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De l’agriculture à la ruralité 2012, Syndicat national de l’enseignement technique agricole public (SNETAP-FSU)

Par Augustin Palliere
Ce petit livre réunit les actes des journées d’étude du SNETAP-FSU qui se sont déroulées l’an passé. Les diverses contributions aux débats sont d’abord retranscrites. Il faut saluer l’effort du syndicat pour associer tous les forces progressistes du monde agricole et rural dans leur réflexion : associations de producteurs et de consommateurs, syndicats agricoles, partis politiques, universitaires... autant de portes d’entrée pour saisir les enjeux de l’agriculture et de la ruralité en France. On est donc très loin du corporatisme étroit et le syndicat porte une vision résolument ouverte de l’enseignement agricole aujourd’hui.
Le constat est connu : le modèle agricole mis en place à la sortie de la Seconde Guerre mondiale repose sur la concentration des exploitations, l’intégration des paysans dans les filières de  l’agribusinness, l’hyperspécialisation des territoires et une dépendance croissante dans les énergies fossiles. Ce modèle aujourd’hui se fissure : les paysans sont partout surendettés, les jeunes ne peuvent plus s’installer, la pollution des sols et des nappes entraîne des conséquences à long terme. Contre le schéma d’une agriculture duale (d’un côté une agriculture productiviste, polluante et exportatrice, de l’autre une agriculture de conservation portée à bout de bras par les aides publiques), il y a un autre modèle à inventer, celui d’une agriculture productrice d’aliments, d’emplois et de liens dans les territoires.
Pour relever ce défi, l’enseignement agricole public peut jouer un rôle central. Il s’agit notamment de faire évoluer auprès des élèves l’image de ce qu’est la « modernité » en agriculture : « la valeur d’une exploitation ne se mesure pas uniquement à la puissance du tracteur sous le hangar ». S’il faut préparer un nouveau modèle d’agriculture pour demain, il faut bien sûr faciliter l’installation de nouveaux paysans mais aussi donner envie aux jeunes (issus d’une famille d’agriculteurs ou non, comme 80 % des élèves de l’enseignement agricole public) de s’installer.
Et si longtemps l’enseignement agricole a prolongé le modèle d’intégration capitaliste du secteur paysan, c’est parce que le contenu des enseignements, et au-delà le ministère lui-même, est inféodé au lobbying de l’industrie agroalimentaire et des dirigeants du syndicalisme majoritaire. Cette inféodation se traduit par un enseignement agricole focalisé sur les problèmes techniques « agricolo-agricoles » visant l’employabilité des futurs travailleurs. Les futurs paysans, et salariés agricoles, n’auraient donc le droit qu’à un enseignement « professionnel » que seuls des « professionnels » seraient à même de leur délivrer. On comprend que les enjeux de la défense de l’enseignement agricole public, aujourd’hui menacé dans sa spécificité notamment par la concurrence organisée d’organismes de formation par alternance sans visée émancipatrice, dépassent le cercle des fermes et des champs.

La Revue du projet, n° 23, janvier 2013
 

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