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Robespierre. Portraits croisés, Michel Biard et Philippe Bourdin (dir.)

Armand Colin, 2012.

Par Jean-Baptiste Le Cam
Ecrite dès les lendemains immédiats de la mort de l'« Incorruptible », notamment par des Conventionnels désireux de faire oublier leur propre responsabilité dans l'application des politiques répressives de 1793-1794, la légende noire de Robespierre n'a cessé d'être reprise tout au long des XIXe et XXe siècles, y compris sous la forme déguisée de vérités scientifiquement établies.  Or en ce début du XXIe siècle, elle se porte toujours à merveille et continue d'avancer masquée auprès du grand public. Ainsi, en septembre 2011, la revue Historia, qui prétend faire oeuvre de vulgarisation historique, osait consacrer un dossier à « Robespierre : le psychopathe légaliste ». Deux ans auparavant, Pierre-Yves Bournazel, conseiller municipal UMP de Paris, s'abritant sous l'autorité scientifique de François Furet, motivait son refus de voir une rue de la capitale prendre le nom de Robespierre en qualifiant ce dernier de « criminel jugé devant l'histoire » dont l'action aurait inspiré les purges de Staline. Enfin, le 23 janvier 2013, France 3 diffusait pour la troisième fois en moins d'un an une émission intitulée « Robespierre : bourreau de la Vendée ? ». On pouvait y entendre d'autoproclamés historiens n'hésitant pas à proférer les pires inepties sans le moindre fondement scientifique, faisant de Robespierre un « tyran », un « dictateur », qui aurait été le principal « inspirateur » des massacres de Vendée, lesquels préfigureraient les « Einsatzgruppen » nazis. Robespierre n'est plus seulement le précurseur du stalinisme mais aussi un Hitler avant l'heure !
Dès lors, dans ce contexte où les fables, les caricatures, les anachronismes et autres raccourcis aberrants sur l'action de Robespierre peuvent s'appuyer sur d'importants relais médiatiques et politiques, la publication de Robespierre. Portraits croisés. est particulièrement bienvenue. En quinze articles synthétiques, clairs et donc parfaitement accessibles à un public large, dix-sept historiens spécialistes de la Révolution française et issus de différentes universités, dressent des portraits thématiques, nuancés et, surtout, contextualisés de l'action et des positions de Robespierre en tant qu'avocat, militant, député ou membre du Comité de Salut Public. Plusieurs articles font un sort à l'image du Robespierre tyran sanguinaire, inspirateur et unique responsable des violences commises sous la Terreur. Ils montrent ainsi qu'elle relève de la caricature et absolument pas d'une vérité scientifiquement établie, tout en soulignant que relayer cette fable peut être un moyen redoutablement efficace pour discréditer des pans entiers de l'expérience révolutionnaire, voire toute idée et tout projet de transformation profonde de la société. Cet ouvrage nous rappelle par ailleurs que Robespierre est un homme de son temps, que ses combats et son action politiques sont partagés par d'autres que lui et ne peuvent se comprendre si on les sort de leur contexte, qu'il s'agisse de défendre l'accès à la citoyenneté politique des libres de couleur, de lutter contre la pauvreté et la misère ou de mettre en oeuvre une dictature provisoire sans dictateur au nom de la défense de la République.

La Revue du projet, n° 25, mars 2013
 

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