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Le communisme de nouvelle génération, un chantier exaltant et essentiel, Pierre Dharréville

Président de la commission qui avait en charge la rédaction du texte du XXXVIe congrès du PCF, Pierre Dharréville est membre du CEN. Alternative à l'austérité, Front de gauche, municipales, communisme, il revient pour La Revue du projet sur le cap fixé par les délégués réunis quatre jours aux Docks de Paris, à mi-chemin entre Aubervilliers et Saint-Denis (93).
 

Le grand entretien réalisé par Léo Purguette

À l’occasion de leur XXXVIe congrès, les communistes ont affirmé leur volonté de rallumer les étoiles. Dans la nuit noire de la crise, quels sont pour vous les moyens d’y parvenir ?

Il faut rappeler que le vers d’Apollinaire qui tire notre texte de congrès est sorti du chaos des tranchées. Il dit à la fois notre ambition, haut placée et l’urgence qu’elle soit mise en actes. C’est un message d’espoir lancé à la face du monde et de tous ceux qui nous répètent sur tous les tons que « ça va être dur » et qu’il n’y a pas d’autre politique possible. Nous prenons le contre-pied. La gauche n’a pas été portée au pouvoir, même par celles et ceux qui ont voté quatre fois pour François Hollande au printemps, pour mener une politique docile à l’égard des marchés financiers et sourde aux aspirations du monde du travail et des milieux populaires. Alors rallumer les étoiles, c’est d’abord lever les doutes qui existent sur la possibilité d’une autre politique, c’est lever les doutes sur la capacité des citoyennes et des citoyens à imposer d’autres choix, c’est agir dès aujourd’hui pour changer le rapport de forces et faire mouche avec des propositions qui pourront se rendre incontournables. La campagne « l’alternative à l’austérité, c’est possible » que nous initions avec le Front de gauche est un premier acte. Nous voulons plus largement ouvrir la voie aux aspirations populaires et obliger la gauche au pouvoir à gouverner avec le peuple. La crise est le résultat de l’emprise de plus en plus forte des marchés financiers et de leur force prédatrice. Nous devons lui opposer la démocratie, cela suppose une reconquête, une révolution citoyenne.

Austérité, « sécurisation de l’emploi », compétitivité, le texte adopté n’est pas tendre avec le gouvernement et pourtant le PCF récuse la thèse des deux gauches. N’y a-t-il pas une contradiction ?

Le problème n’est pas de savoir combien il y a de gauches. Il est de savoir si nous pouvons nous entendre sur une politique clairement à gauche, qui se fixe le cap de transformer la société en affrontant les marchés financiers et les logiques capitalistes. Or la politique actuelle du gouvernement ne prend pas cette direction, loin s’en faut. Et lorsqu’un ministre nie l’existence de la lutte des classes pour éviter d’avoir à y prendre position, cela ne peut pas nous rassurer. Mais entendons-nous bien, nous ne cherchons pas une posture en calculant son hypothétique rapport électoral. Nous voulons être utiles. Nous ne demandons qu’à nous féliciter de l’action du gouvernement, c’est pourquoi nous voulons être une force agissante pour gagner le changement. Nous voulons rassembler la gauche sur une politique de transformation sociale qui réponde aux attentes. Nous ne lâcherons rien dans le débat et dans l’action. L’accord national interprofessionnel, par exemple, doit être refusé par la gauche : il détruit les fondements du droit du travail et ouvre grand les portes à une précarisation massive déjà engagée. Nous rencontrons de plus en plus d’hommes et de femmes qui n’ont pas choisi la gauche pour cela et qui rejettent l’austérité qui leur est imposée. La contradiction n’est donc pas chez nous, qui allons porter des propositions offensives face à la crise de civilisation qui se déploie dans nos sociétés ; elle est chez ceux qui refusent de la combattre efficacement. Le Parti communiste va donc continuer à dire ce qu’il pense, à faire des propositions, à agir pour obtenir les victoires populaires que notre peuple est en droit d’attendre de la gauche après dix ans d’une politique de droite dévastatrice. Il faut de vraies ruptures, cela suppose le courage de déplaire aux marchés financiers pour répondre aux besoins humains. Nous voulons rassembler largement pour faire cela.

Les municipales sont dans toutes les têtes. Qu’ont décidé les délégués sur cette question d’importance au regard de l’implantation du PCF ?

Là aussi, nous voulons rassembler. Pour mettre en œuvre au plan local les politiques solidaires et démocratiques dont la gauche doit être porteuse. « Rassembler le plus largement possible sur des projets ambitieux qui placent chaque institution en position de répondre aux besoins », dit l’Humanifeste. Dans de nombreux endroits, nos élus cherchent à être utiles, avec nos valeurs, nos combats dans des équipes qui travaillent ensemble. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il y a des désaccords à gauche sur la politique nationale et européenne, et pourtant, nous essayons d’agir ensemble au plan local du mieux que nous le pouvons. Donc nous appelons au rassemblement sur des projets, et nous appelons d’ores et déjà à en dessiner les grandes lignes avec les citoyennes et citoyens de nos territoires. Avec les habitantes et les habitants, nous voulons faire des municipales un moment de nouvelles conquêtes politiques, où se réaffirmera le souhait d’une action publique et d’une démocratie locales fortes. C’est pourquoi nous allons également mener le débat sur les réformes institutionnelles qui nous sont annoncées, comme sur les restrictions budgétaires sans précédent que l’on veut imposer aux collectivités locales. Nous imaginons déjà pour le mois de juin des assises de la démocratie locale, dont nous voulons faire un événement majeur. Viendra le temps de décisions stratégiques locales, mais pour l’heure, il faut travailler à créer les meilleures conditions politiques pour que ces élections municipales soient utiles à notre peuple, dans toutes les communes de France.

Les communistes proposent d’engager la « saison 2 » du Front de gauche en initiant notamment une « coopérative citoyenne ». Comment la voyez-vous ?

Ce n’est pas une proposition à prendre ou à laisser. Notre texte en donne le profil : « un lieu où les apports et les expériences d’actrices et d’acteurs du mouvement social, associatif, intellectuel et culturel pourraient se croiser, chercher ensemble à produire du sens, et alimenter la recherche d’une nouvelle perspective politique ». Cela en dit beaucoup sur notre conception du Front gauche. C’est une forme politique nouvelle fondée sur l’ouverture, le mouvement, la rencontre. Nous ne voulons pas ossifier, monter une pyramide, remplacer les organisations politiques, c’est pourquoi nous proposons d’ouvrir un espace coopératif où puisse se produire le bouillonnement citoyen, social et intellectuel qui pourra vivifier encore notre démarche commune. C’est ce qui commence à se produire au plan local dans les assemblées citoyennes qui sont le cœur battant du Front de gauche. Nous voulons permettre à des hommes et des femmes de se saisir de politique pour changer leurs vies et changer le monde. Il faut donc inventer les formes politiques de cette révolution citoyenne. Partout se cherchent et s’inventent des alternatives, des mobilisations… Elles doivent pouvoir se retrouver au sein du Front de gauche. Écrire la saison 2, c’est prendre acte de tout le chemin déjà parcouru, et mesurer celui que nous pourrons parcourir encore dans les temps à venir. Nos objectifs, de rassembler la gauche sur une politique de transformation sociale sont encore devant nous, même si nous avons progressé dans cette direction. Il faut donc se donner les moyens de bousculer la donne, de faire grandir les rapports de forces dans la société. Il faut que les aspirations à vivre pleinement se frayent un chemin et que les propositions qui le permettent grandissent. La campagne pour une alternative à l’austérité, est déjà un épisode de la saison 2. Il ne faut pas voir cette nouvelle étape sous la forme d’une question de structuration, même si nous pouvons faire des propositions utiles de ce point de vue. La nouvelle étape, c’est faire grandir encore les fronts du changement, c’est aller vers un nouveau Front populaire. Et notre proposition d’une grande campagne « Et vous, quels changements de société voulez-vous ? », avec en perspective des assises du changement largement ouvertes, va dans cette direction.

Vous affichez l’ambition de « faire grandir les fronts du changement ». Sur quels sujets prioritaires ?

Je crois que nous les avons bien identifiés, mais d’autres surgiront dans l’actualité. Il y a l’austérité avec tout ce qui s’y rapporte : la réduction de l’intervention publique, l’état lamentable de la santé et de la protection sociale ou l’accord national interprofessionnel... Sur ce dernier point, c’est pour nous une bataille prioritaire. Dans le même ordre de priorité, il y a le droit de vote des étrangers sur lequel nous nous mettons en campagne avec d’autres, très largement. L’égalité des droits est un chantier prioritaire et Pierre Laurent a cité l’égalité entre hommes et femmes parmi les batailles sur lesquelles doivent venir des victoires concrètes rapidement. On pourrait y ajouter les questions institutionnelles. Il n’est plus possible de modifier les règles démocratiques à la petite semaine, sans les gens, pour des intérêts boutiquiers, sans se remettre en face des questions de notre temps et affronter le pouvoir de la finance. Il faut y ajouter l’enjeu éducatif avec des réformes annoncées qui se refusent à assumer une réelle ambition éducative et biaisent avec les questions posées. Tout cela pose en grand la question d’un nouvel âge des services publics et de l’appropriation sociale. Il y a également le défi écologique et en particulier celui de la transition énergétique qui a occupé une part importante de nos travaux. Il y a besoin d’un grand débat, mais aussi de volonté politique et de maîtrise publique sur ces questions.

Le sujet de la propriété des moyens de production est revenu avec force dans les débats avec l’actualité de l’industrie. Où en sont les communistes sur cette question ?

Nous pensons qu’un nouveau mouvement d’appropriation sociale et citoyenne est à l’ordre du jour. Nous sentons bien que ce mouvement se cherche et qu’il expérimente des formes nouvelles. Poser la question de la propriété, c’est poser la question du pouvoir. Nous avons déjà des propositions en ce sens, à propos des conseils d’administration des grandes entreprises par exemple, mais aussi concernant les unités de production que des grandes multinationales ferment ou mettent en vente, avec l’idée d’un droit de préemption. Nous parlons de services publics d’un type nouveau, profondément démocratisés, et évoquons également la question des nationalisations dont on ne saurait se servir comme d’un chiffon rouge. Il y a besoin de nationalisations, nous le voyons bien, dans le secteur des banques, des transports, de l’énergie… Mais nous devons pousser notre travail, c’est un sujet essentiel dans la définition de ce communisme de nouvelle génération dont nous avons parlé lors du congrès.

Les congressistes ont en effet fait le choix de travailler à un « communisme de nouvelle génération », quels en sont les contours ?

Le communisme de nouvelle génération, il ressemble à ce que nous avons entrepris ces dernières années, avec notre démarche offensive de rassemblement, avec ce parti investi de nombreux nouveaux adhérents, avec notre choix de l’humain d’abord, avec cette nouvelle époque, marquée par la crise, mais qui remet à l’ordre du jour des changements majuscules, avec la révolution citoyenne… Nous sommes bien des communistes d’aujourd’hui, et notre idéal, notre projet, nos valeurs, nous semblent trouver aujourd’hui une jeunesse nouvelle, une expression nouvelle. Il faut poursuivre et amplifier ce mouvement. C’est pour cela que nous avons décidé d’engager un grand chantier de travail sur notre projet communiste. L’Humanifeste en définit les grandes lignes. Nous voulons approfondir encore, et le rendre mieux audible, plus percutant dans notre manière de le concevoir et de le porter. Il y a des choses à creuser et nous voulons mieux indiquer de quelle manière il peut être mis en œuvre, construire les propositions à usage immédiat qui pourront faire sens. C’est un chantier exaltant et essentiel sur lequel nous voulons mobiliser toutes les intelligences disponibles.

 

Après le congrès tenu du 7 au 10 février, le nouveau conseil national du PCF
s'est réuni jeudi 14 février et a élu son comité exécutif :

Éliane Assassi, Caroline Bardot*, Lydie Benoist,
Patrice Bessac, Marc Brynhole, Laurence Cohen,
Jacques Chabalier, Éric Corbeaux,
Olivier Dartigolles, Isabelle De Almeida,
Pierre Dharréville, Yves Dimicoli, Elsa Faucillon,
Jean-Louis Frostin, Gilles Garnier, Frédérick Genevée,
Jean-Luc Gibelin, Bob Injey, Fabienne Haloui,
Danielle Lebail, Patrick Le Hyaric, Émilie Lecrocq,
Isabelle Lorand, Annie Mazet,
Christine Mendelshon, Jean-Charles Nègre,
Francis Parny, Denis Rondepierre,
Marine Roussillon, Lydia Samarbakhsh,
Véronique Sandoval, Pascal Savoldelli,
Nathalie Simonnet, Marie-Pierre Vieu.

* En italique, les nouveaux membres de l’Exécutif.

Dans cet exécutif, la coordination se compose de :
Éliane Assassi, Patrice Bessac, Lydie Benoist,
Jacques Chabalier, Olivier Dartigolles,
Isabelle De Almeida, Bob Injey, Jean-Charles Nègre,
Lydia Samarbakhsh, Marie-Pierre Vieu.

Il a aussi élu :
Jean-Louis Le Moing, trésorier
Isabelle De Almeida, présidente du CN.

La Revue du projet, n° 25, mars 2013

 

Il y a actuellement 1 réactions

  • je partage naturellement

    je partage naturellement beaucoup de choses concernant notamment les idéaux ? Cependant malgré tous nos efforts et tous nos élus , nous continuons de perdre du terrain.En revanche les idées du FN se répandent avec l'aide bien sur des thèmes lancinant que son la crise la dette et son corollaire la chasse aux assistés aux pauvres etc... Depuis bien longtemps la lutte ne paie plus celà dit si elles n'étaient pas menées nous serions revenus à encore pire Mais ces défaites successives rendent la mobilisation toujours plus difficile Il y a bel et bien une contradiction à s'allier avec le PS qui ne cesse de décevoir ses électeurs. Ce débat doit être posé , la démocratie au sein du parti c'est aussi cela.

    Par laurent michel, le 15 March 2013 à 18:10.