La revue du projet

La revue du projet
Accueil
 
 
 
 

Héros et héroïnes de la Révolution française, Serge Bianchi

Comité des travaux historiques scientifiques, 2012.
 

Par Côme Simien
La Révolution française marque l’avènement de héros d’un genre nouveau, anonymes d’hier propulsés sur le devant de la scène par leur engagement dans le siècle. L’étude de leurs processus d’héroïsation restait pourtant à mener.
Les auteurs nous rappellent que le héros est l’homme de « l’instant salvateur », un martyr qui défend la cause qu’il croit juste au prix de sa vie. Or, durant cette période, la nation en produit à un rythme inégalé. Ceci s’explique d’abord par le besoin de définir une identité républicaine légitime. La République n’a pas encore d’histoire à célébrer, mais il n’est plus acceptable pour elle de commémorer le passé d’une monarchie de droit divin. Elle doit donc recommencer à zéro et mettre en avant de nouvelles vies exemplaires, capables de pérenniser le régime en établissant des références communes, une norme morale. À titre posthume, le héros est donc l’un des acteurs majeurs de la légitimation d’un territoire politique.
Le culte héroïque a été l’objet d’une intense pédagogie politique, afin de transmettre au plus grand nombre les leçons que les morts augustes ont à offrir aux vivants. L’art en est un vecteur puissant. En reprenant sur les tréteaux les hommages funèbres rendus aux héros, les apothéoses théâtrales sont emblématiques de cette démarche qui permet l’édification d’une religion civile dont le temple est le Panthéon. Le champ littéraire n’est pas en reste, comme l’illustrent les Actions héroïques du général Championnet, qui offrent une suite d’exemples patriotiques mettant en scène de simples soldats : la gloire est désormais à portée de tous.
Toutefois, en accoutumant les citoyens à commémorer des individus extraordinaires, le culte des héros républicains a fini par préparer le terrain à la célébration d’un homme unique et bien vivant : Bonaparte. Après le 18 Brumaire, les fêtes du Consulat promeuvent une éthique militaire faite de fidélité et de dévouement au chef, qui favorise la synthèse entre esprit républicain et nouvelles valeurs dynastiques. À long terme, les héros de la Révolution ont pu contribuer à structurer les mémoires locales, nationales et politiques. Le panthéon des communistes français du XXe siècle s’articule par exemple autour des figures jacobines de Robespierre, Saint-Just et Marat. La défense du gouvernement révolutionnaire qui s’exprime à travers ce choix a un sens que ne résume pas le seul soutien au régime soviétique. Elle relève aussi d’une réflexion des historiens communistes sur la manière dont se terminent les révolutions et se pérennisent leurs effets transformateurs.
Suite d’éclairages singuliers, ce travail collectif dense, au spectre chronologique large et à la lecture féconde (en dépit d’une ou deux contributions inégales), nous permet de mieux comprendre le recours intensif à l’imaginaire héroïque durant la Révolution française et l'usage de ses grandes figures jusqu'à nos jours.

La Revue du projet, n° 23, janvier 2013
 

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.