La revue du projet

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La télévision, le kaïros, le projet et vous, Guillaume Quashie-Vauclin, rédacteur en chef

À la télévision ces temps-ci, on voit les renoncements du gouvernement. On voit la traînée de la comète Cahuzac. On voit le succès des mobilisations homophobes. On voit le résultat des élections partielles et le triomphe des droites radicales. On voit les commentateurs habituels parler de la « droitisation de la société ». Et on se dit qu’ils n’ont pas tort, que la partie est perdue : le peuple ne trouvera donc jamais d’issue qu’à droite. On se dit, finalement, qu’il n’y a qu’à pleurer, seul, chez soi. Eh bien, on se trompe – ou, plutôt, on est trompé…
Non ! Ce n’est pas un appel à éteindre sa télévision pour réfléchir. C’est un appel à la regarder mais à regarder ce qui est le plus intéressant pour comprendre une époque – et qui n’a bien sûr rien à voir avec les « débats » entre semi-habiles installés. Le plus intéressant donc : la publicité. Que nous dit-elle ? Elle nous vante « la banque de l’économie réelle » (PSA Banques). Elle nous dit encore qu’une « banque qui appartient à ses clients, ça change tout » (Crédit mutuel). Elle proclame même : « La France a une longue tradition : faire la Révolution » (Renault) ! Quand le grand capital en est réduit à faire l’éloge de la Révolution pour trouver l’oreille (et le portefeuille) du client, aucun doute n’est plus permis : c’est que le peuple, idéologiquement, est à gauche comme rarement dans son histoire ! Tout le reste est enfumage et baratin visant à légitimer les renoncements et revirements, œuvrant à désespérer notre peuple et à désamorcer sa combativité.

Est-ce à dire que tout va bien et que l’hégémonie irrésistible est acquise ? Assurément non. Reste que nous ne sommes plus dans l’enfer des années 1980-1990 et que l’époque est disponible pour notre intervention. Il faut même dire davantage et la notion grecque de kaïros nous le souffle à l’oreille si on veut bien l’entendre. Le kaïros, dans son sens classique, c’est le moment opportun, l’instant propice, l’occasion favorable qui appelle l’action et rend possible son succès, si on sait le saisir par les cheveux. Mais, en un sens plus ancien – homérique –, c’est tout autant le lieu vulnérable que vise l’ennemi pour entraîner la mort. Obscure dialectique ? Non, transposons simplement : le peuple est à gauche à un niveau record – lisez Guy Michelat et Michel Simon si les publicités ne vous suffisent pas – et cette situation présente inévitablement les deux visages du kaïros : occasion historique à saisir pour les forces populaires ; moment où redoublent les assauts acharnés des forces du capital.

Deux lourdes raisons pour déployer à toute force notre effort d’élaboration de projet. Ajoutons-en une troisième : notre peuple cherche des solutions pour sortir de ce bourbier, présenté à longueur d’antenne comme le seul monde possible : « Avez-vous vraiment quelque chose à proposer qui puisse changer la vie concrètement ? » C’est bien là qu’il faut porter le fer, sur notre projet, si on veut saisir ce moment historique, si on ne veut pas l’abandonner aux coups puissants et efficaces que le capital assène avec méthode pour reprendre la main dans les faits et dans les têtes.

Travailler à la force, à la richesse et à la cohérence de notre projet : voilà, décidément, ce qu’appelle la situation. Depuis le congrès, notre parti a pris la question à bras-le-corps avec la refonte et le renforcement de son pôle projet comme la constitution d’un comité de pilotage placé sous la responsabilité directe du secrétaire national. Le mois prochain, à notre initiative, se tiendront, avec l’ensemble des forces du Front de gauche et au-delà, des assises nationales qui peuvent être un moment capital dans cette construction de projet partagée.
Tout roule donc et il n’est point besoin que chacun, individuellement, mouille la chemise ? Ce serait croire qu’une crise de civilisation se vainc avec quelques centaines de cerveaux et un petit millier d’expériences. Non ! Résolument, comme nous y invitait Pierre Laurent dans ces colonnes le mois passé, il nous faut « changer d’échelle ». Rien ne sera à la hauteur du moment sans l’implication la plus large, la confrontation la plus nourrie, la circulation la plus intense des réflexions de tous et de chacun, tous azimuts.

Mais comment faire pour ne pas en rester à la seule phrase ? La Revue du projet a sans aucun doute, dans ce contexte, un rôle important à jouer pour offrir un lieu-creuset, un point de confluence. Nous y travaillons chaque jour et ce « nous » s’agrandit, s’enrichit : nous sommes plus de quarante aujourd’hui – toujours bénévoles – dont quatre rédacteurs en chef adjoints nouvellement embarqués que je salue particulièrement.

Reste à ce que le plus grand nombre s’empare de notre revue, l’investisse, l’envahisse ! Car si on pourrait se féliciter que le site de notre jeune revue compte plus de 40 000 visiteurs différents (sans compter nos partenariats), on ne saurait s’en contenter. Sans maximalisme boulimique, qui ne voit qu’il nous faut nécessairement viser plus et surtout mieux ? Car une revue, si elle veut être vraiment utile à la construction d’un projet, doit offrir le temps et l’espace d’approfondir des questions qui ne sont jamais simples. Or, comment remplir ce rôle sans développer la version papier de la revue qui assure seule le temps et l’espace d’une lecture prolongée, annotée, recommencée, archivée ?
C’est donc sans esprit publicitaire mais avec la télévision, le kaïros et le projet en tête que la revue vous lance cet appel : écrivez-nous, critiquez-nous, proposez-nous vos idées, envoyez-nous vos expériences et, last but not least, abonnez-vous !

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