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Bon pour la casse, Les déraisons de l'obsolescence programmée, Serge Latouche

Les liens qui libèrent, 2012.

Par Florian Gulli

Un thème fait son entrée dans les textes du PCF, en l’occurrence dans la base commune proposée par le Conseil national. Il s’agit de « l’un des choix stratégiques les plus symboliques de l’absurdité du système : l’obsolescence programmée qui voit des entreprises produire des biens à durée de vie volontairement déterminée pour fidéliser, en quelque sorte, leur clientèle… ».
Dans Bon pour la casse, Serge Latouche se propose de décrire l’histoire et la logique de l’obsolescence, tant celle-ci est au cœur de notre système économique. L’obso­lescence programmée consiste pour un fabricant à concevoir des produits dont la durée de vie est limitée grâce à l’introduction de tel ou tel dispositif technique. « Il peut s’agir, par exemple, d’une puce électronique insérée dans une imprimante afin que celle-ci se bloque après 18 000 copies, ou d’une pièce fragile dont on prévoit qu’elle provoquera la panne de l’appareil à l’expiration de la durée de garantie ». À cela il faut ajouter ce que l’auteur nomme une « obsolescence psychologique » désignant le vieillissement prématuré des marchandises provoqué par la publicité.
L’obsolescence est nécessaire économiquement, parce qu’en tant qu’incitation à la consommation, elle est la condition de l’écoulement des marchandises, elle est le moyen d’ajourner les crises et donc de perpétuer le système capitaliste. Les profits se portent mal lorsque nous ne renouvelons pas nos équipements. Mais elle obéit aussi à une logique politique explicitement formulée par les milieux d’affaires américains dès le milieu des années 1920. La consommation a été conçue comme un moyen de détourner l’insatisfaction populaire de la contestation de l’ordre capitaliste ; la consommation comme « réponse au bolchevisme ».
La difficulté vient de ce que l’obsolescence a aussi un rôle social : elle « devient une nécessité pour lutter contre le chômage ». Le vieillissement prématuré est peut-être choquant éthiquement ; il n’en reste pas moins qu’il fait tourner l’économie et crée des emplois. Pour Serge Latouche, cet argument n’est pas concluant car il omet de comptabiliser les emplois que l’obsolescence détruit, ainsi que ceux dont elle entrave le développement. Il propose finalement de substituer à la logique écologiquement mortifère du renouvellement, celle de « la durabilité, [de] la réparabilité et [du] recyclage programmé des produits », ce qui ne manquerait pas de faire apparaître de nouveaux types d’emplois.

 

La Revue du projet, n° 24, février 2013

 

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