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Lord Byron, un homme libre, Franck Delorieux

On peine à mesurer aujourd’hui l’influence et la renommée de Byron qui furent siennes de son vivant, alors qu’il n’est plus guère lu aujourd’hui – en France à tout le moins – et qu’aucune traduction de ses œuvres complètes n’est disponible. Pour prendre la mesure de son rayonnement, on peut citer les propos de Goethe dans ses Conversations avec Eckermann : « Et puis, Byron n’est ni antique ni romantique, il est comme le jour qui se lève. […] Écrire un essai sur Byron n’est point facile et je ne le conseillerais à personne ; mais quant à l’honorer et à attirer l’attention sur lui, c’est ce que je ne cesserai de faire. » Présenter sa vie et son œuvre en quelques lignes est un défi impossible tant son écriture fut variée et sa biographie intense. Toute son existence fut émaillée de scandales. Le premier eut lieu lors de son entrée à la Chambre des Lords où il fit un discours vigoureux pour soutenir les ouvriers en grève contre les patrons. Bisexuel, il collectionnait les succès féminins et les jeunes amis. Après un divorce pour cause de sodomie et la révélation de sa liaison avec sa demi-sœur avec qui il avait eu un enfant, il dut fuir l’Angleterre où il ne revint jamais. Tandis que son œuvre était lue et célébrée dans toute l’Europe avec des titres comme Manfred, Le Prisonnier de Chillon, Mazeppa ou Childe Harold, il passa sa vie à voyager en Espagne, en Italie, en Turquie… Il se lia d’une grande amitié avec le poète Shelley dont il incinéra le cadavre sur une plage. Après avoir connu un dernier grand amour avec la comtesse Guiccioli, il partit rejoindre la Grèce pour soutenir la lutte d’indépendance contre les Turcs. Sa dernière œuvre, Don Juan, demeura inachevée. Il mourut à Missolonghi en 1824 en héros des luttes pour la liberté.

Jamais plus, plus jamais, Oh, jamais plus sur moi
La fraîcheur du cœur ne versera sa rosée
Qui, de tous les objets aimables qu’il contemple,
Tire des émotions magnifiques et neuves,
Pour les recueillir comme une abeille en son sein.
Croyez-vous que le miel se fasse en ces objets ?
Hélas, ce n’est pas eux, mais toi qui détenais
Le pouvoir de redoubler la douceur des fleurs !

Jamais plus, jamais plus, Oh, jamais plus, mon cœur
Tu ne seras mon seul univers, mon seul monde !
Tu fus mon tout jadis, maintenant tu es autre,
Tu ne seras plus mon bienfaiteur, mon bourreau :
L’illusion s’est enfuie et tu es devenu
Insensible, je crois, mais tu y as gagné,
J’ai acquis à ta place un vrai fonds de bon sens…
Dieu sait comment il a pu se loger en moi.

Lord Byron, Don Juan.
Traduction nouvelle de Laurent Bury et Marc Porée.
Éditions Gallimard, collection Folio, 2006.

 

La Revue du projet, n° 27, mai 2013
 

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