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Conjuguer la jeunesse à la voie révolutionnaire ? Mylène Calà, Marion Guenot, Nicolas Strauss*

La jeunesse en première ligne de toutes les divisions du salariat et au cœur de tous les chantages au chômage est en quête d’un engagement.

S i l’on ne peut parler de la jeunesse comme d’une classe sociale, et faire ainsi du quotidien d’un Jean Sarkozy et de celui des jeunes issus des couches populaires une seule et même réalité, peut-on parler de génération sacrifiée ? Non, nous a-t-on toujours répondu, prenant en exemple les étudiants, cette grande masse insouciante, post-adolescente, construisant tranquillement sa place parmi les plus hautes fonctions de la société. Pour comprendre ce discours, il faut voir qu’il est le produit de dirigeants qui se contentent de prendre leurs propres enfants, souvent en grandes écoles, en exemple bien loin de la précarité la plus massive.

Si comme nous le rappelle François Miquet-Marty, il n’y a pas qu’une seule jeunesse mais des jeunesses, c’est que notre génération se retrouve en première ligne de toutes les divisions du salariat. Avec l’étude ViaVoice du 2 février, il découpe la jeunesse en catégories : « jeunes en rupture, aspirants, indépendants et intégrés », qui recouvrent en réalité plusieurs strates, dans l’ordre, ceux qui n’ont pas trouvé d’emploi, les étudiants, les plus âgés, les plus aisés.

La jeunesse, armée de réserve
du salariat précaire

Depuis la fin des années 1980, la flexibilisation du salariat et sa rentabilisation sur le court terme ne font que peu d’exceptions dans nos rangs. Et c’est sur cet aspect que l’on trouve le dénominateur commun à l’ensemble de ces catégories, 67 % d’entre eux ne se sentent pas pris en compte, dans leurs aspirations et leurs attentes, et 63 % sont persuadés de vivre moins bien que leurs parents. Cela intervient après dix ans de droite au pouvoir et de démantèlement méthodique du service public de l’enseignement, dix années durant lesquelles on nous refuse toute légitimité à faire entendre des revendications, alors que nous devenons pénalement responsables de plus en plus tôt. Les lycéens mobilisés face à la réforme des retraites ? Des jeunes écervelés manipulés par leurs enseignants, rien de plus ! Cette réforme est emblématique de la casse d’un système de protection collective où l’on met en concurrence les générations entre elles, où l’on prétend que c’est à la jeunesse de payer la prétendue insouciance de ses aînés. Nous ferons office d’argument-phare de cette réforme, alors que celle-ci a été construite sans nous, mais aussi contre nous. Soulignons encore les dispositifs spécifiques dont nous faisons l’objet, « ces contrats-jeunes » qui ne suffisent pas à donner l’illusion que la jeunesse est au cœur des préoccupations. Chaque gouvernement a développé les siens, nous en avons connu plus de soixante-quinze depuis le début des années 1980. Nous sommes au cœur de tous les chantages au chômage. « Les jeunes ne trouvent pas de travail ? C’est qu’ils n’ont pas assez d’expérience, c’est qu’ils ne sont pas assez malléables, c’est que l’on veut des garanties permettant de leur faire confiance », en trente ans, les discours n’ont pas changé, et ces contrats-jeunes, du CIP aux emplois-francs, sont des dispositifs d’exploitation spécifiques qui ne disent pas leur nom. La casse des aides sociales censées garantir le droit à étudier pour tous, a massifié le salariat étudiant, 73 % d’entre eux sont aujour­d’hui contraints de se salarier pour financer leurs études. Ils acceptent des conditions de travail dégradées en considérant que c’est temporaire. C’est en cela que notre génération est l’armée de réserve du salariat précaire.

Un appel à un big bang des politiques de jeunesse
Cette génération est aujourd’hui en quête d’un engagement où elle puisse trouver sa place. Les 65 principales organisations de jeunesse ont signé avec nous un appel à un big bang des politiques de jeunesse, qui exige la fin des dispositifs spécifiques, et qui réclame une entrée dans le droit commun, où nous voulons conquérir des droits pour l’ensemble du salariat. L’actualité de l’ANI [accord national interprofessionnel pour un nouveau modèle économique et social au service de la compétitivité des entreprises et de la sécurisation de l’emploi et des parcours professionnels des salariés]montre bien que la jeunesse constitue un point d’appui pour détruire toute stabilité pour l’ensemble de la classe exploitée, et que la batterie de nouveaux contrats-jeunes développés par le Ministère dans le cadre de son comité « Priorité Jeunesse » a vocation à être la voiture-balai de la casse du CDI. Ces embauches éparses sont dopées à coup d’exonérations patronales, pour des cotisations qui sont pourtant si nécessaires au départ à la retraite à 60 ans, et donc, à nous permettre de prendre le relais ! Alors qu’autonomie signifie aujourd’hui précarité, alors que le système ne fonctionne plus que pour se maintenir, et engraisser quelques-uns au détriment de tous, nous voulons conquérir avec tous le droit de construire nos projets professionnels, le droit d’apprendre, de se former, de travailler, de s’émanciper, loin des exigences de l’économie de marché, mais au plus près de nos besoins. Prendre les aspirations de la jeunesse non comme ajustement mais aiguillon pour construire des conquêtes sociales, voilà l’exigence de notre temps.  

La Revue du projet, n° 26, avril 2013

*Mylène Calà, Marion Guenot, Nicolas Strauss sont coordinateurs nationaux du MJCF en charge du pôle bataille des idées.
 

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