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Recomposition politique à droite, crise à gauche

Ces dernières semaines ont vu l’exacerbation de la querelle à l’UMP et la prise de distance à gauche, et même à l’intérieur du PS, avec la politique de François Hollande.

La crise à l’UMP perdure

J.-C. Gallien, professeur associé à l’université de Paris I-Sorbonne, remarque (La Tribune 14/12) « L’UMP se déportant vers la droite, que va faire Marine Le Pen qui avait tendance, plutôt à
se recentrer ? Plus à droite ou des alliances ? Elle compte sur les euro­péennes pour se refaire et préparer, avec de nouveaux moyens et de nouveaux visages, la prochaine séquence nationale qui sera son grand rendez-vous, en 2017. Pendant ce temps, le cœur des centres semble se déporter lui aussi vers la droite et battre désormais du côté de l’UDI, sorte d’UDF en réduction. Un mouvement encore mosaïque mais déjà prêt à recevoir notamment les anciens de la Giscardie qui avaient, depuis dix ans, pris leurs quartiers électoraux et de gouvernement du côté de la maison Sarkozy. L’autre versant des centres, le Modem, par l’intermédiaire de son leader, se rapproche de François Hollande. » « Le bras de fer sans fin entre J-F. Copé et F. Fillon nuit aux deux protagonistes. Le “président proclamé” a aggravé sa réputation d’homme de pouvoir sans scrupule tandis que l’ancien Premier ministre peut être vu comme un mauvais perdant chicaneur. » estime E. Dupin (Slate.fr 7/12) Il note « Malgré la crise qu’ils endurent, assez peu de militants de l’UMP rejoignent le FN. » Pour Dupin, « la France est un pays trop politisé pour que l’impuissance croisée de la droite et de la gauche ne soit pas potentiellement explosive. » Ce n’est pas l’opinion de N. Lebourg (Politis 7/12) « Quel que soit le futur de l’UMP, une part de son électorat lui fera payer la note. » Son affaiblissement « va le mettre en mauvaise posture pour les élections de mi-mandat, qui devraient être profitables au parti frontiste. D’où la tentation d’alliances de circonstances avec le FN. » Il affirme que « la droite française n’a plus de colonne vertébrale idéologique, elle est ouverte aux quatre vents. Les droites pensent qu’en se crispant sur les questions sociétales et migratoires elles peuvent répondre à la poussée de demande autoritaire induite par la crise. En France, la droitisation fait perdre la droite depuis 2007. »

Le PS malmené par la politique de l’exécutif

« Les députés socialistes n’ont pas seulement applaudi Arnaud Montebourg, cette semaine, parce qu’il avait été traité durement par le Premier ministre, ils ont aussi exprimé leur malaise vis-à-vis de choix économiques qui les laissent en partie désarmés. » relève
C. Cornudet (Les Échos 7/12). M. Wieviorka critique la difficulté de déceler une inspiration de gauche claire. (Marianne2 10/12) « En fait, deux références principales viennent tenir lieu de colonne vertébrale au pouvoir actuel. La première est celle de l’expertise et du savoir-faire technocratique. Deuxième référence : la République. Le discours, ici, se fonde sur des promesses républicaines d’ordre et de sécurité. Pire : l’une comme l’autre peuvent susciter de nouveaux problèmes. La première ne peut que créer ici et là d’intenses déceptions, et, de là, des difficultés politiques considérables. La seconde, risque de s’autonomiser pour devenir un mélange inefficace de répression
et d’incantation idéologique. » G. Grunberg remarque que « ce “tournant” ne sera pas du tout du goût de la base du Parti socialiste et de sa représentation parlementaire. L’assise politique de François Hollande apparaît dangereusement étroite. Le gouvernement qui doit affronter à la fois la droite de gouvernement et tous les extrêmes, de gauche comme de droite, ne disposera que du soutien d’un Parti socialiste fondamentalement branlant. » Il poursuit, « Il va être très compliqué pour François Hollande de convaincre ses troupes de se rallier à cette politique “libérale” qui est à l’inverse de ce qu’elles souhaitent et cette difficulté sera d’autant plus grande que les socialistes n’y ont pas été préparés. Cette politique n’est non seulement pas aimée par le Parti socialiste mais elle-même rejetée et pas uniquement par la gauche du parti. » Il rappelle qu’« il n’est plus possible de traiter les affaires intérieures en dehors de l’environnement européen ou des marchés. Or c’est précisément cette emprise que la gauche du parti récuse. » Le « clivage entre Européens et souverainistes » poursuit-il « est orthogonal au clivage gauche/droite et le problème dans les deux camps est d’arriver à faire triompher en leur sein respectif l’optique européenne. De ce point de vue, force est de constater qu’il y a moins de différence en termes de politique économique entre le PS et l’UMP qu’entre le PS et l’extrême gauche ou entre l’UMP et le Front national. Pour autant, s’il n’y a plus de véritable distinguo entre la gauche et la droite du point de vue des politiques économiques, il y a encore des idéologies, des histoires, des cultures de gauche et de droite. » J.-C. Gallien (La Tribune 14/12) analyse « Les fissures au sein des socialistes de “gauche” et de “droite” du gouvernement deviennent des fractures et les “associés” même gouvernementaux d’Hollande et Ayrault ne s’y trompent pas, dépassant, dans leurs commentaires, la critique pourtant sans retour, il y a peu, à leurs yeux de “social démocrate” pour verser dans un président devenu “social libéral” ! Ainsi les Verts à la faveur de ce glissement général semblent se chercher un point de rupture entre Notre-Dame-des-Landes, Florange, le Pacte de compétitivité, le nucléaire,... comme pour se créer les conditions d’un divorce, au moins temporaire, avant les municipales et surtout les européennes de 2014. Tout cela semble créer aussi une ouverture pour le Front de gauche qui tant au Sénat que dans la rue et les médias, entre PC et Jean Luc Mélenchon, se pose en opposant assumé. »

Réflexions sur le « Hollandisme »

Laurent Bouvet (Le Monde 10/12) juge que François Hollande avance avec pragmatisme et prudence. Il définit peu à peu un socialisme moins révolutionnaire et davantage tourné vers le compromis. « Le dernier épisode en date, celui de Florange, en a donné un exemple paroxystique. Le président de la République a semblé donner raison à la fois à Arnaud Montebourg et à Jean-Marc Ayrault. » Il considère que « cette pratique du pouvoir, met en lumière un deuxième trait caractéristique du hollandisme : le refus de tout a priori idéologique. L’ancrage du chef de l’État dans le réformisme, dans une perspective sociale-démocrate, à la manière des pays du Nord de l’Europe, est indéniable. Le hollandisme se propose d’entériner, dans la pratique du pouvoir, la fin de l’histoire d’une gauche française marquée par des renoncements aussi spectaculaires que ses promesses. En résumé, de ne promettre que ce que l’on peut raisonnablement tenir, et de gagner, autant que possible, tout ce que l’on peut obtenir. » « C’est quelqu’un qui a une étiquette socialiste, qui a un programme social-démocrate et qui a une politique sociale libérale », lance A. Duhamel. « Son Bad-Godesberg, cela fait longtemps qu’il l’a fait dans sa tête, dans les années 80. » raconte S. Raffy. P. Plassard souligne : « En adoptant le pacte de compétitivité, Hollande s’est rallié à la politique de l’offre de soutien aux entreprises. Il ferme pour un temps toute velléité de relance économique par la demande venant des rangs de la gauche. » « La grande habileté d’Hollande par rapport au programme socialiste a été d’avoir ancré sa campagne dans le respect scrupuleux de l’engagement français de réduire les déficits », analyse E. Cohen. (Nouvel économiste 7/12)
J.-C. Gallien résume ainsi la situation (La Tribune 14/12) : « [c’est une] crise de recomposition générale ou de décomposition opportuniste en vue de la préparation des scrutins de 2014, et par ambitions pour 2017 ? On en oublierait presque la crise économique et ses maux. »

 

La Revue du projet, n° 23, janvier 2013

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