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Désirs, répressions et liberté. Dialogue avec Dany-Robert Dufour

Notes de la Fondation Gabriel-Péri
Par Shirley Wirden
À l'occasion de la sortie du nouvel ouvrage de Dany- Robert Dufour : L'individu qui vient… après le libéralisme, la fondation Gabriel-Péri a fait paraître en octobre 2012 un dialogue avec l'auteur intitulé Désirs, répressions et libertés tenu le 3 mai 2012. La thèse principale du livre est que le triomphe du libéralisme économique est en lien direct avec la glorification sans fin des désirs. La méthode de l'auteur est à la fois héritière de la psychanalyse, de la philosophie politique et de la philosophie du langage. Spécialiste des processus symboliques, il souhaite réfléchir aux grands récits qui fondent notre culture.
Dany-Robert Dufour condamne avec fermeté le libéralisme économique. Selon lui, ce n'est pas seulement une doctrine économique mais bien une pensée totale destructrice. Le libéralisme s'évertue à lever tous les interdits moraux au profit de la pléonexie (le désir de vouloir toujours plus). La société de consommation au travers notamment de la publicité mais aussi de la téléréalité, exacerbe les pulsions, tente de les libérer au profit de l'achat. Or, le refoulement des pulsions par la symbolisation, l'acceptation de la contrainte pour être libre est le principe de la civilisation. L'exhibition constante est le moyen pour passer d'une culture répressive à une culture incitative. L'auteur semble vouloir retrouver une forme de régulation en prônant l'invention d'une nouvelle forme de l'État, contre les thèses léninistes. S'il honore le programme du CNR que les gouvernements successifs tentent de détruire, il critique la tentative foucaldienne de désinstitutionalisation. Selon lui, désinstitutionalisation et dérégulation vont de pair. L'auteur prône le retour d'une certaine forme de libéralisme politique. Se défendant pourtant d'être réactionnaire, il critique dans la même logique les revendications de levée totale des interdits lors de mai 1968.

Il s'agit en fait dans son ouvrage de dénoncer la fausse équation : vices privés = vertu publique. Le libéralisme apparaît comme une religion, une promesse de la richesse infinie (théorie qui justifie en partie la théorie de la fin de l'histoire de Fukuyama). Le libéralisme veut se faire morale de l'égoïsme qui serait le seul moyen de la richesse collective. Or, l'expérience a prouvé que cela était faux : richesse personnelle oui mais crise pour les autres. Le libéralisme s'inscrit dans la ligne d'Adam Smith : l'égoïsme serait le fondement du lien social, les agents sociaux ne travaillent que par égoïsme.
Pour lui on s'est libéré de la nostalgie du désir du père jouisseur, évoqué par plusieurs psychanalystes et anthropologues comme Christian Geffrey dans le Nom du maître, de façon sauvage par une déterritorialisation aux airs deleuziens, par la marchandisation. La marchandise serait devenue le nouveau Maître.

La Revue du projet, n° 25, mars 2013
 

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