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Nauséabond

Il s’agit là d’un terme très fort au sens propre. On l’entend aussitôt dès qu’on y prête attention : nauséabond, c’est ce qui donne la nausée. L’image est saisissante : c’est tellement horrible que ça fait vomir « ça me fait gerber ! » dit-on parfois avec émotion. Les dictionnaires précisent bien la dimension sensorielle du terme, dimension essentiellement olfactive mais aussi, secondairement, gustative. Pourquoi dès lors y voir un mot piégé ? C’est surtout son emploi paresseux qui interroge, un emploi usé jusqu’à la corde où ce mot au sens propre très fort se trouve, par son emploi mécanique, doté d’un sens finalement très faible. Dès qu’il est question de xénophobie, de racisme ou d’homophobie, aussitôt surgit « nauséabond », mot qu’on utilise à peu près jamais en dehors de ces cas. On peut donc se demander pourquoi ces affaires ne seraient pas tout simplement « injustes », « scandaleuses » ou encore « révoltantes » ? Pourquoi spécifiquement « nauséabondes » ? Pourquoi le racisme serait un parfum et l’homophobie une odeur ? Pourquoi pas des positions politiques aussi fermes que les autres ? On ne combat pas une fragrance, on l’inhale, avec plaisir ou dégoût. Or racisme et homophobie ne s’inhalent pas ; ils méritent bien qu’on les combatte résolument.

La Revue du projet, n° 24, février 2013
 

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