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Produire mieux pour manger tous, sans épuiser les sols, Gérard Le Puill*

Les défis majeurs auxquels vont être confrontées les agricultures du monde en ce XXIe marqué par le réchauffement climatique ne seront relevés qu’en utilisant le triptyque suivant : souveraineté alimentaire, règle verte et planification écologique.

«On peut exploiter indéfiniment des ressources renouvelables pour autant qu’on les emploie à un niveau inférieur à celui de leur régénération sous peine sinon de les épuiser comme l’or de la mine. Si toutefois on exploite les forêts, les poissons et la terre arable à des taux dépassant leur taux de renouvellement, eux aussi sont menacés d’extinction, tout comme l’or de la mine ».

En deux petites phrases, dans son livre Effondrement, le géographe américain Jared Diamond nous éclaire sur les enjeux agricoles et alimentaires du XXIe siècle. Ces enjeux sont mondiaux. Mais les solutions seront multiples, variées et surtout locales. À condition de définir des politiques qui favorisent leur mise en œuvre. Nous sommes soumis au défi de produire plus tout en prenant soin d’améliorer l’état des terres agricoles au lieu de les épuiser comme aujourd’hui par des monocultures de rente.

Valoriser au mieux les richesses nichées dans la diversité des territoires

Dans la campagne pour l’élection présidentielle de 2012, Jean-Luc Mélenchon a parlé de « règle verte » et de « planification écologique ». Il s’agit là de deux concepts essentiels auxquels il convient d’ajouter un troisième : la souveraineté alimentaire. La France peut, en utilisant ces trois leviers, jouer un rôle pionnier au sein de l’Union européenne pour définir une politique agricole commune qui valorise au mieux les richesses nichées dans la diversité des territoires. Ce qui suppose des complémentarités et des coopérations intelligentes en lieu et place d’une concurrence intracommunautaire et mondiale de plus en plus dévastatrice.
Un colloque, tenu à Paris le 18 décembre à l’initiative du ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, a donné la parole à des paysans qui ont opté pour la systématisation des bonnes pratiques agronomiques à la fois productives et économes en intrants chimiques et énergétiques. C’est ce qu’ont montré des éleveurs qui cultivent les légumineuses pour produire du lait et de la viande à moindre coût comme des céréaliers qui améliorent la structure et l’état de leurs sols par le non labour. C’est aussi le cas des arboriculteurs qui ont appris à réduire l’utilisation des produits chimiques.
Alors que les carburants et les engrais chimiques vont être de plus en plus chers tandis que le réchauffement climatique rendra les récoltes annuelles de céréales plus aléatoires, il va falloir réapprendre à cultiver la diversité dans la proximité. Dès lors, la souveraineté alimentaire doit être vue comme le droit pour un pays d’utiliser de façon durable le potentiel diversifié de son agriculture pour nourrir sa population sans pour autant opter pour l’autarcie. Pour la France, cela consiste notamment à rechercher l’autosuffisance en production de viande bovine, ovine, porcine et de volaille. Mais en nourrissant ces animaux avec de l’herbe et du grain, voire des fruits de certains arbres comme le châtaignier, produits sur le territoire national. Ce qui n’est que très partiellement vrai aujourd’hui en raison des importations massives de tourteaux de soja.
Alors que la discussion sur la réforme de la Politique agricole commune pour la période 2014-2020 entre dans sa phase décisive en ce premier semestre 2013, la France devrait faire des contre-propositions susceptibles de favoriser la souveraineté alimentaire, la règle verte et la planification écologique en partant des propositions du commissaire Dacian Ciolos en charge de l’agriculture.

Une actualité essentielle : la négociation sur la nouvelle politique agricole commune

Un premier succès a été obtenu avec l’accord de la commission – après quatre ans de bataille à contre-courant – pour maintenir dans une version amendée les droits de plantation en viticulture. Par ailleurs, plutôt que d’accepter telle quelle la proposition de la commission d’imposer un minimum de trois cultures sur chaque exploitation céréalière en limitant la plus importante à 70 % de la superficie de l’exploitation et en hissant la plus marginale à 5 %, il faudrait une réforme qui impose de produire davantage de protéagineux et d’oléagineux de manière à ne plus dépendre du soja importé, transgénique de surcroît.
Plutôt que d’accepter de sortir 7 % des terres agricoles de la production par diverses mesures dites « agri-environnementales » – mais non réfléchies car tout droit sorties des cerveaux embrumés des idiots surdiplômés qui peuplent la Direction générale de l’agriculture à Bruxelles – il faudrait que la France proposât que l’agro-écologie et l’agroforesterie fussent aidées par la PAC en orientant une partie des aides pour promouvoir la mise en place de haies et de rangées d’arbres dans les plaines céréalières. On renforcerait ainsi le captage du carbone par les terres agricoles. On enrichirait les sols par les éléments nutritifs que les arbres puisent dans la roche mère pour les restituer en surface. On purifierait l’eau qui migre vers les nappes phréatiques car les racines des arbres récupèrent l’azote que les céréales n’ont pas consommé. Les essais réalisés sont assez probants pour affirmer que cette forme d’agroforesterie sera un atout majeur pour produire plus en freinant le réchauffement climatique.
Nous voyons donc qu’il est possible d’avoir une application concrète de « la règle verte » en agriculture. Quant à la planification écologique, elle pourrait trouver sa concrétisation dans des contractualisations entre les producteurs, les transformateurs et les metteurs en marché, quitte à légiférer en ce sens. Ces contractualisations existent déjà pour les cultures de légumes destinées à la conserve et à la surgélation. Il est possible de les étendre à beaucoup d’autres productions. 

*Gérard Le Puill est journaliste honoraire et spécialiste des dossiers agricoles.

La Revue du projet, n° 25, mars 2013
 

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