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Pour une agriculture sociale et progressiste, Jean-Luc Bindel*

L’agriculture et l’industrie agroalimentaire constituent des secteurs essentiels à notre économie nationale qui sont bradés sur l’autel de la « concurrence libre et non faussée », véritable dogme imposé par les sociétés transnationales auquel l’Europe, dominée par les mêmes intérêts capitalistes n’a même pas fait mine de résister.

E n acceptant d’inscrire l’agriculture dans les négociations de l’Organi­sation mondiale du commerce (OMC), les dirigeants européens, qu’ils soient de droite ou sociaux-démocrates ont capitulé sans combattre face aux exigences américaines, démantelant de façon systématique toute la Politique agricole commune qui était fondée sur la préférence communautaire. Le patronat de l’industrie agroalimentaire, celui de l’agrochimie ou de la distribution, ont ainsi privilégié, dans le seul but d’accroître leurs profits, l’approvisionnement au moindre coût, au mépris de la traçabilité, de la qualité des produits, laissant place à toutes les fraudes à grande échelle, à la multiplication des crises sanitaires, comme cela vient une énième fois d’être révélé par l’histoire des « lasagnes à la viande de cheval ».

Les milieux dirigeants de l’agriculture ont accompagné ces politiques et imposé leurs choix qui ont pour conséquence concentration des exploitations, utilisation irrationnelle des terres, productivisme et intégration européenne, soumission de l’agriculture aux intérêts des multinationales de l’agroalimentaire, de la chimie et de la distribution. Notre souveraineté et notre indépendance alimentaires sont remises en cause. Les conséquences sociales de ces politiques se mesurent par les restructurations et fermetures d’entreprises, la perte de dizaines de milliers d’emplois dans l’agriculture et l’industrie, la réduction constante du nombre d’exploitations agricoles.

Les besoins des salariés agricoles

Lors de la campagne pour les élections aux chambres d’agriculture, notre fédération a mis en avant des propositions concrètes pour une politique agricole nationale, créatrice d’emplois, respectueuse de l’environnement, structurante par l’aménagement du territoire, assurant un approvisionnement stable des populations en produits agricoles et alimentaires à des prix socialement acceptables, s’inscrivant dans la solidarité internationale.

La prise en compte des revendications sociales des salariés agricoles est essentielle pour atteindre ces objectifs. C’est ce qu’ont clairement signifié les salariés de la production agricole qui ont, avec 36% des voix, confirmé la CGT comme premier syndicat. La revalorisation des salaires et du vpouvoir d’achat est une nécessité sociale et économique.

80% des salariés de l’agriculture sont payés au SMIC, alors que les qualifications mises en œuvre, notamment par l’utilisation de produits phytosanitaires, de mécanisation, de conduite informatique des élevages par exemple, ne cessent de s’élever. La revendication d’un salaire minimum à 1 850 € et la reconnaissance des qualifications dans de véritables grilles hiérarchiques de salaires répond à cette nécessité. La précarité de l’emploi, les questions de logement et l’absence de transports publics en milieu rural sont autant de sujets pour lesquels la CGT avance des propositions concrètes pour développer l’emploi permanent et répondre aux besoins des salariés agricoles.

L’espérance de vie des salariés agricoles est en moyenne inférieure de six ans à celle d’autres catégories socioprofessionnelles, notamment du fait des mauvaises conditions de travail, de l’utilisation des produits phytosanitaires souvent sans réelle information sur leur dangerosité, et sans réelle formation. Notre revendication d’un accès gratuit à la santé et d’une retraite à 55 ans répond pleinement à l’exigence de justice sociale.

Le développement de l’agriculture et de l’agroalimentaire, la reconquête de notre souveraineté alimentaire, le renforcement de la qualité des produits et la sécurité sanitaire des aliments doivent s’appuyer sur des politiques répondant aux besoins des populations et non aux exigences de profits de quelques grands groupes qui, s’appuyant sur l’Europe, imposent de véritables carcans aux peuples. La renationalisation maîtrisée de la politique agricole doit permettre de reconquérir notre souveraineté alimentaire autour de la structuration de véritables filières agricoles et agroalimentaires répondant aux besoins économiques. Les politiques impérialistes d’utilisation de l’arme alimentaire pour imposer les politiques libérales aux peuples, ouvrir les marchés pour leurs sociétés transnationales, sont directement responsables de la mort, de la malnutrition, de la faim qui touchent 1 milliard d’êtres humains dans le monde. De par ses atouts agricoles, notre pays s’honorerait à impulser des formes de coopération internationale fondées sur la recherche de l’avantage mutuel, respectant le droit à la souveraineté des peuples, répondant aux revendications sociales des salariés agricoles et de l’agroalimentaire.

Engager résolument des politiques en rupture avec les logiques capitalistes de recherche du profit, en donnant des droits nouveaux aux travailleurs, agir pour une agriculture répondant aux besoins des peuples, c’est cela construire une agriculture sociale et progressiste.

*Jean-Luc Bindel est secrétaire général de la Fédération nationale agroalimentaire et forestière (FNAF) CGT.

La Revue du projet, n° 25, mars 2013
 

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