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La mémoire d’Auschwitz en Bande dessinée

K&L Press.
Par Ernest Brasseaux
Des bandes dessinées sur Auschwitz. C'est le pari lancé par une maison d'édition indépendante polonaise, fondée par Beata KŁos et Jacek Lech, guides au camp d'Auschwitz, sous le titre générique Épisodes d'Auschwitz : www.episodesfromauschwitz.pl
Les scénarios partent de faits réels ayant eu lieu dans la vie du camp. Ces BD, écrites en polonais, sont ensuite traduites en diverses langues, ce qui n'est pas si simple, car il faut savoir employer des mots d'époque aujourd'hui disparus, notamment d'allemand ou d'argot des camps, sans pour autant devenir incompréhensible au lecteur moderne. Il en existe pour le moment une en français : Amour dans l'ombre de la mort. En plus de la bande dessinée proprement dite, chaque volume contient une petite présentation du contexte historique lié à la thématique (deux ou trois pages), un glossaire du vocabulaire spécifique du camp, ainsi que des micro-biographies des gens nommés dans la BD. L'ensemble nous paraît bien réussi, pédagogique, alliant sens du scénario, clarté, images dynamiques. On regrettera seulement que, dans certains volumes (pas tous), les auteurs polonais semblent mettre dans le même sac de dictateurs et des tortionnaires, d'une part les nazis, et d'autre part ceux qu'ils appellent « les communistes » (lire les staliniens, dont il n'est certes pas question de taire les agissements) : de telles confusions (patriotisme ou nationalisme ?), peuvent s'expliquer au vu de l'histoire de la Pologne, mais n'en sont pas moins à éviter.Les numéros 3 et 4 suivants, en cours de traduction, mais publiés en polonais, portent respectivement sur le P. Maximilien Kolbe, c'est-à-dire aussi sur le double défi de l'Église catholique et de l'antisémitisme, et sur les Sonderkommandos. L'un des objectifs des auteurs est de trouver de nouveaux moyens de transmission de la mémoire, à l'heure où les derniers survivants disparaissent. Les contenus de ces BD sont discutés avec les survivants et les historiens ; la partie fiction qu'elles renferment ne change en rien le cours de l'histoire. C'est un parti courageux qui s'attaque aussi à des questions délicates souvent éludées.

La Revue du projet, n° 24, février 2013
 

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