sachons le clamer : être moderne en 2013, c'est poser la nécessité de l'appropriation publique, collective et sociale. L'urgence sociale, écologique, économique et démocratique nous le commande ! Ce dossier est à votre disposition pour apporter – modestement – une pierre au débat, et contribuer à définir les voies concrètes d'émancipation collective qu'un « communisme de nouvelle génération » appelle.  n

*Léo Purguette et Renaud Boissac sont membres de l’équipe de rédaction de La Revue du projet. Ils sont les coordonnateurs de ce dossier.

La Revue du projet, n° 27, mai 2013
 

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