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Le chômage augmente. Oui, mais pas partout ! Michaël Orand

PSA, Sanofi, Virgin, Renault… Chaque jour qui passe vient ajouter un nouveau plan social à la longue litanie de suppressions de postes qui occupent l’actualité économique depuis maintenant plusieurs mois. Dans un tel contexte, et malgré les incantations répétées du gouvernement sur le renversement de la courbe du chômage, difficile d’imaginer que les chiffres de l’emploi soient bons.

Et en effet, les statistiques de l’Insee sont sans appel (graphique 1) : entre 2005 et 2012, le taux de chômage en France a crû de façon malheureusement impressionnante. En fait, il faut revenir à 1999 pour trouver une situation où le taux de chômage était supérieur à celui que la France connaît actuellement.

Derrière ces courbes bien connues, une question reste en suspens : ces nouveaux chômeurs, ces emplois supprimés, qui sont-ils ? On connaît évidemment les figures les plus médiatiques, la plupart du temps des ouvriers subissant de plein fouet la désindustrialisation qui se poursuit, et s’accentue même avec la crise. Mais des milliers d’autres n’ont pas la chance de bénéficier de la même couverture médiatique que les Conti.

L’observatoire des Zones urbaines sensibles (Onzus), dans son dernier rapport annuel, nous fournit une première indication pour connaître un peu mieux ces nouveaux chômeurs. Le rôle de cet observatoire est, entre autres, de mesurer les écarts socio-économiques entre les Zones urbaines sensibles (Zus), soit les quartiers les plus défavorisés du tissu urbain français, ou, pour faire court, les cités de banlieues. Parmi les indicateurs que l’Onzus analyse chaque année dans son rapport se trouve évidemment le taux de chômage. Et le cru 2012 n’est pas très rassurant quant à l’évolution de l’emploi dans les quartiers.
En effet, alors que dans les quartiers urbains hors Zus, le taux de chômage est stable depuis 2009, il explose dans les Zus (graphique 2) : 18,5% en 2009, 21,9% en 2010 et 22,7% en 2011. Près d’un actif sur quatre est au chômage dans les quartiers sensibles !

On savait qu’en temps de crise, les personnes les plus exposées sont souvent celles dont la situation dans l’emploi est déjà fragile : travailleurs faiblement qualifiés, jeunes et femmes en particulier. De par leur situation sociale déjà défavorisée, il était donc évident que les Zus seraient sévèrement touchées par l’augmentation du chômage. Mais ce que montrent les chiffres de l’Onzus va encore plus loin : en moyenne, les habitants des quartiers sensibles sont les seuls à subir cette augmentation du chômage.

Alors, oui, le chômage augmente en France, cela n’étonne malheureusement personne. Mais il n’augmente pas partout pareil, et il faut prendre conscience rapidement de la situation dans laquelle se trouvent actuellement les quartiers sensibles des villes de France, avant le franchissement d’un point de non-retour.

La Revue du projet, n° 24, février 2013
 

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