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Le travail au centre du projet communiste, Michel Rizzi*

Repolitiser le travail pour bâtir une nouvelle conscience de classe.

«L es animaux au mieux collectent tandis que les hommes produisent » soulignait Friedrich Engels. C’est bien le travail qui, en modifiant sans cesse les conditions d’existence des hommes et les rapports qu’ils entretiennent entre eux, « fait société ». Tout projet de transformation sociale qui ne mettrait pas la question du travail au centre de ses préoccupations passerait donc à côté de l’essentiel.
Pourtant, comme le constate la résolution adoptée au 36e congrès du PCF, « le travail, qui tend à occuper une place de plus en plus grande et de plus en plus pesante dans les vies, pour celles et ceux qui n’en sont pas privés, semble pourtant de plus en plus déconnecté du reste des existences et des enjeux politiques. » Réinvestir ce champ est donc un défi posé aux forces révolutionnaires.

Comment s’y prendre ?
La question du partage des richesses, c’est-à-dire de la plus-value, qui est au cœur de la division de la société en classes antagonistes, demeure évidemment un terrain clé du combat politique. Cependant, il faut aller plus loin parce que nous sommes confrontés à une crise globale de civilisation qui a des dimensions anthropologiques. Le projet communiste doit donc porter l’exigence d’un nouveau mode de développement humain, et par conséquent parler aussi de ce qu’il convient de produire ou pas, de dire comment cela doit être décidé et être capable de repenser la place du travail dans la vie des individus.

Reconnecter le travail avec l’intérêt général
Les stratégies d’entreprise constituent donc un premier champ incontournable d’intervention. Il s’agit à la fois de contester la légitimité de la logique capitaliste et de proposer une autre visée en posant la question de la finalité de l’entreprise : outil pour rémunérer des actionnaires ou bien moyen de répondre à un besoin social ? Le contenu des productions et des activités, la nature et de la localisation des investissements, le modèle économique et les modes de financement, les critères de gestion, la politique d’emploi, le modèle social et organisationnel mis en œuvre sont autant de sujets de confrontation possibles.
De là découle un second terrain de bataille, celui du pouvoir de décision et donc de la propriété. Il s’agit d’étendre le champ de la démocratie à l’économie, avec un enjeu immédiat : la participation des salariés aux conseils d’administration, là où se prennent les choix stratégiques.
Un troisième volet touche aux rapports qui relient les hommes au travail. Il concerne à la fois l’enjeu de société qu’est la réduction du temps de travail et l’organisation du travail lui-même. La généralisation des phénomènes de souffrance au travail est à la fois le fruit de stratégies financières modifiant les objectifs de l’entreprise et donc le contenu des activités et de méthodes managériales qui mettent en compétition, isolent et fragilisent les individus. Y apporter remède suppose deux choses. D’une part, redonner aux tâches confiées à chacun une utilité sociale ; en plus de la nécessaire contestation des grands choix stratégiques pour reconnecter le travail avec l’intérêt général, cela passe notamment par la reconnaissance des identités professionnelles et des qualifications à l’opposé des logiques actuelles. D’autre part, porter un modèle alternatif de management, fondé sur l’extension des droits et des garanties collectives comme moyen de libérer la créativité de chacun et de favoriser la coopération entre les travailleurs.
Ces pistes (non exhaustives) pour une repolitisation du travail sont le terreau sur lequel on peut espérer bâtir une nouvelle conscience de classe. Dans un salariat aujourd’hui éclaté et soumis à de multiples facteurs de division, celle-ci ne peut pas en effet, et moins que jamais, naître spontanément des conditions de vie et d’emploi, précisément parce que celles-ci sont aujourd’hui très différentes. L’unité du monde du travail implique sa perception que, par-delà la diversité des situations vécues, il a un ennemi commun mais aussi des intérêts convergents, et cela ne peut se réaliser qu’autour d’un projet de société partagé où la transformation du travail occupe une place centrale.
Cela pose évidemment un autre défi : celui d’organiser le parti révolutionnaire sur les lieux de travail afin qu’il soit en mesure d’y déployer sa politique à partir des préoccupations concrètes des salariés.  n

*Michel Rizzi est secrétaire de la section RATP du PCF.

 

La Revue du projet, n° 26, avril 2013
 

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