La revue du projet

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Débats à gauche, Patrick Coulon

La victoire de l’ensemble de la gauche contre Sarkozy, et l’exercice du pouvoir par une partie d’entre elle (PS, EELV) réactive le débat sur le sens d’une politique de gauche et à gauche. La crise exaspérant l’acuité de la confrontation. Une série d’ouvrages en témoignent.

Combats autour de l’histoire des gauches

Le livre de Jacques Julliard Les gauches françaises : 1762-2012 : histoire, politique et imaginaires se veut la première synthèse sur les gauches françaises, du XVIIIe siècle à nos jours, des philosophes des Lumières à François Hollande. Il interprète l’auteur est une figure emblématique de la « seconde gauche » celle de Rocard et DSK ce que la gauche a retenu de chaque période historique : l’idée de progrès du XVIIIe siècle finissant, les droits de l’homme de la Révolution, le parlementarisme de la monarchie censitaire, le suffrage universel de 1848, la laïcité de la IIIe République, la civilisation du travail du Front populaire, la patience du pouvoir de François Mitterrand. Pour finir, il distingue quatre gauches : libérale, jacobine, collectiviste, libertaire. L’arrière-plan intellectuel de chaque période est éclairé par des «portraits croisés», à l’imitation de Plutarque - de Voltaire et Rousseau en passant par Robespierre et Danton, Lamartine et Hugo, Clemenceau et Jaurès, jusqu’à Sartre et Camus, et enfin Mendès France et Mitterrand… Une vision à la fois historique et anthropologique.
On ne sera pas surpris de l’analyse caricaturale du « courant » collectiviste (comprendre communisme) lequel est né d’une tare utopique, doublée d’une vision césariste de l’économie, adepte d’une gestion centralisé et autoritaire de la société. Ce courant de la gauche est en échec. Passons sur quelques inepties à propos du clivage gauche/droite et transfert de l’électorat communiste vers l’extrême droite (invalidé par toutes les enquêtes sérieuses).
Il n’empêche que certains défis pointés pour l’avenir de la gauche méritent attention : la place des individus, l’affrontement avec la finance, le renouvellement nécessaire de la démocratie.

Gauche et mouvements sociaux

Peut-on réfléchir aux débats qui traversent et taraudent la gauche en passant sous silence l’évolution des mouvements sociaux ? Même si le but de ce copieux ouvrage n’est pas de répondre à cette question
L’ouvrage Histoire des mouvements sociaux en France de 1814 à nos jours, dirigé par Michel Pigenet et Danielle Tartakowsky, vient à son heure combler une lacune et relever un défi. Il semble désormais possible et nécessaire d’ entreprendre l’histoire hexagonale des mouvements sociaux. Possible, car les travaux existent qui permettent d’en renouveler l’approche comme d’en explorer des aspects inédits. Nécessaire, parce que, de nouveau, la question sociale, mondialisée dans ses causes et ses manifestations, revient en force sur le devant de la scène publique, en quête d’interprétations, de relais, de connexions et de solutions.
L’histoire développée ici s’attache, du XIXe siècle à nos jours, à tous les types de mouvements sociaux – révolutions, rébellions, émeutes, grèves, campagnes électorales, pétitions, etc. – et quels qu’en soient les acteurs, ouvriers, paysans, jeunes, catholiques, minorités sexuelles, etc.
L’ouvrage tente de cerner l’articulation du social avec le politique, le culturel, l’idéologique et le religieux. Les auteur-es entendent réintégrer les mobilisations collectives dans une histoire globale dont elles furent et demeurent des moments essentiels.

2012, et après quel avenir pour la gauche ?

Le numéro 60 de la revue Vacarme, paru dans la foulée de la défaite de Sarkozy anticipait : « 2012 n’est pas le symétrique inversé de 2007. Il y a cinq ans, la victoire de l’UMP, ample, était celle d’une droite conquérante qui remportait l’élection parce qu’elle avait gagné la bataille des idées. Aujourd’hui, la victoire de François Hollande est trop étriquée pour qu’on puisse croire à un succès idéologique. Du coup, inquiétude pour les cinq ans à venir, et pour le coup d’après. Inquiétude, d’abord, parce que nous sommes dans un pays cassé en deux, dont la moitié du corps électoral était prête à remettre ça, la xénophobie ne la révulsant visiblement pas. Mais inquiétude, aussi, parce que deux scénarios dominants s’esquissent aujourd’hui à gauche, inaptes à conjurer le danger de la victoire en 2017 d’une droite extrême (rassemblement bleu marine ou UMP alignée) : d’un côté, le scénario qu’on appellera « gestionnaire », de l’autre le scénario qu’on appellera « identitaire » ; d’un côté la stratégie d’une gauche de gouvernement qui croit pouvoir apaiser la société par une « présidence normale » et une gestion rigoureuse en faisant l’économie d’une refondation idéologique ; de l’autre la proposition d’une certaine gauche intellectuelle, autoproclamée « populaire », attelée à un projet de refondation idéologique, qui valide en réalité les postulats de l’adversaire.
Les auteurs tentent de démontrer que ce serait triplement suicidaire : pour des raisons, tactique, stratégique et enfin intellectuelle.
La revue renvoie dos à dos ceux qui s’enferment dans le faux dilemme : opter pour une gauche « bien pensante », ou opter pour une gauche « revenant » vers les catégories populaires mais en donnant des gages à la droite voire l’extrême droite.
On la suivra dans son affirmation : « une conception purement électorale et gouvernementale de la société, conçue pour gouverner mais qui paradoxalement, si elle l’emportait intellectuellement, mènerait tout droit la gauche à l’échec en la coupant de son moteur historique : la vitalité d’un social clivé. »
« il n’est pas besoin non plus d’aller réinventer la lune, les grandes lignes sont déjà posées depuis longtemps et sont évidentes : aujourd’hui l’enjeu est d’articuler la question des luttes minoritaires à la question sociale et à la question écologique ».
Philippe Corcuff s’est également inscrit dans le débat avec un opuscule La gauche est-elle en état de mort cérébrale ? Ce petit texte que l’auteur présente lui-même comme un pamphlet pose un a priori « La gauche est devenue électoralement dominante à un moment avancé de sa décomposition intellectuelle. » À partir de ce constat par lui-même dressé Philippe Corcuff réagit de manière pamphlétaire. Sont donc passés à « la moulinette de la critique » à l’heure ou prend fin l’état de grâce de François Hollande les « logiciels » de la non pensée de gauche (les séductions des théories) du complot, le « logiciel collectiviste » contre les individus du XXIe siècle entre autres. Corcuff fustige également les « impensés » citons notamment l’économisme et la religion de la croissance, la professionnalisation politique, les dérives « républicardes », « laïcardes » et nationalistes, la diabolisation des média. On pourra toujours opposer à l’auteur certaines outrances il cible certains chantiers pour les forces émancipatrices. Il est dommage que l’impasse, le silence soit fait sur les recherches en cours du côté du Parti communiste.

Une perspective communiste

On peut considérer le dernier ouvrage de Pierre Laurent, Maintenant prenez le pouvoir, comme un apport au débat sur les orientations de la gauche et au-delà sur la crise, les obstacles au changement, les points d’appuis pour l’imposer ; Il parie sur la capacité du peuple à investir la politique. Extrait… « La campagne électorale du Front de gauche a réveillé une envie d’intervention. Elle a donné la possibilité à des centaines de milliers de personnes d’investir leurs compétences, leurs engagements, leur volonté de retrouver prise sur leur travail, sur leur vie dans un nouvel espace politique. [...] Le Front de gauche a été fondé à l’initiative de militants socialistes et communistes qui entendent bien disputer la question du pouvoir, au gouvernement comme dans toutes les institutions démocratiques, à ceux qui, à gauche, se satisfont du jeu de l’alternance entre l’ultralibéralisme et le social libéralisme. [...] Nous proposons à la gauche un chemin nouveau. Ne pas l’emprunter dans ce contexte de crise, c’est prendre un risque majeur. À l’inverse, nous sommes persuadés que la dynamique que nous avons enclenchée est celle qui a le plus d’avenir à gauche. »

Bibliographie
• Jacques Julliard, Les gauches françaises : 1762-2012 : histoire, politique et imaginaire, Flammarion.
• Michel Pigenet, Danielle Tartakowsky (Dir.), Histoire des mouvements sociaux en France de 1814 à nos jours, Éditions de La Découverte.
• La revue Vacarme, n°60.
• Philippe Corcuff, La gauche est-elle en état de mort cérébrale ? Textuel.
• Pierre Laurent, Maintenant prenez le pouvoir, Éditions de l’Atelier.
• Jean Lojkine, Une autre façon de faire de la politique, Le temps des cerises.

À signaler également
• Bruno Trentin, La cité du travail. Le fordisme et la gauche, Fayard.
• Changer vraiment ! Quelles politiques économiques pour la gauche ? Note de la Fondation Copernic.
• Bernard Maris, Plaidoyer (impossible) pour les socialistes, Albin Michel.
• Jean-Christophe Cambadélis, La troisième gauche, Du Moment.
• « La crise et la gauche - conséquences sociales et politiques de la crise financière mondiale », L’annuaire socialiste.

La Revue du projet, n° 24, février 2013
 

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